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microcrédits octroyés à Mayotte par l'ADIE
60
pêcheurs accompagnés sur le département en 2017
45
millions injectés dans l’économie locale
Région la plus pauvre d'Europe, Mayotte dispose néanmoins de nombreux atouts naturels, dont de précieuses ressources halieutiques. Sur la côte ouest de l'île, une association de microcrédit, l'ADIE, accompagne les pêcheurs et permet à des familles entières de subvenir à leurs besoins.

Sous le soleil au zénith d'un chaud mois de février, des écoliers dévalent les rues en pente du village de Chiconi pour profiter de la pause méridienne à l'ombre, chez eux. Ce hameau escarpé de la côte ouest de Mayotte surplombe un placide lagon qui s'ouvre sur le large, où les pêcheurs passent le plus clair de leur temps à guetter le poisson du bout de leur ligne ou de leurs filets. 

Mais si les eaux mahoraises sont poissonneuses, difficile pour les habitants de Mayotte, sans ressources, souvent allophones (parlant une langue différente de la langue officielle) et peu au fait des réglementations françaises et européennes, de démarrer leur activité. Grâce à l'appui de l'association de microcrédit ADIE, via un financement pluriannuel de l'AFD de 3 millions d'euros, des familles de walozi (pêcheurs) des villages de l’ouest de Mayotte ont pu monter leur entreprise, acquérir des bateaux et les équiper. Voire créer de l'emploi en embauchant des habitants du hameau pour les accompagner en mer ou assurer la vente du fruit de leur pêche. 

Ces prêts constituent une planche de salut pour ces habitants qui subissent de plein fouet un taux de chômage record. En créant leur propre activité, ils s'épanouissent professionnellement et offrent une vie meilleure à leur famille. 

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De nouveaux moteurs pour préserver l'environnement

Devenue département en 2011 puis région ultrapériphérique européenne en 2014, l'île de Mayotte bénéficie de multiples aides de l'État et de l'Europe. Ces fonds ont notamment pour but de valoriser et d'encourager les pratiques vertueuses en termes d'environnement. Désormais, les pêcheurs désirant équiper leurs embarcations de moteurs plus récents et moins polluants, tout en réalisant des économies de carburant, peuvent solliciter des financements étatiques et européens. L'achat de ces nouveaux moteurs est financé à 30 % par des aides publiques, le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) contribuant à la moitié de ces aides.

En 2017, neuf pêcheurs mahorais ont obtenu cette subvention et en 2018, une dizaine de dossiers seront à l'étude. En outre, le FEAMP participe à l'équipement de nouveaux pontons spécifiquement dédiés aux pêcheurs (sept au total, dont cinq à l’horizon 2019) ainsi qu'à l'équipement de poissonneries. L'Europe espère également rajeunir la profession à Mayotte en mettant à disposition des jeunes pêcheurs une aide à la création d'entreprise et à l'achat de matériel.

La micro-entreprise pour contrer un taux de chômage à 26 %
paysage urbain, enfant, rue, Mayotte
© Ornella Lamberti / AFD

 

L'INSEE l'a révélé courant janvier 2018 : le taux de chômage à Mayotte est parmi l'un des plus importants de France, de l'ordre de 26 % contre 9,2 % au national. Face à ce marché de l'emploi peu favorable bien qu'en pleine structuration, les Mahorais se tournent donc vers les organismes de microcrédit afin de créer eux-mêmes leur propre activité.

Plus jeune département de France, Mayotte se structure peu à peu. C'est pourquoi son marché de l'emploi, s'il se dynamise petit à petit, demeure encore assez restreint et fait encore la part belle aux activités informelles. En 2015, les 5 300 sociétés informelles de l'île représentaient ainsi deux tiers des entreprises du secteur marchand non agricole et non financier, selon l'Insee. L'institut de statistiques a également annoncé en début d'année un taux de chômage avoisinant les 26 % sur l'Île aux parfums, touchant plus particulièrement les femmes et les jeunes. 

Dans un contexte économique en plein développement, les Mahorais, entrepreneurs dans l'âme mais disposant de peu de ressources financières, s'orientent donc naturellement vers les organismes de microcrédit afin de démarrer de manière réglementaire leur propre activité. 

C'est dans ce cadre que s'inscrit l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE), structure allouant des microcrédits aux porteurs de projets et aux entrepreneurs. À Mayotte, l'activité de l'ADIE prend tout son sens puisqu'elle apporte des solutions d'emploi durables à un public en grande précarité. En moyenne, 25 % des Mahorais ayant sollicité l'appui de l'ADIE étaient bénéficiaires de minima sociaux au moment de la création de leur entreprise. 64 % (dont 25 % d'illettrés) ne disposaient d'aucun diplôme et 90 % de ces personnes vivaient sous le seuil de pauvreté. Pourtant, deux ans plus tard, 80 % des entreprises accompagnées se sont inscrites dans la durée, un chiffre bien plus important qu'en métropole. Les revenus moyens des foyers ont considérablement augmenté, avoisinant les 1 660 euros. Enfin, cette dynamique économique enclenche un cercle vertueux puisqu'en moyenne, 1,25 emploi est créé par entreprise financée par l'ADIE. 
 

Et après ?

L'AFD poursuivra son engagement aux côtés de l'ADIE pour le développement de l'activité économique par l'entreprenariat en accordant une nouvelle ligne de refinancement permettant de soutenir son activité. L'AFD s'engage aussi directement auprès des entrepreneurs en leur facilitant l’accès au crédit bancaire, grâce au FOGAP (Fonds de garantie agriculture-pêche), un outil de garantie publique délivrée aux banques, couvrant 80 % du montant du prêt. Enfin, nous préfinançons en 2018 une subvention État à destination de la communauté de communes de Petite-Terre dédiée à la construction et l'aménagement de points de vente des produits de la mer.