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Un an après, New York accueillait le 26 septembre le premier point d'étape du One Planet Summit de Paris dans un contexte difficile pour la planète : le réchauffement climatique est en pleine ébullition, comme le démontrent les dernières études menées sur les années 2017 et 2018. Mais, au milieu des records de température, la mobilisation de la communauté internationale ne faiblit pas.

Si certains en doutaient encore, la période que nous sommes en train de vivre devrait dissiper toutes les interrogations. Pics de chaleur jamais vus cet été en Europe du Nord et année 2017 la plus chaude depuis les premiers relevés de la fin du XIXe siècle (hors phénomène cyclique dû à El Niño) : la Terre chauffe comme un autocuiseur. 

Ce constat inquiétant est posé par la National Oceanic and Atmospheric Administration, l’agence fédérale américaine chargée de l’observation des océans et de l’atmosphère, dans son rapport sur le climat en 2017 publié au cœur de l’été. Le document, réalisé avec le concours de plus de 500 scientifiques de 65 pays, égrène des conclusions sans nuances :

En 2017, les quantités de gaz à effet de serre émises dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux records. (…) Le taux de croissance du CO2 a quasiment quadruplé depuis le début des années 1960.

53,5 °C… sur Terre

Plusieurs pays, dont l’Argentine, l’Espagne ou la Bulgarie ont atteint un nouveau record de températures annuelles moyennes. Le Mexique a battu son record pour la quatrième année consécutive en 2017. Des pics de températures insensés ont été relevés sur plusieurs points du globe, comme les 43,3 °C le 27 janvier à Puerto Madryn (Argentine), la température la plus élevée jamais enregistrée à cette latitude. Le record planétaire de température au mois de mai a lui aussi été battu dans l’ouest du Pakistan, avec 53,5 °C à l’ombre. Le seuil de l’invivable n’est pas loin. 

« Ce n'est pas un scénario futur. Cela se produit maintenant. »

Partout, sur les pôles, dans les océans ou sous les Tropiques, des phénomènes inquiétants liés aux températures anormalement élevées ont été constatés. Ainsi, la partie supérieure des océans (jusqu’à 700 m) renferme une quantité de chaleur jamais constatée jusqu’à aujourd’hui. Or, les océans absorbent plus de 90 % de la chaleur additionnelle due aux gaz à effet de serre. La fonte des glaces perdure ; pluies extrêmes ou épisodes de très forte sécheresse se sont multipliés, tandis que le nombre d’ouragans a « seulement » dépassé la moyenne haute des 30 dernières années. 

Elle n’est pas terminée, mais l’année 2018 est à l’avenant. À Paris, le record de l’année 1947 relevé dans le quartier Montsouris avec 87 jours à plus de 25 °C vient de tomber. Et 2018 « s'annonce comme l'une des années les plus chaudes jamais enregistrées, avec des températures record dans de nombreux pays », résume la secrétaire générale adjointe de l'Organisation météorologique mondiale, Elena Manaenkova, dans un communiqué paru fin juillet. Des données « cohérentes avec les effets attendus du changement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre. Ce n'est pas un scénario futur. Cela se produit maintenant », insiste-t-elle. 

On est en train d’entrer dans le dur du réchauffement climatique. Malheureusement seules les catastrophes accélèrent la prise de conscience et la prise de décision.

 

Hervé Douville, chercheur au Centre national des recherches météorologiques (in « Les Échos »)

Malgré ce contexte difficile, « il n’est pas trop tard », veut croire le climatologue Jean Jouzel, qui reviendra début octobre à l’occasion de la 48e plénière du GIEC sur la limitation du réchauffement à 1,5 °C, objectif central de la COP21. 

Des raisons d’y croire

En dépit du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, la quasi-totalité des autres pays de la planète restent mobilisés pour limiter le réchauffement, sans compter de grandes villes américaines « dissidentes » et l’État de Californie, équivalent à la sixième puissance économique mondiale à lui seul. 

