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Coalition unique de gouvernements, institutions (dont l’AFD), scientifiques, ONG, qui œuvrent ensemble à une meilleure compréhension et préservation de la nature, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) vient de fêter ses 70 ans. L’occasion de faire le point avec sa directrice générale, Inger Andersen, sur les échéances politiques à venir.
La situation de la biodiversité est critique... Y a-t-il matière à célébration ?

Ce que nous célébrons, c’est qu’il y a 70 ans, à Fontainebleau, tout le monde s’est mis autour de la table pour travailler et faire avancer la préservation de la biodiversité. Cela a conduit à la création de l’UICN. Aujourd’hui, certes, la situation est préoccupante, mais nous commençons à réaliser, nous, l’espèce humaine, que nous ne pouvons pas à la fois épuiser les ressources de la planète et continuer à vivre... La biodiversité est à l’origine de la nourriture que l’on mange, de l’air que l’on respire, de l’eau que l’on boit. C’est ce qui façonne notre existence ! Nous avons récemment compris, dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat en 2015, qu’il faut résoudre le problème du changement climatique. Il faut maintenant, en parallèle, s’attaquer mieux à la dégradation des écosystèmes. 

 

portrait Inger Andersen
Inger Andersen, © IUCN

 

Quelles sont les échéances qui vont nous permettre d’avancer ?

Les années 2019 et 2020 vont être essentielles. En 2010, les membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB) se sont accordés sur des objectifs pour 2020, les objectifs d’Aichi. Ces objectifs rappellent ce que nous devons faire pour garder la planète dans un état correct… Il s’agit par exemple de réduire au moins de moitié le taux de pertes des habitats naturels ou de sauvegarder 17 % des espaces naturels terrestres. On en est parfois loin.

D’ici à 2020, il y a donc un chemin très important… Tout d’abord il faut faire le maximum pour atteindre ces objectifs. Puis, il faut penser à l’après. Au monde que nous voulons pour les décennies qui suivent… Un monde qui préserve les écosystèmes et les services qu’ils rendent. Et la France peut influencer cet agenda ! Tout d’abord, elle prend la présidence du G7 en 2019. C’est une opportunité unique pour porter au niveau le plus haut des solutions. 

Au printemps 2019, la France va aussi accueillir la session plénière de l’IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) : il s’agit d’un panel d’experts intergouvernementaux sur la biodiversité, l’équivalent du GIEC en matière de biodiversité. Leur rapport est très attendu… Enfin, en juin 2020, le congrès mondial de l’UICN, qui a lieu tous les quatre ans, sera organisé à Marseille. Ce sera un moment exceptionnel pour que des grands engagements structurants soient pris. D’autant plus que la conférence des parties de la CDB aura lieu en Chine quelques mois plus tard. Toutes ces étapes sont importantes. Et elles appellent la mobilisation du plus grand nombre.

Comment mieux prendre en compte la préservation de la biodiversité ?

Nous pensons qu’il y a beaucoup à apprendre des négociations sur le climat. L’une des clés de leurs succès en 2015 a tenu à la vision claire et partagée d’un impératif : rester en deçà des 2 °C de réchauffement. Nous devons aujourd’hui faire un travail d’identification de marqueurs clairs pour la biodiversité afin d’expliquer les scénarios et les actions que cela implique pour le plus grand nombre.

Ce que je retiens aussi des négociations sur le climat de 2015, c’est la mobilisation de tous les acteurs : PDG, maires, ONG… Tous étaient impliqués dans une saine émulation, pas seulement ceux qui négociaient.

En matière de biodiversité, je suis pour ma part optimiste quant à la mobilisation du secteur privé. Les industriels sont de plus en plus conscients que c’est parfois leur propre chaîne d’approvisionnement qui est menacée. Ils ne veulent pas couper la branche sur laquelle ils sont assis ! Et veulent mieux comprendre ce qu’ils peuvent faire… Le congrès de l’UICN à Marseille est une opportunité pour que des dirigeants de grands groupes prennent de vrais engagements. Tout le monde a un rôle à jouer.

Quel rôle pour les banques et agences de développement ?

Il est essentiel. Si par exemple, un groupe de banques et agences de développement comme IDFC (NDLR : présidé en ce moment par l’AFD), très influent et qui représente des bailleurs de tous les continents, s’engageait à faire en sorte que les impacts de ses investissements soient positifs sur la biodiversité et à aider ses partenaires à mener des investissements qui le soient aussi, ce serait un grand pas. Parce que c’est aussi une partie de la solution pour réduire la pauvreté.  

vaches faméliques, Kenya, eau

La nature aux sources des conflits

Dans le cadre de leur partenariat, l’AFD et l’UICN travaillent notamment à la publication d’un rapport pour mieux comprendre le rôle que joue la dégradation des écosystèmes dans l’émergence des crises et des conflits. En effet, c’est bien souvent quand les services rendus par les écosystèmes (eau, productivité de la terre…) ne sont plus là, ou sont déséquilibrés, que se produit un déséquilibre social qui peut prendre les formes les plus extrêmes : conflits, radicalisation, criminalité, pauvreté.
L’enjeu de ce nouveau rapport « État de la nature dans un monde globalisé : conflit, migration et nature », à paraître au printemps 2019, est de mieux comprendre ces facteurs.