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Au nord-est de la Chine, à Kangping, une zone humide dégradée par les activités humaines reprend peu à peu vie grâce à un ambitieux programme de restauration écologique accompagné par l’AFD. Une réussite pour la coopération franco-chinoise en matière de protection de la biodiversité.

Retenez-les car ce n’est pas tous les jours que l’AFD affiche des noms d’oiseaux : fuligule de Baer, oie naine, cigogne orientale, grue de Sibérie, grue à cou blanc, oie cygnoïde… Il est une bonne raison à cela : ces volatiles, tous menacés d’extinction, sont les héros d’un écomusée, inauguré le 22 juin à Kangping, dans la province chinoise du Liaoning.

L’objectif de ce musée est d’expliquer l’intérêt de préserver les 2 500 ha de la zone humide de Kangping. Il y a là un lac, le Wolong, qui abrite une riche biodiversité et sert depuis longtemps de lieu de halte à des dizaines de milliers d’oiseaux dans le couloir de migration entre l’est de l'Asie et l’Australie.

En Chine, les 53,6 millions d’ha de zones humides que compte le pays renferment pas moins de 82 % des ressources nationales en eau douce. Et cet écosystème de Kangping dans le nord-est du pays joue un rôle écologique essentiel, en contenant la progression des déserts en provenance de Mongolie intérieure.

Il a toutefois subi ces dernières années une exploitation intensive de ses ressources à des fins d’irrigation des champs voisins et d’alimentation en eau potable des populations. Ces activités ont conduit à l’assèchement partiel, à l’appauvrissement des sources de nourritures et, logiquement, à la quasi-disparition des oiseaux migrateurs de la zone – en 2014, on n’en comptait plus que quelques centaines par jour.

Un programme de restauration de cette vaste zone humide a heureusement été lancé en 2014 grâce à un prêt de 15 millions d’euros de l’AFD aux autorités locales de Kangping. Objectif : favoriser à nouveau le développement d’une riche biodiversité associée à la création d’habitats naturels pour les espèces aquatiques et terrestres.
 


Le projet a permis de construire une digue de 7,8 km équipée de vannes, ainsi que plusieurs stations permettant une gestion différenciée de la ressource en eau selon les différentes fonctions du lac : habitat pour l’avifaune, alimentation des agriculteurs et des populations. En plus des infrastructures, un soutien technique a été apporté à la commission locale en charge du lac pour la gestion fine des niveaux d’eau ainsi que pour le suivi des populations d’oiseaux migrateurs. De petites îles adaptées à certaines espèces d’oiseaux ont vu le jour.

Les autorités locales ont voulu profiter de l’occasion pour encourager le tourisme vert et sensibiliser les populations aux enjeux environnementaux. Des sentiers de promenade (platelages) ont été créés, ainsi que deux tours d’observation de l’avifaune et un écomusée détaillant l’histoire de cette restauration, l’intérêt de cette zone humide et les espèces remarquables peuplant le lac Wolong et ses abords.

« C’est le premier projet dans le domaine de la biodiversité que l’AFD a soutenu en Chine. Et on peut dire qu’il s’agit d’un succès en termes de restauration écologique », souligne Nicolas Rossin, responsable d’équipe projet à l’AFD. En quatre ans, le lac Wolong est en effet redevenu une zone d’habitat majeure pour l’avifaune migratrice du couloir Asie de l’Est-Australie : plus de 100 000 oiseaux par jour y ont été recensés au plus fort de la saison migratoire en 2018. Il est estimé que le lac accueille près de 90 % de la population mondiale de grues de Sibérie, espèce en danger critique d’extinction, lors de leur halte migratoire, preuve de l’importance de la zone. 
 


« Ce projet est également exemplaire de la coopération franco-chinoise en matière de protection de l’environnement », complète Enmin Zhang, chargée de projet à l’agence AFD de Pékin. En pleine Année franco-chinoise de l’environnement, lancée par les ministres français et chinois de l’Environnement en novembre 2018, et à un an de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra en Chine en 2020, l’inauguration de l’écomusée et la visite de la zone humide ont été l’occasion de mettre en lumière l’expertise française et le travail réalisé par les bureaux d’études français Biotope, Phytorestore, La Tour du Valat et Arte Charpentier.

Fuligule de Baer, oie naine, cigogne orientale, grue de Sibérie, grue à cou blanc, oie cygnoïde… Retenez bien ces noms d’oiseaux. Un jour, ils ne figureront peut-être plus sur la liste des espèces menacées. La zone humide de Kangping y sera alors pour quelque chose.

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