Le réchauffement climatique n’est ni irréversible, ni une fatalité ; dans ce contexte, les échéances politiques à venir se multiplient, à commencer par la réunion de suivi du One Planet Summit de Paris, organisée le mercredi 26 septembre à New York. Un sommet qui a été l’occasion de faire le point sur les engagements pris lors de la première édition du sommet de décembre 2017 et d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris, notamment en incitant le monde de la finance à faire plus au service de l’action climatique. Le message sera réitéré lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, organisées à Bali du 13 au 17 octobre, et au cours du Climate Finance Day du 26 novembre

À New York, ce sont des chefs d’États de premier plan, les Nations unies, des chefs d’entreprise, des économistes ou encore des représentants de la société civile qui se sont intéressé à l’état d’avancement des objectifs de l’Accord de Paris. La densité de l’agenda international d’ici la fin de l’année, parachevé par la COP24 de Katowice (Pologne) début décembre, complète le message : il faut agir.

Les acteurs du développement en première ligne

Ce sentiment d’urgence est partagé par les grandes banques et agences de développement. Adossées à des États, ces institutions s’engagent sur des projets d’envergure qui améliorent concrètement le quotidien des populations. Elles peuvent être nationales, régionales, multilatérales ou bilatérales, du Nord ou du Sud : toutes ont pour objectif de faciliter les transitions et de réorienter l’économie vers l’atteinte des Objectifs de développement durable

L’Agence française de développement (AFD), qui joue ce rôle prépondérant pour la France, s’inscrit pleinement dans ce mouvement. Elle intervient  dans de nombreux secteurs – biodiversité, énergies renouvelables, eau, éducation, etc. – et accompagne la transition vers un monde plus sûr, plus juste et plus durable. Pour l’AFD, le présent et l’avenir sur la question climatique se déclinent en quatre grands objectifs, détaillés par Audrey Rojkoff, responsable adjointe de la division Climat à l’AFD : 

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La moitié des opérations de l’AFD présentent déjà des bénéfices pour le climat : « Cela a représenté 4 milliards d’euros en 2017, l’objectif est d’atteindre 5 milliards à l’horizon 2020. » Le principe est simple : financer des projets qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre et rendent les sociétés ou les écosystèmes plus résistants au changement climatique.

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L’AFD s’inscrit dans une dynamique de long terme, dans une logique 100 % Accord de Paris : « Tous nos financements doivent désormais être cohérents avec un développement bas-carbone et résilient. » Concrètement, les règles internes d’évaluation des projets ont été enrichies, afin de mieux mesurer leur impact climatique, notamment en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Des instruments d’appui technique et de capacité de recherche pour aider les pays partenaires à définir leur stratégie climatique sont également mis en place. Autrement dit, les programmes de développement nocifs à long terme pour le climat n’ont plus leur place dans le portefeuille de l’AFD.

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Participer activement à la mise en œuvre de l’Accord de Paris, cela implique de rediriger les flux financiers vers des investissements verts. Cela signifie aussi « améliorer avec les partenaires de l'AFD nos pratiques d’intégration du climat au sein de nos activités ». Via, par exemple, la coalition finance publique/privée pour le climat Climate Action in Financial Institutions, ou encore avec l’International Development Finance Club (IDFC), le réseau des 23 plus grandes banques nationales et régionales de développement. 
 

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L’Agence française de développement émet désormais sur les marchés des climate bonds, ces obligations vertes qui lui permettent de financer des projets utiles dans la lutte contre le changement climatique.

Elle propose également des programmes de lignes de crédit comme SUNREF, le label finance verte de l’AFD destiné à faire émerger des projets de transition écologique en coopération avec les banques des pays partenaires.

Enfin, favoriser l’innovation financière, cela passe aussi par « mieux évaluer les risques financiers physiques et de transition. » De quoi s’agit-il ? Le risque physique résulte des pertes économiques causées par le dérèglement climatique (tempêtes, canicules, etc.). Le risque de transition peut résulter des effets économiques de mesures prises pour tendre vers une société bas-carbone, comme la taxe carbone. Mieux connaître ces risques pour l'AFD, c’est pouvoir continuer à proposer des financements adaptés et sécurisés à ses partenaires.

Coopérations à l'échelle mondiale, mobilisations de tous les secteurs qui font l'activité humaine : la lutte contre le changement climatique ne saurait être efficace sans une action commune et concertée. « Seuls, nous n’y arriverons pas, confirme Audrey Rojkoff. C’est en mobilisant toutes les forces vives que nous gagnerons. »


 

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