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Ce projet propose une analyse systématique du lien entre inégalités et changements environnementaux dans la région du bassin inférieur du Mékong. Il vise à établir un état des lieux scientifique qui pourra servir de support à des décisions politiques, ou permettra d’identifier les problématiques de recherche non explorées jusqu’à présent. Par ailleurs, des études de cas au Vietnam, Cambodge, Laos et Thaïlande viendront compléter cette analyse systématique pour composer un ouvrage collectif en fin de programme. Ces études de cas représenteront le bilan de recherches existantes ou en cours menées par le réseau de recherche WANASEA (WAter and NAtural Resources in South-Est Asia, l’IRD (Institut de Recherche sur le Développement) et d’autres réseaux de recherche actifs sur ces sujets dans la région.
Contexte

Du bassin du Mékong dépend la vie de millions de personnes issues de six pays : la Chine, le Myanmar, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam. Les quatre derniers font partie de ce qui est communément appelé le bassin inférieur du Mékong, où deux tiers de la population dépend des ressources en eau pour l’agriculture et la pêche comme moyens de subsistance, mais aussi pour développer d’autres activités comme le transport et le tourisme. À l’origine de la dégradation environnementale récente dans la région, on trouve des causes anthropiques comme la construction de barrages, l’extraction excessive des eaux souterraines, la pollution venant des villes en pleine croissance, la déforestation, l’extraction de sable, et d’autres activités qui mettent en péril les habitats humains. Très souvent, les effets de ces changements varient entre les groupes de population et les changements eux-mêmes peuvent fortement être liés aux inégalités sociales. À cette dégradation environnementale en cours s’ajoute le changement climatique, qui ne fait qu’accroitre la fragilité de la région. À titre d’exemple, une hausse d’un mètre du niveau de la mer dans le delta du Mékong provoquerait le déplacement de sept millions de personnes et inonderait les milieux habités de plus de 14 millions d’individus. 

Ces importantes dégradations causées par l’homme ont lieu dans un contexte socio-politique régional et mondial bien spécifique. D’une part, les gouvernements nationaux encouragent une transition rurale accélérée dans le but d’intégrer le secteur agricole dans les marchés mondiaux, mais ce secteur subit lui-même la pression des marchés financiers internationaux à la recherche de reconstitutions de profits au lendemain de la crise financière de 2008. La transition rurale s’opère donc à un rythme qui fragilise les économies, qui ne peuvent pas absorber la main-d’œuvre excédentaire dans les secteurs industriels et de services en plein développement. À cet égard, la région du Mékong est un exemple frappant des conséquences économiques et environnementales de l’effondrement financier sur les économies émergentes ou en développement. D’autre part, les pays du bassin du Mékong sont également soumis au changement géopolitique qui place la Chine au centre d’un nouveau système mondialisé. La plupart d’entre eux participe activement à cette nouvelle dynamique, qui entraine de lourdes conséquences sur leur environnement et les inégalités.

Les organisations locales et internationales, les gouvernements d’Asie du Sud-Est ainsi que les banques de développement multilatérales et bilatérales travaillent depuis des années pour aider les pays du Mékong à atténuer ces effets. Le manque d’examen systématique des connaissances existantes dans le bassin du Mékong rend toutefois complexe l’évaluation de l’impact des mesures spécifiques mises en place pour réduire les inégalités et préserver l’environnement. À une époque où les gouvernements – tant au niveau régional qu’international – appellent aux actions d’urgence, il est temps d’envisager une approche à la fois systémique et systématique du lien entre inégalités et changements environnementaux dans les pays du Mékong. 


Ce projet s’inscrit dans le cadre de la Facilité de recherche sur les inégalités dans les pays en développement et émergents, coordonnée par l’AFD. Financée par l'instrument de coopération au développement de l'Union européenne, cette facilité permet de mettre en œuvre 20 projets de recherche avec des bailleurs de fonds et des centres de recherche du Nord et du Sud sur la période 2017-2020.


