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Dans un contexte de mobilisation internationale accrue autour des enjeux climatiques et des Objectifs de développement durable, l’AFD renforce ses engagements climat. Mais l’efficacité des projets financés doit maintenant être démontrée.

Dans un double objectif de redevabilité et d’apprentissage, évaluer les résultats des projets à cobénéfices climat est devenu une obligation. Qu’il s’agisse des projets dits d’atténuation qui contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, ou des projets d’adaptation qui améliorent la résilience face au changement climatique. 

Avec l’Accord de Paris, la nécessaire mesure de l’efficacité de l’action climatique


L’Accord de Paris a établi de nouveaux objectifs pour démontrer l’efficacité de l’action climatique. En plus d’un renforcement des engagements internationaux en matière de finance climat, notamment sur l’adaptation, il entérine l’obligation de transparence sur ces flux financiers. Le « paquet de Katowice », négocié lors de la COP24 fin 2018, renforce cette disposition en instaurant une communication par l’ensemble des pays des résultats et impacts des mesures de lutte contre le changement climatique.

Au niveau de l’Agence française de développement (AFD), ce cadre renouvelé se traduit par une progression constante du volume des engagements depuis plusieurs années. Pour la seule année 2018, 4,8 milliards d’euros ont été engagés pour la lutte contre le changement climatique, dont 1,6 milliard d’euros pour l’adaptation, soit une forte progression (+ 50 % sur un an). La stratégie climat établit par ailleurs l’engagement d’un « impact maximisé en matière climatique ». Dans ce contexte, l’évaluation joue un rôle clé, car elle contribue à identifier les conditions de succès pour améliorer l’action future.

Évaluer les projets climat, une gageure méthodologique 


Déjà engagée sur l’analyse des bénéfices potentiels des projets sur le climat au moment de leur conception, l’AFD se mobilise pour renforcer le suivi et l’évaluation des projets en cours d’exécution, mais aussi au moment de leur achèvement.

L’évaluation permet de porter un regard sur les résultats et impacts obtenus au regard des objectifs poursuivis, et sur leurs modalités d’exécution. Au-delà des défis méthodologiques inhérents à l’évaluation en général, la démarche appliquée au climat se complexifie du fait de la diversité des secteurs concernés (énergie, transport, eau, agriculture et forêt, biodiversité) et de la nature des impacts attendus, souvent observables sur le long terme. 

Par ailleurs, si l’atténuation bénéficie depuis quelques années d’un cadre d’analyse relativement unifié autour de l’objectif de réduction des gaz à effet de serre, les challenges sont plus importants pour l’évaluation du succès des mesures d’adaptation. Le niveau élevé d’incertitude entourant l’évolution du climat complexifie la construction en amont de solutions d’adaptation et, in fine, l’évaluation de leur efficacité sur le long terme.

La question de l’opportunité de disposer d’indicateurs d’adaptation universels, normalisés et agrégeables est au cœur du débat : quelle approche privilégier pour rendre compte du contexte très local des solutions d’adaptation, tout en permettant la comparaison de projets différents ? Dans tous les cas, évaluer l’efficacité des actions d’adaptation implique de définir des objectifs clairs en la matière, et de penser très en amont les dispositifs de suivi et d’évaluation ad hoc pour chaque projet.

Améliorer les pratiques entre pairs


Dans un souci de renforcer ses pratiques d'évaluation, l'AFD a engagé une collaboration avec ses homologues pour perfectionner les savoir-faire en matière d'évaluation climat. Une revue des pratiques d’évaluation des bailleurs, lancée en 2018, a mis en avant que les méthodes des uns et des autres ne sont ni complètement établies, ni harmonisées, surtout sur le volet adaptation. À l'occasion de la COP24, l'AFD a réuni au sein d'un groupe de travail la banque de développement allemande KfW et celle d'Afrique australe, la DBSA, pour avancer et tenter de relever le défi collectivement.

En mai 2019, évaluateurs et experts climat de ces trois organisations se sont réunis plusieurs jours pour échanger entre pairs sur leurs pratiques respectives. Mobilisant l’intelligence collective, ils ont notamment abordé les méthodologies d’évaluation utilisées par chacun d’entre eux sur les sujets de l'énergie et de l'adaptation. La feuille de route commune issue de ces débats prévoit notamment de poursuivre le partage d’informations autour des indicateurs climat, d’engager une analyse approfondie sur les méthodologies utilisées par chacun et de réaliser, à la suite de ce travail, des évaluations conjointes sur une même série de projets. 

Lancement de la première évaluation de projets d’adaptation en Afrique


Une évaluation portant sur un ensemble de projets à cobénéfices adaptation sera lancée fin 2019. Objectif : tirer les leçons des projets passés pour améliorer les pratiques dans un contexte où l'adaptation est une priorité stratégique de l'AFD, notamment en Afrique subsaharienne. L’évaluation se focalisera sur deux secteurs clés d’intervention de l’AFD en matière d’adaptation : l’agriculture et l’eau. Un ensemble de 70 opérations d’irrigation, de développement local, d’agro-écologie, d’accès à l’eau potable ou de gestion des inondations sera ainsi analysé.

Ces projets intègrent tous une dimension d’amélioration de la résilience de populations ou de territoires face aux conséquences du changement climatique. L’évaluation portera un jugement sur le niveau de prise en compte des risques liés au changement climatique dans la conception des projets. Elle s’intéressera également aux résultats des actions et aux conditions de leur durabilité. Cette évaluation interrogera enfin la réduction des vulnérabilités des populations ciblées et l’amélioration de leurs capacités d’adaptation.


Évaluer les synergies entre climat et biodiversité


La COP25 de Santiago portera pour la première fois une attention particulière à la convergence des agendas internationaux en matière de biodiversité et de climat. Une meilleure prise en compte des synergies est en effet nécessaire. On pense, par exemple, à la préservation d’écosystèmes contribuant à la lutte contre le changement climatique comme le stockage de carbone ou à la limitation des risques naturels par des écosystèmes forestiers ou côtiers.

Le champ de l’évaluation reste à investir dans ce domaine, même si différents travaux sont en cours pour mieux identifier les cobénéfices biodiversité et climat dans les projets. Ainsi, une évaluation de l’impact des plans de gestion forestière sur la lutte contre la déforestation dans le bassin du Congo réalisée en 2019 ouvre des pistes méthodologiques pertinentes sur l’utilisation de données satellitaires pour l’évaluation. En attendant la suite.