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Le député (LREM) des Côtes-d'Armor est l’auteur d’un rapport sur la modernisation de la politique de développement française. Il est aussi membre du conseil d’administration de l’AFD. Parmi ses priorités : mieux inclure la jeunesse dans la construction de la politique de solidarité internationale française.

Pourquoi une meilleure intégration de la jeunesse dans les politiques de développement vous semble-t-elle essentielle ?

Pour répondre aux défis actuels du développement dans toute leur diversité et leur globalité, tout en s’inscrivant dans le temps long, nous n’avons d’autres choix que de mettre en place des politiques qui prennent en compte la jeunesse. La jeunesse est en effet au cœur des problématiques les plus urgentes comme le changement climatique, l’éducation ou l’employabilité.

Non seulement les jeunes doivent être la cible prioritaire des politiques de développement mais ils doivent également en être les premiers acteurs. C’est le sens que revêt une politique de développement moderne : donner à la jeunesse, en France comme dans nos pays partenaires, les bons leviers pour agir.


Ont-ils une meilleure appréhension des enjeux ?

Ce qui est sûr, c’est que les jeunes font face à des contraintes et des menaces nouvelles, qui n’existaient pas il y a quelques années ou décennies. C’est donc notre rôle de stimuler leur capacité à agir dans la cité et d’éliminer quand cela est possible les obstacles et barrières qui les contraignent. Cela va d’ailleurs dans le sens de nombreux mouvements sociaux récents – manifestation pour le climat en Europe par exemple – qui ont montré que les jeunes ne voulaient plus être des acteurs périphériques.

Plus globalement, la politique de développement doit réussir à embarquer le plus grand nombre d’acteurs. Les ONG sont déjà mobilisées, les entreprises s’y mettent également, les fondations deviennent de plus en plus incontournables, et maintenant c’est aussi à notre jeunesse de s’emparer de cette politique.

L’idée est vraiment de décloisonner les initiatives, d’être dans la co-construction ! La politique de développement de la France ne peut plus être la chasse gardée du Quai d’Orsay, de l’AFD et de quelques commissions de l’Assemblée nationale.


Quels sont les leviers d’action ?

De manière surprenante, la composition des instances consultatives françaises dans le champ du développement n’accorde que très peu de place aux jeunes. C’est pourquoi je propose de créer un collège jeunesse au sein du Conseil national pour le développement et la solidarité internationale (CNDSI). L’objectif est de leur donner la parole, qu’ils puissent dire comment eux envisagent l’avenir (puisque ce sont eux les premiers concernés), et qu’ils puissent ainsi prendre part au débat sur les enjeux du développement en contribuant directement à la réflexion et bien sûr à l’action.

Il s’agit aussi de réussir à intégrer dans cette dynamique des jeunes Français de tous les horizons. Au-delà de Paris, des grandes métropoles, il y a encore une grande partie de notre jeunesse qui n’a malheureusement pas encore la possibilité de s’engager dans le champ de la solidarité internationale.


Justement, comment parvenir à toucher l’ensemble de ces jeunes Français ?

Il y a un triptyque essentiel : informer, comprendre et agir. Informer, en faisant comprendre à la jeunesse que nous partageons notre destin avec la planète entière. On apprend bien à l’école le secourisme ou la citoyenneté… Apprendre et comprendre ce monde en commun, cette solidarité nécessaire entre tous les pays, me semble tout aussi essentiel. Surtout qu’il y a une vraie demande dans ce sens : lorsque l’on crée des espaces de discussion, qu’on parle solidarité et enjeux internationaux, nos citoyens sont véritablement intéressés. Comprendre et interpréter le monde, donner du sens à la mondialisation, sont des enjeux mobilisateurs.

Ensuite, il faut leur donner les moyens d’agir. Nous réfléchissons à intégrer dans la dernière phase du Service national universel un outil qui permette à tous les jeunes qui le souhaitent de s’engager à l’international (par exemple au sein d’une ONG), en ouvrant les portes des dispositifs d’engagement déjà existants.

Enfin, au niveau des études supérieures, je propose dans mon rapport la création d’un programme « jeune expert international », sur le modèle du ODI fellowship scheme britannique, qui donne la possibilité à de jeunes diplômés de travailler dans une institution publique d’un pays partenaire. Cela favorise ainsi le transfert de compétences dans ces pays tout en faisant bénéficier au jeune diplômé d’une expérience internationale très valorisée sur le marché du travail. Ces mesures permettraient à la fois de donner des clefs de compréhension aux jeunes tout en leur donnant les moyens d’agir : ce sont les deux jambes sur lesquelles on doit marcher.


Vous insistez également sur la nécessité d’une meilleure inclusion de la jeunesse des pays partenaires, notamment en Afrique

Cela me semble en effet essentiel. La relation que nous devons bâtir avec nos partenaires n’est pas uniquement technique et financière, elle est aussi politique. Les discussions que nous avons avec eux ne peuvent se réduire à la construction de routes, d’infrastructures, de projets.

Il faut pouvoir discuter avec les jeunes Africains de la même manière que nous discutons avec les jeunes Américains, avec les jeunes Japonais… Qu’ils n’aient plus l’impression que la France et les autres pays européens ne voient leur relation à l’Afrique qu’à travers les questions de sécurité ou de développement.

Cela ne signifie absolument pas une volonté d’ingérence ou d’interventionnisme de notre part. L’idée, c’est d’aller vers une relation partenariale, basée sur une responsabilité partagée, et une transparence et une exhaustivité totale dans tous les sujets abordés. Engager un dialogue politique avec tous les pans de la société… La vraie clé d’une relation d’égal à égal et d’un vrai partenariat est là.


Plus globalement, comment rendre plus efficaces les politiques et programmes de développement ?

L’approche sectorielle a ses limites. Pour privilégier une politique qui cible davantage les populations, il faut aller vers les jeunes, les femmes, les ruraux. Ce changement de paradigme doit permettre de construire des politiques plus transversales, plus complètes, qui prennent mieux en compte la diversité des territoires et des champs d’action.

Pour cela, il faut aussi se donner les moyens de soutenir plus de petits projets. Je crois qu’on a commis une erreur en pensant que la relation de coopération passait uniquement par des projets de taille financière importante… Nous avons déjà augmenté le montant accordé au fonds de soutien aux projets innovants des ambassades, qui est passé cette année de 24 à 32 millions d’euros, avec trois piliers prioritaires : la jeunesse, le changement climatique et les jeunes femmes entrepreneuses. L’AFD essaie aussi d’accompagner plus de petits projets liés à ces piliers avec des initiatives comme Digital Africa et Choose Africa.


Votre rapport insiste également sur la nécessité de mieux intégrer les diasporas à la construction de ces politiques…

Comment envisager une politique de partenariat pertinente, qui vise juste, si l’on échoue à impliquer en amont et dans la mise en œuvre de nos politiques tous ceux qui ont un rapport particulier au pays de leur famille ? Jusqu’à présent, nous nous sommes contentés d’intégrer les diasporas uniquement à l’aune de considérations financières et économiques.

Il y a là un écosystème hyper dynamique sur lequel on commence seulement à s’appuyer, notamment grâce à la task force diaspora de l’AFD. Dans nos entreprises, dans nos administrations, il faut parvenir à l’intégrer davantage dans cette dynamique partenariale et fluidifier la mobilité dans les deux sens.

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Un monde commun, un avenir pour chacun. Le rapport sur la modernisation de la politique partenariale de développement et de solidarité internationale d'Hervé Berville

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