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Initié en novembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes a été particulièrement suivi à La Réunion, entraînant une paralysie presque totale de l’activité économique durant quinze jours mais révélant surtout en creux les multiples fractures sociales divisant le pays. Alors que 40 % des jeunes Réunionnais sont au chômage, quelles actions mettre en place pour recréer du lien social par l'emploi ? Réponse avec Virginie Délisée-Pizzo, directrice de l'agence AFD à Saint-Denis.

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Le mouvement des Gilets jaunes s'explique notamment par les fragilités économiques de l'île. Comment surmonter cette crise sociale ?


L’économie réunionnaise est dynamique : son taux de croissance est deux fois supérieur à celui de la métropole et les efforts continus d’investissement et d’innovation nourrissent de larges gains de productivité. Mais il y a effectivement un envers du décor avec des fondamentaux économiques qui restent fragiles (rebond de l’inflation à +1,8 %, augmentation du nombre de chômeurs sur l’année lié à la baisse massive des contrats aidés, etc.). Par ailleurs, certains indicateurs sociaux sont alarmants et révèlent une société très inégalitaire : 24 % de chômage dont 40 % des jeunes de 15 à 29 ans et 36 % de femmes, 40 % de la population vivant sous le seuil de la pauvreté, 23 % de la population qualifiée en situation d’illettrisme et un tiers des jeunes qui quitte le système scolaire sans diplôme.

C’est dans ce contexte qu’est intervenu le mouvement des Gilets jaunes, en novembre 2018. Ce mouvement s’est révélé particulièrement intense, son impact sur l’ensemble des secteurs économiques a été lourd de conséquences pour nombre de TPE et PME du territoire et le modèle réunionnais du vivre-ensemble s’en est trouvé menacé. Ces événements sociaux soulignent la nécessité de replacer nos partenaires au cœur de nos actions.

C’est pourquoi l’AFD a proposé à la direction régionale de la Caisse des dépôts (CDC) un plan d’actions partenarial centré sur la création d’activités génératrices de revenus et d’insertion économique et sociale. Dans un département où le taux d’inactifs et de pauvreté est le plus élevé de France, la finalité première de cette intervention conjointe est de créer les conditions favorables à l’insertion et l’employabilité des Réunionnais en limitant les facteurs d’exclusion sociale.

 

Qu'est-ce qui fait la particularité et l'intérêt de l’intervention de l’AFD dans ce cas de figure ?

De par la connaissance fine qu’elle a du tissu économique local, l’AFD peut avoir un vrai rôle de coordination et d’articulation des interventions entre le secteur public, le secteur privé et les acteurs de la société civile. En effet, il ressort des échanges avec les acteurs associatifs, notamment, un besoin impérieux d’accompagner la structuration d’une feuille de route stratégique et la priorisation des nombreuses initiatives qui foisonnent sur le territoire.

L’AFD n’a pas vocation à occuper un rôle de leader sur ces actions, mais elle peut légitimement proposer un maillage d’actions coordonnées et transversales en facilitant la mise en relation des principaux acteurs engagés vers une trajectoire plus inclusive et durable de la société réunionnaise.

L'enjeu est d'aboutir à la définition d’un modèle économique capable de générer une croissance durable pour répondre aux besoins structurellement élevés en créations d’emplois décents tout en accompagnant les défis sociologiques, démographiques et écologiques de l’île.

Des contacts ont été initiés en ce sens entre la fondation La Réunion des talents du groupe privé Excellence (magasins Leclerc), une collectivité locale et une association. Une implication des acteurs de la formation professionnelle appuyant l’insertion par l’emploi (chambre des métiers, Pôle emploi…) sera recherchée pour orienter les formations et l’apprentissage vers les métiers de l’économie sociale et solidaire, porteurs d’insertion économique et sociale.

 

Quelles actions concrètes ont déjà été initiées ou sont en passe de l’être ?

Depuis plusieurs mois, l’agence de Saint-Denis s’emploie activement aux côtés des services de l’État à l’élaboration d’actions concrètes et opérationnelles en partenariat avec la CDC et en cohérence avec le Plan interministériel de lutte contre la pauvreté qui se décline localement. On peut citer quelques exemples d’actions lancées ou en cours de lancement :

  • L’AFD cofinance aux côtés de la CDC deux études portées par le Conseil général de La Réunion, collectivité de référence en matière de soutien à la filière agricole, sur les systèmes d’approvisionnement agricole en soutien à la valorisation des produits locaux et aux circuits courts.
  • La création d’une structure associative encourageant l'emploi de gardiens d’immeubles est envisagée. À La Réunion, ce sont des acteurs utiles et reconnus du maintien du lien social et de la qualité du vivre-ensemble. Une réflexion est en cours également sur la création de petites activités commerciales dans le champ des services à la personne (restauration rapide, réparation d’appareils informatiques…).
  • Des accords de partenariats ciblés sont également envisagés avec l’Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE) et le secteur associatif (CRIJ, ALEFPA, CASNAV…) qui œuvrent en faveur de l’entreprenariat féminin, de l’insertion et de l’éducation des mères et filles allophones originaires des pays de la zone océan Indien ou à la création d’une plateforme digitale de recueil de données sur le parcours du jeune en réinsertion.

 

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