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Cette revue analytique réalise un bilan de la contribution de la France aux Fonds d’intervention « crise/post-crise ».
Contexto

La multiplication des crises et leur développement transnational invitent les bailleurs et les praticiens du développement à interroger leurs pratiques et l’adéquation de leurs instruments financiers, eu égard aux enjeux complexes auxquels ils se trouvent désormais confrontés. Des initiatives conjointes ont conduit à la création de fonds fiduciaires multi-bailleurs en contexte crise et post-crise (FFMB-CPC), qui ont connu un réel essor à l’échelle internationale depuis ces quinze dernières années. Malgré leur grande diversité, ces fonds partagent des avantages théoriques communs censés pallier les limites des canaux traditionnels de l’aide dans un contexte de crise : rapidité de la réponse, adaptation aux besoins de nature diverse (continuum sécurité-développement-humanitaire), concentration et coordination des efforts, rationalisation et maîeu égtrise des coûts. 

Ces quinze dernières années, la France a eu recours à ces FFMB de façon croissante et a contribué à plusieurs FFMB administrés par la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW), la Banque mondiale (BM) et, plus récemment, l’Union européenne (UE). 

Objectifs

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), la Direction générale du Trésor et l’AFD ont souhaité conduire une revue conjointe de la pertinence et de la valeur ajoutée de la contribution française aux FFMB, confiée au cabinet Technopolis.

Méthode

Le périmètre de cette étude est très large puisqu’il couvre la contribution française à douze FFMB depuis les années 2000. Ces douze Fonds ont bénéficié au total de plus de 16,4 milliards d’euros dans des contextes politiques, opérationnels, administratifs très divers.
 
Cette étude est une « revue analytique » de la contribution française à 12 Fonds et non une évaluation per se des Fonds eux-mêmes. Elle se caractérise par une complexité due au nombre de Fonds à étudier, à la diversité des contextes d’intervention de la communauté internationale et de la France ainsi qu’à l’analyse multiniveau (au niveau des Fonds, de la contribution française et via d’autres mécanismes d’aide). Cette étude a été conduite sur la base d’une analyse documentaire à la fois riche et disparate : analyse des documents produits par les Fonds, les projets, les évaluations externes, les notes grises, la réalisation d’entretiens (gestionnaires des Fonds, AFD, MEAE etc., et de trois missions de terrain (Mali, Centrafrique et Liban/Jordanie).

Résultats

Des contributions globalement alignées avec les stratégies françaises. Bien qu’il n’y ait pas de stratégie de la contribution française aux FFMB, celle-ci s’inscrit cependant en parfaite adéquation avec les stratégies déployées par le canal bilatéral, qu’elles soient géographiques (feuille de route Sahel 2015-2020) ou thématiques (stratégie humanitaire 2012-2017, approche française pour une réduction de la violence armée 2012, approche pour une justice transitionnelle 2014).

Une efficacité et une valeur-ajoutée en-deçà des attentes. Pour ce qui concerne l’efficacité des projets financés via ces FFMB, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Leur mise en œuvre se heurte à la fois à l’urgence politique qui pousse les acteurs à une instruction et une mise en œuvre rapide sans véritable considération pour la qualité de l’expertise technique, et à la complexité de la conduite de projets dans des pays en crise.

Les résultats de ces projets sont difficiles à apprécier. Les évaluations disponibles font état de situations diverses. Si l’Afghanistan Reconstruction Trust Fund (ARTF) est généralement cité pour la qualité des projets mis en œuvre en bonne coordination avec les autorités locales, le FRH a des résultats plus limités (projets globalement peu structurants, peu coordonnés). Pour les FFU l’audit de la Cour des Comptes européenne et la mission réalisée en République centrafricaine (RCA) dans le cadre de cette revue montrent une bonne efficacité des projets : très humanitaires dans leur conception et leur mise en œuvre, ils ciblent les populations concernées, leurs objectifs sont pertinents et leurs réalisations, voire leurs premiers résultats, sont généralement conformes aux attentes. 

S’agissant des Fonds régionaux de l’UE ou des FFUE, comme le Fonds Madad et le FFU, les projets ont démarré plus récemment et les résultats restent encore à évaluer. Dans le cas des FFUE, les projets soutenus ne se différencient pas fondamentalement des projets classiques de développement financés par les outils de coopération bilatéraux. Les fonds ont été utilisés à des fins de programmation rapide pour répondre à une urgence politique. 

Pour ce qui concerne l’efficacité des Fonds, les FFUE sont perçus avant tout comme des guichets de financement pour les opérateurs de projets de développement, sans stratégie globale d’intervention, sans priorisation des interventions ni mise en cohérence des actions. Les outils et services théoriquement mutualisés entre les opérateurs tels que proposés par les Fonds (analyse des besoins, cartographie, facilité recherche, organisation de la division du travail entre acteurs, etc.) sont globalement efficaces pour les Fonds de la BM, moins pour les Fonds de l’UE. 
 

Enseignements

Quelques succès diplomatiques et opérationnels peuvent être mis en évidence, en termes d’influence française, comme le ciblage prioritaire du FFU sur la fenêtre Sahel-Lac Tchad et sur le continuum sécurité-humanitaire-développement. L’influence française concerne surtout des Fonds pour lesquels la France a marqué un intérêt politique fort (FFU, FRH).

Par ailleurs, le « retour sur investissement » pour les acteurs français est important pour les Fonds comme les FFUE qui permettent aux opérateurs des États contributeurs d’assurer la mise en œuvre  des projets. Les résultats de la revue invalident deux avantages théoriques souvent avancés pour justifier les contributions aux Fonds Fiduciaires (FF) : la rapidité des interventions et la baisse des coûts de transaction. Ce constat est particulièrement mis en évidence pour les FFUE, régis par des procédures complexes et qui offrent peu de services mutualisés (en matière d’analyse et de coordination).

01/06/2017
Data de início do projeto
01/10/2018
Data de finalização do projeto
Setores
Colombie, Palestine, Haïti, Afghanistan, Syrie, Liban, RCA, pays du Sahel et du lac Tchad
Localização
Achevé et évalué
status

Contact :

Sabrina Guérard