Une enquête révèle l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les transferts de fonds des diasporas

publié le 16 décembre 2020
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transfert fonds de la diaspora
En 2020, le volume des transferts d’argent des diasporas a chuté malgré un effort plus important consenti par un tiers des expéditeurs. C'est l'un des principaux enseignements d'une enquête Ipsos/RMDA financée par l’Agence française de développement (AFD) et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, révélée à l'occasion de la Journée internationale des migrants du 18 décembre.

La Journée internationale des migrants portée par les Nations unies est une bonne occasion pour mettre en lumière un mécanisme méconnu du grand public : celui des transferts d'argent des diasporas vers les pays d'origine. Depuis le premier confinement, certains membres des diasporas africaines de France sont ainsi particulièrement mis à contribution. Souvent en tant que travailleurs et travailleuses essentiels dans l'Hexagone, mais aussi comme acteurs et actrices de la solidarité en direction de leurs pays d’origine.

Les envois de fonds des diasporas représentent des sources de revenus essentielles pour de nombreux pays en Afrique. Les transferts formels comptent notamment pour 5 % du PIB en Tunisie, 6,7 % au Maroc et 12,8 % au Sénégal. Ces montants sont d’ailleurs plus élevés que l’aide publique au développement, même lorsqu’on ne prend pas en compte les transferts informels, eux aussi conséquents.

Une enquête menée cet été par l’institut Ipsos et le bureau d’études RMDA, co-financée par l’AFD et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a de quoi inquiéter : elle révèle une baisse de près de 25 % de ces transferts, et ce malgré la forte mobilisation des diasporas et la croissance des outils de transferts digitaux, particulièrement plébiscités par les dernières générations.

Des efforts plus importants malgré une fragilité en hausse

Lors du premier semestre 2020, 80 % des expéditeurs de fonds habituels ont pourtant continué d’envoyer de l’argent au pays, d’après un sondage RMDA pour le Fonds international de développement agricole (FIDA) réalisé durant le premier confinement. 

Voyant leurs ressources se réduire, ceux-ci ont pioché dans leur épargne et réduit leur consommation pour répondre aux sollicitations de leurs familles. Les émetteurs sont 77 % à penser que les récipiendaires dépendent de ces transferts pour vivre, selon l’enquête Ipsos/RMDA. La situation sanitaire a ainsi accentué la fragilité d’une partie de ces travailleurs, pris en étau entre la baisse de leurs revenus et les sollicitations fortes de la famille au pays.

Parmi les personnes ayant transféré de l’argent à leurs proches en 2019, 40 % avaient l’intention de continuer en 2020, tandis que 31 % espéraient augmenter leur niveau de transfert. La question est aujourd’hui de savoir si ces intentions constituent une particularité française, qui se traduira dans les faits notamment grâce aux filets sociaux, ou si cet optimisme sera mis à mal par l’ampleur de la crise sanitaire et le second confinement.

Un projet pour mieux informer les utilisateurs

Les restrictions liées à la crise du Covid-19 ont aussi entraîné une croissance des transferts dématérialisés : 30 % des expéditeurs disent avoir davantage eu recours en 2020 aux transferts d’argent via Internet ou mobile. 

À la faveur du renouvellement générationnel des diasporas émerge une dynamique d’utilisation plus productive des transferts. L’objectif aujourd’hui partagé entre ces nouvelles générations et diverses institutions partenaires est de permettre aux transferts de financer progressivement l’activité plutôt que la consommation et de s’affranchir petit à petit de la dépendance, autant pour les familles que pour les diasporas. 

C’est l’objet du projet DIASDEV sur les transferts, l’épargne et les investissements de la diaspora, en cours de préparation à l’AFD, et qui sera conduit en partenariat avec les caisses des dépôts européennes (France et Italie) et africaines en 2021. Le projet doit permettre une meilleure information des utilisateurs sur les services de transfert, d’épargne et d’investissements disponibles, un appui aux opérateurs privés émergents, et enfin l’implication des institutions financières publiques, en particulier les caisses des dépôts.