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Ethiopie, Addis Abeba, parapluie, téléphone
Hausse des températures, montée du niveau marin, augmentation de la fréquence et de l'intensité des tempêtes, des inondations, des sécheresses... Tous les pays du monde font désormais face au défi de s'adapter aux impacts du changement climatique. Mais tous ne disposent pas des mêmes moyens pour y parvenir.

Article publié le 17/11/2017 et mis à jour le 04/11/2022

Face au changement, l’être humain adopte souvent deux comportements : il tente d’agir sur les événements, tout en s’adaptant à la nouvelle situation. Au niveau du changement climatique, c’est la même chose. Les sociétés du monde doivent tout faire pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre qui provoquent le dérèglement climatique et son lot de bouleversements. Et dans le même temps, elles doivent également s’adapter à une nouvelle donne qui les affecte de façon inégale. C’est ce qu’on appelle l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, un double enjeu capital dans la lutte contre le dérèglement climatique.

L’adaptation au changement climatique est un enjeu mondial. 

Catherine Simonet, spécialiste de l'adaptation au changement climatique à l'AFD
S’adapter ou prendre en compte l’évolution de l’environnement

Même en tenant compte des engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pris à ce jour par les États dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat et de la COP21, la température moyenne devrait augmenter de 2,6 °C d’ici la fin du siècle sur la planète, selon l'ONU. L’accord prévoit bien une réévaluation régulière des efforts pour limiter la hausse en deçà de 2 °C, mais dans tous les cas l'évolution du climat sera importante. Et ses impacts sur les territoires, les ressources et les modes de vie relativement clairs.

Deux certitudes, néanmoins : quelles que soient les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre envisagées, un changement climatique est inévitable du fait de l’inertie du système climatique. Et dans ce cadre, les pays moins avancés et les petits États insulaires seront parmi les plus touchés. Accroissement des événements météorologiques extrêmes, élévation du niveau de la mer, stress hydrique, désertification ou encore modification de la pluviométrie, pour ces territoires fragiles, tous les voyants sont au rouge. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), publié cette année, estime que 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes de très forte vulnérabilité au changement climatique. Pour elles, comme pour tous les pays de la planète, l'adaptation n’est pas un choix mais une urgence.

Selon la définition du Giec, l’adaptation est la démarche d’ajustement au climat actuel ou à venir, ainsi qu’à ses conséquences.

Dans tous les cas, le changement climatique a et aura un impact majeur sur les populations et les écosystèmes. L’adaptation est un challenge pour l’Humanité.

Catherine Simonet
L’adaptation au changement climatique a un coût

Face au défi lancé par le dérèglement climatique, la question des coûts se pose. Stabiliser le climat via l’atténuation coûte cher – certains économistes en estiment le coût à environ 1 % du PIB mondial – mais reste envisageable. En revanche, au stade où nous en sommes, retarder ces actions d’atténuation et subir des changements climatiques plus importants serait dangereux et bien plus coûteux : de 5 % à… 20 % du PIB selon les estimations. 

Le coût de l’adaptation au changement climatique est élevé car l’ensemble des actions de développement subiront de plein fouet les conséquences d’un climat déréglé. Dans les secteurs de l’eau ou de l’agriculture bien sûr, mais aussi dans d’autres domaines sans rapport direct avec le climat : les villes, les infrastructures ou encore des pans entiers de l’économie. Par conséquent, tous les programmes de développement doivent désormais prendre en compte le changement climatique. 

Le temps presse : les besoins augmentent tandis que les financements sont encore trop faibles. D’après le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), les besoins annuels d’adaptation sont estimés entre 160 à 340 milliards de dollars à l’horizon 2030, alors que la communauté internationale n’atteint déjà pas l’engagement qu’elle s’était fixé de 100 milliards de dollars.

Oser la rupture pour affronter l’incertitude du dérèglement climatique

Malgré ce constat, la plupart des projets de développement n’intègrent encore aujourd’hui l’adaptation qu’à la marge, quand l’ampleur des enjeux nécessiterait certaines ruptures franches avec les pratiques en cours.

Second écueil, l’incertitude liée aux changements du climat et à l’étendue des dégâts. Si les modèles de projection climatique à long terme existent à l’échelle de la planète ou de ses grandes régions, les prévisions des conséquences du dérèglement climatique aux échelles locales sont beaucoup moins fiables. Or, c’est souvent à ce niveau que se décident les investissements. Les modèles climatiques ont par ailleurs du mal à prédire les événements extrêmes comme les inondations, les sécheresses ou les ouragans, souvent dévastateurs pour les populations et les économies d’un pays. En clair, il faut agir sans forcément savoir quelle sera la nature exacte des changements induits par le réchauffement, ni leur intensité.

