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3 questions à... Damien Navizet, chef de la division Changement climatique à l'AFD

La COP21 de Paris et ses petites sœurs démontrent la volonté inédite de la communauté mondiale dans la lutte contre le changement climatique. Un combat qui passe par des sommets internationaux aux intitulés et aux contenus parfois complexes. Avec Damien Navizet, spécialiste du changement climatique à l'AFD, nous vous expliquons clairement les enjeux autour de ces fameuses conférences, dont la prochaine aura lieu en Allemagne du 6 au 17 novembre. C’est parti !

AFD, Damien Navizet, portrait

Où en est-on de la grande mobilisation de tous les pays du monde pour le climat ?

Damien Navizet : Depuis 1992, les « COP », ces grandes conférences organisées par l'ONU, mobilisent tous les pays de la planète autour de la lutte contre le changement climatique. Lors de la COP21 en 2015, tous les pays ont adopté l’Accord de Paris sur le climat. Aujourd’hui, 167 pays sur 195 ont ratifié cet accord, c’est-à-dire qu’ils l’ont intégré dans leurs lois.

C'est du jamais-vu, puisqu'il s'agit du tout premier accord universel sur le climat. Il prévoit notamment de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés et même de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 degré ». L'accord prévoit aussi de renforcer l’adaptation aux impacts du changement climatique et de réorienter les investissements financiers pour un avenir climatique durable.

Dans le même esprit, l'Accord de Paris est entré concrètement en vigueur moins d'un an après son adoption, juste avant la COP22 de Marrakech de novembre 2016. En comparaison, le protocole de Kyoto adopté en 1997 n’est entré en vigueur que 8 ans plus tard... Maintenant, l'accord de Paris dit ce qu'il faut faire, mais pas comment on va le faire. C'est à ça que servent les COP 22 et 23 : à régler les modalités.

La totalité des pays du monde ont pris des engagements concrets pour le climat. C'est une première !

En plus de l'Accord de Paris, la COP21 a inauguré le principe des contributions nationales. Cela veut dire que la totalité des pays du monde, qu'ils soient industrialisés ou en développement, ont pris des engagements concrets pour le climat. C'est une première, là aussi ! Leur mise en œuvre a d'ailleurs commencé sur le terrain où l'AFD est pleinement engagée avec ses partenaires.

Autre innovation à laquelle on a assisté à la COP21 : c'est la première COP à mettre au premier plan d'autres acteurs que les seuls États. La société civile, les entreprises, les banques, ils ont désormais eux aussi voix au chapitre dans la lutte contre le changement climatique. Et il s'agit d'un mouvement durable : lors de la COP22 qui a eu lieu au Maroc fin 2016, l’action de tous pour le climat était le thème principal de la conférence, avec un focus sur l’Afrique. Cette prise de conscience généralisée sur l'urgence climatique doit s'accompagner de financements et d'investissements sans précédent.

Des îles et des États risquent purement et simplement de disparaître. Les « déplacés climatiques » vont devenir une réalité.

A quoi va servir la COP 23, organisée à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre ?

D.N. : La COP23 va servir à continuer à définir les règles précises de l’Accord de Paris, mais elle va aussi permettre de mettre le sujet des îles menacées par le changement climatique sur le devant de la scène. À ce titre, c'est une COP très symbolique, qui sera présidée par la République des Fidji. Au-delà du symbole, il y a urgence : à cause de la hausse du niveau des océans, des îles et des États risquent purement et simplement de disparaître dans les décennies à venir.

Les « déplacés climatiques » vont d'ailleurs devenir une réalité, là où la montée des eaux ou les conditions climatiques les contraindront à quitter leur île. Car l'élévation du niveau de la mer n'est pas le seul danger pour ces terres vulnérables : la multiplication des événements climatiques extrêmes, comme les ouragans violents, les menacent de plus en plus, sans parler du manque d'eau potable.

L'AFD, qui très présente en Outre-mer, est en mesure d'aider ces îles menacées, dans une logique de coopération régionale. Nous travaillons ainsi beaucoup sur l'autonomie énergétique durable, avec la promotion des énergies durables comme l'éolien ou la géothermie. Nous axons également notre aide sur le principe d'adaptation, ou comment on adapte les infrastructures pour être aussi prêts que possible face aux catastrophes naturelles. Cela peut vouloir dire prévoir des constructions (ponts, routes, immeubles, ...) plus résistantes, édifiées à des endroits moins exposés, ou encore imaginer des infrastructures plus faciles et moins coûteuses à reconstruire en cas de catastrophe.

Bouleverser ses pratiques, c'est aussi ça lutter contre le changement climatique.

Plus généralement, quel rôle joue l’AFD dans la lutte contre le changement climatique ?

D.N. : Un rôle de premier plan ! L’AFD, qui met en oeuvre une grande partie des engagements de l'Etat français pour la coopération internationale sur le climat, augmente ses financements pour le climat de 3 milliards d'euros en 2015 à 5 milliards en 2020. La France a par ailleurs versé 1 milliard de dollars dans le Fonds vert pour le climat, destiné à aider les pays les plus vulnérables dans leurs projets climat.

L'an dernier, l'AFD a engagé près de 3,6 milliards d'euros de financements en lien avec le climat, dans 83 projets différents. C'est 22% de plus qu'en 2015 et les investissements liés au climat représentent la moitié de l'activité de l'AFD dans les pays en développement. Nous sommes particulièrement actifs en Afrique, avec 3 milliards d'euros d'investissements prévus pour développer les énergies renouvelables entre 2016 et 2020 sur tout le continent.

Nous voulons aussi consacrer d’ici 2020 plus de 1 milliard d'euros par an à l'adaptation. Avec le programme « Adapt'Action », c'est 30 millions d'euros de dons qui sont mobilisés sur cette question pour aider une quinzaine de pays africains et de petites îles à concevoir des projets d’adaptation (pour l’eau, l’agriculture, la santé…).

Enfin, nous sommes extrêmement attentifs à sélectionner l'ensemble de nos projets en fonction de leur impact sur le climat. Cela peut aller jusqu'à renoncer à financer des projets qui émettrons beaucoup de gaz à effet de serre pendant très longtemps. En 2012, l’AFD a ainsi décidé de ne plus financer de centrale électrique fonctionnant au charbon. Se remettre en question, bouleverser ses pratiques, c'est aussi ça lutter contre le changement climatique.