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Sport en Afrique : un réel potentiel économique à développer
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Une véritable opportunité économique, mais encore largement sous-exploitée : tel est l’un des enseignements du rapport « Libérer le potentiel du sport en Afrique », publié par l’Agence française de développement (AFD), le Comité international olympique (CIO) et le groupe Banque mondiale à l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse 2026. Il s’appuie notamment sur les données d’une enquête Ipsos Sénégal menée dans neuf pays africains.
Partout en Afrique, le sport occupe une place importante au quotidien : selon l’enquête réalisée par Ipsos Sénégal, un peu plus de deux personnes sur trois pratiquent au moins un sport en tant que loisir, les sports les plus pratiqués étant le football (31 %), l’athlétisme/course à pied (30 %) et la marche rapide (26 %).
Cependant, la contribution du sport à l’économie est encore trop peu documentée. C'est pour combler cette lacune que l’AFD, le CIO et le groupe Banque mondiale ont uni leurs expertises autour du rapport Libérer le potentiel du sport en Afrique. Celui-ci met en lumière une dimension souvent méconnue : au-delà des grands événements et du sport professionnel, le sport possède en Afrique des atouts économiques réels mais encore largement inexploités.
Un gisement d’emplois pour l’insertion des jeunes
« Dans les enquêtes auprès des ménages, on observe que le sport représente déjà près de 3 % des emplois directs dans les villes africaines étudiées », souligne Thomas Melonio, chef économiste de l’AFD et coauteur du rapport. Si ce chiffre doit être pris avec précaution dans la mesure où l’emploi sportif est largement informel, c’est néanmoins « un vrai gisement d’emplois qu’on peut trouver dans le secteur sportif », ajoute-t-il.
Pour autant, la pratique du sport pour des motivations économiques – de revenu, de carrière – est encore marginale. « Investir dans les formations techniques liées au sport est nécessaire pour développer les compétences locales et faire du sport un levier d’insertion professionnelle, notamment pour les jeunes », explique Linda Zanfini, coautrice et coordinatrice du rapport pour l’AFD. Au-delà des formations à proprement parler, le rapport confirme qu’encourager la pratique du sport contribue aussi à développer le capital humain des jeunes, de par ses effets sur la santé, l’éducation ou encore les savoir-être.
D’autres freins restent à lever : les ménages déclarant une activité informelle dans le secteur relèvent notamment la difficulté d’accès au financement (43 %), le manque d’information ou la lourdeur administrative (24,5 %) et le coût des formalités (20,4 %). Autant de pistes dont les pouvoirs publics peuvent se saisir pour développer l’entrepreneuriat dans le secteur du sport.
La structuration nécessaire des filières économiques locales
Au-delà de l’emploi direct, l’économie du sport mobilise de nombreux métiers et entreprises sur tout le continent : fabrication et vente d'équipements, gestion d'infrastructures de proximité, organisation de compétitions, médias, tourisme et services associés… Le développement de la consommation de produits ou de services sportifs se heurte néanmoins à des contraintes d’offre comme de demande, à des degrés variables selon les pays. De plus, les entreprises locales existantes restent largement informelles, tandis qu’une grande partie de la valeur ajoutée produite par le secteur est captée par des entreprises en dehors du continent. Le développement de l’économie sportive en Afrique dépendra donc de la capacité des pays à faire émerger un tissu de PME locales capables de répondre aux besoins des acteurs locaux (clubs, écoles, consommateurs, etc.) et à consolider les chaînes d’approvisionnement nationales.
Penser le sport comme un investissement économique et social
« Le potentiel du sport en Afrique est important mais, pour le concrétiser, il faut non seulement investir dans les infrastructures d’une manière durable, mais aussi dans les personnes, par le biais de formations », insiste Thomas Melonio. Ces investissements devront tenir compte des inégalités existantes. Si la pratique sportive se fait largement dans des espaces non dédiés au sport (rue, terrain vague…), c’est souvent en raison de freins financiers et de l’absence d’installations de proximité. Les femmes, elles, rencontrent des obstacles spécifiques. « Des actions ciblées sont nécessaires, comme investir dans des infrastructures adaptées aux besoins des femmes ou adapter l’offre en matière de lieu, de créneaux horaires… », précise Linda Zanfini.
Ces enjeux justifient l’engagement du secteur public (État, collectivités, bailleurs…) par des politiques de promotion du sport et des investissements structurés. Des partenariats public-privé pourraient également permettre de développer des espaces accessibles et de proximité, dans une logique d’usage durable pour tous. C’est à ces conditions que le sport pourra devenir un véritable moteur de développement économique, tout en contribuant à répondre aux besoins des populations et, plus largement, aux défis de l’Afrique d’aujourd’hui.
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