• logo linkedin
  • logo email
Les lagons polynésiens comme sujet d’étude pour mieux comprendre le fonctionnement des communs chers à Elinor Ostrom... C’est le défi du passionnant petit livre écrit par Tamatoa Bambridge, François Gaulme, Christian Montet et Thierry Paulais. Ce dernier, directeur de l’agence AFD de Papeete, nous en dévoile les principaux enseignements.
Communs et océans. Le rahui en Polynésie.


Qu’est-ce que le « Rahui » ?

Le Rahui est un système de jachère traditionnelle propre à la Polynésie. Avant l’arrivée des Européens, les chefs l’instituaient épisodiquement à terre ou à l’intérieur d’un lagon : il était alors interdit d’y chasser ou pêcher… C’était un mode de gestion des ressources naturelles.  

Ce Rahui, qui avait disparu, connaît actuellement une renaissance dans tout l’espace polynésien, à l’image de nombreuses autres pratiques culturelles traditionnelles. En Polynésie française, le premier Rahui moderne est apparu en 1984 à Rapa Iti. C’est en visitant une réserve naturelle à Hawaï que le maire de Rapa de l’époque avait eu l’idée de réhabiliter la notion de Rahui. De telles initiatives se multiplient aujourd’hui dans les archipels de la Polynésie française. 


Quelles sont les vertus de ce dispositif ?

Le Rahui peut susciter une adhésion spontanée de la part des habitants, contrairement à d’autres modes de gestion des espaces qui semblent imposés.

Pour notre part, nous avons essayé de comprendre dans quelle mesure le Rahui moderne pouvait s’apparenter à un commun (common pool) et sommes repartis des travaux fondateurs d’Elinor Ostrom. Quatre Rahui modernes, à Rapa, Moorea, Fakarava et Teahupo’o, ont été étudiés à la lumière des huit conditions qui fondent un commun, par exemple l’existence d’une frontière et la possibilité de contrôle des utilisateurs… Ces cas, très divers, montrent bien l’importance de l’équité et la confiance comme critère de réussite d’un commun.

Les utilisateurs d’un lagon, pêcheurs, agriculteurs, opérateurs touristiques, clubs de plongée, perliculteurs et autres, ont parfois des intérêts très divergents. La notion de commun a une vertu pédagogique très forte : elle peut permettre aux utilisateurs de comprendre qu’ils dépendent de la même ressource et qu’ils doivent s’entendre. Vision commune et communication entre parties prenantes en sortent renforcées.


Le commun est-il un bon outil pour relever les défis environnementaux ?

Cela me semble effectivement très utile, en Polynésie comme ailleurs ! Mais je milite pour ma part pour une approche pragmatique du commun, que l’on pourrait appeler « commun hybride ». Le commun, dans sa conception radicale, exclut toute représentation des pouvoirs locaux ou centraux et donc toute personnalité juridique ou capacité d’emprunt donc d’investissement… Or, de nombreuses îles de Polynésie connaissent aujourd’hui une situation environnementale fragile. Il faut donc agir, et vite !

S’il s’appuie sur les capacités financières des collectivités, notamment leur capacité d’investissement, et augmente l’efficacité de leurs actions en permettant un dialogue et une concertation entre habitants et utilisateurs, le commun peut bien être l’outil d’une meilleure gouvernance environnementale.


Pour en savoir plus : Communs et océans, le Rahui en Polynésie. Éditions Au vent des Îles, 175 p., 16,5 euros