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Grâce à la mutualisation des procédures et à une volonté commune de travailler ensemble, l’AFD et son homologue allemand de la KfW gagnent en efficacité. Au service des bénéficiaires.

Comment optimiser son action dans la bataille essentielle de l’achat et de l’acheminement de médicaments contraceptifs en Afrique de l’Ouest ? En s’appuyant sur ce qui fonctionne déjà chez nos partenaires, répond l’Agence française de développement (AFD). Et plus particulièrement chez son alter ego allemand de la KfW, qui intervient depuis 2012 avec l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) sur les questions démographiques et de santé sexuelle et reproductive. 

Du côté de l’AFD, le projet DEMSAN est lancé en 2017 au Burkina Faso, au Mali et au Niger ; il ambitionne d’accompagner l’accélération de la transition démographique dans les pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Ses objectifs sont là aussi de renforcer l’OOAS sur les questions démographiques et de santé sexuelle et reproductive, le plaidoyer politique et la mise en œuvre d’actions dans ce domaine, tout en favorisant l’émergence de la société civile. Mis en œuvre par l’OOAS, ce projet répond au défi majeur que représente la transition démographique de l’Afrique subsaharienne. La forte croissance de sa population (+ 2,4 % par an, doublement d’ici 2050, voire triplement pour la zone sahélienne) interroge les perspectives de développement des pays en regard des pressions économiques, sociales et environnementales qui en découlent.


Partage d’expérience

Quand il s’est agi, pour l’un des volets de ce projet protéiforme, d’intervenir au niveau de l’approvisionnement et de l’acheminement de médicaments contraceptifs dans les trois pays couverts par DEMSAN, l’AFD s’est naturellement tournée vers son partenaire privilégié d’outre-Rhin et sa précieuse expérience accumulée depuis 2012. « Nous nous sommes appuyés sur l’expérience de la KfW en matière de fourniture et de déploiement de médicaments contraceptifs dans le cadre de son programme régional auprès de l’OOAS et souhaitions contribuer au financement là où les besoins étaient les plus importants, tout particulièrement au Mali », confirme Sylvie Bourdenet, responsable équipe projet à la division Santé et Protection sociale à l’AFD, et cheffe du projet DEMSAN. 

Les deux institutions disposent depuis le début des années 2000 d’un accord bilatéral de reconnaissance des procédures et de délégation de tâches (Mutual Reliance Initiative – MRI). Mais, avec un projet de la KfW lancé plusieurs années en amont et financé jusqu’en 2023 environ, un véritable cofinancement était techniquement inenvisageable. Il a donc fallu être inventif pour travailler ensemble, en attendant de pouvoir appliquer le MRI et de lancer un éventuel projet commun : « Il s’agit pour l’instant plutôt d’un financement parallèle, confirme Julien Morel, l’homologue de Sylvie Bourdenet à la KfW sur ce projet. L’AFD s’est associée au financement des deux piliers de nos projets respectifs, à savoir le volet achat de produits contraceptifs et celui du renforcement de capacités des États et des autres acteurs de terrain comme les ONG en matière de santé sexuelle et reproductive. » 


Lire aussi : Partenariat AFD-KfW : le couple franco-allemand au service de l’investissement solidaire 



Le partenariat s’est aussi matérialisé par une forme d’« entraide », en bonne intelligence. L’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH) soutient ainsi l’OOAS pour la mise en œuvre du Programme régional de santé de la reproduction sur financement de la KfW. Or, « le soutien de Swiss TPH était souhaité par l’AFD au Mali, dans le cadre de son projet, résume Julien Morel. Mais c’était très compliqué sur le plan administratif ; nous avons donc autorisé l’extension géographique de l’intervention du consultant au Mali pour l’AFD, via un amendement dans son contrat avec l’OOAS. » 


Aller plus loin

On le voit, « il n’y pas de concurrence ici, ce n’est pas la logique, bien au contraire », constate l’expert français – qui n’est pas un transfuge de l’AFD en Allemagne. Mais tout, bien sûr, n’est pas parfait pour autant. Julien Morel regrette ainsi que l’AFD intervienne dans les seuls pays francophones de la zone concernée par le programme, quand la KfW suit à la lettre les recommandations de l’OOAS, soucieuse de répartir l’aide entre les six pays selon un équilibre linguistique précis (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Guinée-Bissau, Niger, Sierra Leone). Par ailleurs, les projets des deux partenaires étant distincts, des doublons existent comme par exemple ces deux unités de gestion de projets qui pourraient être mutualisées en une seule.

Travailler ensemble a toutefois permis « de dynamiser le dialogue des bailleurs de l’OOAS et de porter un plaidoyer commun auprès de la direction de l’organisation pour une ligne stratégique claire et, in fine, pour des financements plus stratégiques, juge Sylvie Bourdenet. Cette coordination est un travail de longue haleine mais la volonté de tous est présente, y compris celle de l’OOAS, pour aller vers davantage de synergies. » 

Conduire un vrai projet commun mènerait à des procédures allégées sur d’autres plans, comme le décaissement : « Sur ce point, on est plus compliqués, sourit Julien Morel. L’OOAS aimerait que l’on puisse décaisser avec autant de fluidité que l’AFD ! » En attendant, avec le soutien de la Fondation Gates et des Pays-Bas, partie prenantes depuis 2017, comme l’AFD, dans le dispositif de transition démographique et de santé sexuelle en Afrique de l’Ouest, les résultats sont là. « Nous sommes à quatre millions de couples bénéficiant d’une contraception sur une durée d'un an », relèvent fièrement Sylvie Bourdenet et Julien Morel. D’une seule et même voix.

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