L’adaptation au changement climatique n’est pas une option : quelle que soit l’ambition des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, un changement climatique est inévitable. S’adapter à ces changements devient une urgence.

Catherine Simonet
Le Vietnam veut ralentir la montée des eaux
Vietnam route agriculture adaptation
© François Carlet-Soulages / AFD


Avec plus de 3 200 km de côtes, le Vietnam est l’un des pays les plus vulnérables aux conséquences du changement climatique. Si le scénario d’une montée des eaux d’un mètre se réalise, 5 % des terres du pays pourraient disparaître, en particulier dans le delta du fleuve Mékong, menaçant la sécurité alimentaire et économique du pays.

Le gouvernement vietnamien a néanmoins placé l’adaptation au changement climatique au cœur de sa stratégie de développement. Dès 2008, il a ainsi adopté un programme national, NTP-RCC, ciblé sur les réponses au changement climatique. La prise en compte de ce dernier dans les politiques de développement du pays est désormais une priorité, notamment pour l’agriculture.

L’AFD apporte son soutien à cette stratégie d’adaptation de multiples façons. Une aide budgétaire pluriannuelle d’un montant total de 200 millions d’euros a d’abord été accordée sous forme de prêt via le programme SP-RCC, de 2010 à 2020. En parallèle, l’AFD a financé des études permettant d’évaluer les impacts du changement climatique sur le pays et les solutions pour y faire face, comme le programme Gemmes Vietnam, ainsi que des projets de recherche plus ciblés visant, par exemple, à mieux comprendre les régimes de crue et d’abaissement du débit du Mékong. Le Groupe a aussi accompagné un projet permettant de renforcer les connaissances des fonctionnaires sur la résilience au changement climatique dans plusieurs villes vulnérables.


Lire la suite : Vietnam, Sénégal, Costa Rica : comment trois pays vulnérables s'adaptent au changement climatique


Comment agir ? 

Comme ses homologues, l’AFD promeut systématiquement l’adaptation au changement climatique auprès de ses partenaires. Et milite pour l’intégration urgente de celle-ci dans les politiques publiques des pays en développement, où la plupart des actions d’adaptation sont encore d’envergure modeste et insuffisamment cohérentes entre elles. 

Les investissements qui renforcent la résilience tout en générant des bénéfices économiques, sociaux ou environnementaux indépendamment des changements du climat, représentent le modèle à développer. Il peut s’agir par exemple de l’entretien de réseaux de drainage, la mise en place de systèmes d’alerte précoce en cas d’épisode climatique extrême, la gestion intégrée de zones côtières, la diversification du mix énergétique ou encore la diminution de la dépendance à des ressources énergétiques potentiellement impactées par l’évolution du climat. 

Quand les risques climatiques sont suffisamment caractérisés et que les politiques publiques prennent en compte l’adaptation au changement climatique via des plans d’action de long terme, des investissements de prévention peuvent être réalisés : digues, surélévation de barrages, renforcement de bâtiments, d’ouvrages d’art, de routes, de réseaux de transport, de systèmes d’énergie ou de télécommunications.

Dans le cas contraire, lorsque les risques climatiques sont mal cernés, il s’agit de prendre des mesures de précaution permettant de renforcer la robustesse des infrastructures face au plus grand éventail possible de changement des conditions climatiques. Ces mesures doivent aussi permettre de revenir sur des décisions prises pour agir avec plus d’efficacité en fonction des progrès de la connaissance, de l’ampleur des changements du climat ou de l’évolution de la perception des risques. Il peut s'agir par exemple de renforcer une infrastructure mais, lorsque cela est possible, en le faisant de manière progressive, afin de ne pas surinvestir trop tôt ni trop vite et éviter ainsi de se retrouver dans l’impasse de la « mal-adaptation ». Tout en se gardant la possibilité d’agir ultérieurement en fonction de l’évolution de la situation.

En matière d’adaptation au changement climatique, deux enjeux majeurs se dégagent aujourd’hui. Les bailleurs de fonds des pays développés doivent d’abord augmenter leurs efforts dans ce domaine, puisqu'à l’heure actuelle seulement 15 à 20 % des financements climat des banques multilatérales et bilatérales des pays riches concernent l’adaptation. Mais au-delà des investissements, il faut aussi apprendre à mener des actions d’adaptation plus efficaces à long terme, sans pour autant connaître à l’avance toutes les conséquences induites par le changement climatique. Même si des méthodes de prise de décision dans l’incertitude se développent actuellement, le défi est immense.

Savoir prendre des décisions dans l’incertain est sans doute l’une des grandes frontières à explorer pour promouvoir des trajectoires plus durables. L’adaptation nous oblige à innover en la matière.
 

Catherine Simonet

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