Objectifs

La hausse des inégalités et l’accélération des changements environnementaux sont deux des plus grands défis du 21e siècle. Mais comment sont-elles liées l’une à l’autre ? Ont-elles des facteurs communs qui les font évoluer de manière dynamique ? Ce projet de recherche propose une étude régionale spécifique sur la manière dont sont liées les variables multidimensionnelles d’inégalités et de changements environnementaux, et la manière dont elles interagissent entre elles. Le but est d’établir un diagnostic scientifique utile aux politiques publiques et d’identifier des problématiques de recherche non explorées jusqu’à présent.
À travers la région, les inégalités socio-économiques liées au revenu, à l’emploi, à l’éducation, à l’accès à la terre et autres services essentiels, mais aussi aux différences démographiques telles que l’âge, le genre ou encore l’appartenance ethnique sont de plus en plus associées à une exposition inégale aux facteurs de risques environnementaux. Ces facteurs représentent parfois des menaces directes pour la vie des populations – glissements de terrain et inondations par exemple –, ou contribuent, de manière indirecte à la dégradation des terres arables, à la propagation de maladies, ou plus largement, à des problèmes sanitaires tel que la pollution de l’air. Ils exposent souvent des groupes désavantagés ou vulnérables à des risques très élevés d’impact environnemental. Par ailleurs, les inégalités existantes peuvent aussi être un facteur de pression sur l’environnement, rendant les formes de causalité difficilement saisissables. 

Les facteurs de risques environnementaux examinés dans ce projet de recherches sont bien sûr liés aux changements climatiques mondiaux, mais aussi, de façon plus récurrente encore, aux pressions anthropiques et économiques exercés sur les écosystèmes. Le constat est avéré sur l’ensemble du bassin du Mékong. Au cours des dix dernières années, la région a notamment subi des transformations radicales dues au rythme et à l’ampleur des acquisitions de terre à grande échelle via des investissements nationaux et étrangers. Cette dynamique s’observe conjointement à celle d’un creusement des inégalités, et a profondément transformé les paysages ruraux . La portée spatiale de l’analyse doit ainsi être multi-scalaire, du local au régional. À ce stade, il est néanmoins difficile pour le décideur, et plus encore pour une institution régionale, de prendre des mesures reposant sur une vision d’ensemble de la connaissance existante, du fait de l’absence d’une cartographie des connaissances. Ce projet permettra d’analyser la diversité des études, les sources de données, leur représentativité et leur qualité, les besoins ciblés de nouvelles études ou au contraire, le bien fondé des études existantes. 

Un objectif de l’étude systématique est la mise en œuvre d’un projet de recherche et de renforcement des capacités mobilisant les principaux acteurs universitaires et non universitaires de la région Asie du Sud-Est. 

Méthode
  • Évaluer les connaissances existantes sur les inégalités et les changements environnementaux dans la région du Mékong

Nous conduirons tout d’abord une analyse d’ensemble de la littérature scientifique et de la littérature grise sur les inégalités et les changements environnementaux dans le bassin inférieur du Mékong. Le recueil de données, d’articles et de rapports constitué sera délivré aux chercheurs et autres parties prenantes intéressés par le sujet. Il constitue déjà en soi une production intellectuelle publiable dans un premier article scientifique. 
L’IRD et le consortium WANASEA forment un large réseau de chercheurs interdisciplinaires dans les quatre pays du bassin inférieur du Mékong, et souhaitent s’appuyer sur cette étude pour développer un vaste programme de recherches dans la région.

  • Produire un tableau de bord de recommandations opérationnelles grâce à une analyse systématique 

Lors de l’analyse systématique, les articles sélectionnés en première instance seront  filtrés en fonction de critères de qualité. Cette étape nécessitera le travail à plein temps d’un chercheur post-doctorant, assisté par des experts des différents domaines représentés dans l’analyse préliminaire, et par des documentalistes identifiés dans les quatre pays sélectionnés. Il est donc indispensable de pouvoir rassembler l’expertise d’un réseau de chercheurs et d’experts opérationnels travaillant déjà sur les différentes dimensions de la thématique. Les chercheurs du projet WANASEA, de l’IRD et des experts de l’AFD répondront notamment à cette exigence. Le comité d’experts formé s’engagera à soutenir cette étude quelques jours/semaines durant l’année de vie du projet.

  • Illustrer la revue systématique par des études de cas 

La troisième étape du projet est dédiée à la sélection d’études de cas réalisées (8 à 10 au total) qui mettront en lumière certains aspects de la relation complexe entre inégalités et dynamiques de l’environnement dans les quatre pays du bas Mékong.

Résultats

Les premiers résultats du projet seront présentés lors de la conférence internationale « Climate impacts in South-East Asia » à Quy Nhon (Vietnam) en mars 2020. Ils déboucheront sur au moins deux documents de recherche et un ouvrage collectif.

Les conclusions finales seront présentées lors de l’ASEAN Water Platform-AWP (WANASEA), à l’été 2020 à l’Université de Chiang Mai (Thaïlande). 

Enseignements
01/09/2019
Project start date
01/08/2020
Project end date
76 700
amount of the program
En cours
status
partners

Contact :

Étienne Espagne, économiste, AFD

Stéphane Lagrée, coordinateur international, WANASEA

Alexis Drogoul, représentant de l'IRD au Vietnam et aux Philippines