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Laurent Bossard, directeur du Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE, explore le paradoxe des femmes sahéliennes, souvent confrontées à des situations de crise ou de conflit. Malgré leur rôle socio-économique central dans les communautés, elles demeurent marginalisées et se voient parfois privées de leurs droits fondamentaux.

D’après les témoins de la grande sécheresse des années 1970 au Sahel, les femmes et les enfants en furent les premières victimes. Les femmes sahéliennes sont chroniquement fragiles car majoritairement analphabètes, mariées très jeunes, avec entre autres un grand nombre d’enfants à charge et un accès limité aux services de base. Elles sont pourtant les héroïnes de la lutte pour la survie. 

On sait qu’elles ont en grande partie orchestré ce que l’on appelle désormais la résilience. Ce sont elles qui ont construit au fil des années la capacité des ménages, des familles et des communautés « à faire face à l’incertitude et au risque de choc, à résister au choc, à répondre efficacement, à récupérer et à s’adapter de manière durable » selon la définition commune de la résilience de l’Alliance globale pour la résilience - Sahel et Afrique de l’Ouest (AGIR).

Encore aujourd’hui, dans les pays du Sahel, ce sont généralement les femmes qui prennent en charge des périodes de soudure en gérant prudemment les stocks alimentaires, en créant des petites activités génératrices de revenus et en développant divers mécanismes de solidarité. 68 % des femmes sahéliennes actives travaillent dans le système alimentaire et de plus en plus dans les activités non agricoles : elles représentent désormais 88 % de la force de travail dans la restauration de rue, 83 % dans la transformation alimentaire et 72 % dans le commerce des denrées alimentaires.

Dans l’économie comme face aux crises, le rôle de la femme sahélienne est central, alors que sa position sociale demeure marginale. 

Laurent Bossard, directeur du Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE

Si le taux d’emploi des femmes en Afrique subsaharienne (59,3 % selon l’Organisation internationale du travail en 2017) est le plus élevé au monde, la grande majorité des femmes travaille cependant dans l’économie informelle : leurs emplois sont peu rémunérés et leur autonomie financière reste donc limitée.

« Aux yeux des communautés, les femmes restent sous la tutelle de leur mari ou, en l’absence de celui-ci, de leurs frères ou de leur fils aîné, ne détiennent qu’un rôle subsidiaire par rapport aux responsabilités dans leur ménage et se voient reléguées au second plan dans la gestion communautaire », explique un rapport de recherche de l’ONG Oxfam publié en 2014. Des perceptions profondément stéréotypées, des attitudes discriminatoires et des pratiques coutumières qui perdurent.

Selon le rapport sur la place des femmes dans les institutions sociales ouest-africaines publié en mars 2018 par le Secrétariat du CSAO de l’OCDE, 17 % des hommes ouest-africains pensent qu’il est inacceptable qu’une femme travaille hors de la maison et 21 % préfèrent voir les femmes de leur famille rester à la maison plutôt qu’occuper un emploi rémunéré. Si des études similaires avaient été faites en 1974, elles auraient mené aux mêmes conclusions. Dans l’économie comme face aux crises, le rôle de la femme sahélienne est central, alors que sa position sociale demeure marginale.