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logements, du T2 au T5
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familles devenues propriétaires
1,35
million d'euros de coût de construction
À Mayotte, de nombreuses familles vivent dans des habitats de fortune. Pour leur offrir un meilleur cadre de vie, la mairie de Chirongui, au sud de l'île, a conçu avec des partenaires publics et privés le premier immeuble collectif de l'île aux logements disponibles en accession sociale à la propriété.

Dans le sud de Mayotte, au bout d'une piste sinueuse et à quelques encablures de la mer, se dresse le premier bâtiment collectif de logements sociaux en accession à la propriété du territoire, le Mangua Bé. Pionnier sur le 101e département français où les Mahorais ont l'habitude d'être propriétaires de maisons individuelles en rez-de-chaussée, cet immeuble en hauteur abrite des familles modestes, des personnes âgées ou sans emploi, ayant bénéficié de prêts pour acheter un appartement grâce à une garantie de l’AFD.

Conçu par la mairie de Chirongui qui, appuyée par l'AFD, a pu viabiliser des parcelles de terrain, ce projet situé dans le village de Poroani a nécessité une médiation importante auprès de la population afin qu'elle s'approprie ces espaces différents de son mode de vie habituel. 

Mais les habitants du Mangua Bé, qui vivaient principalement dans des cases en tôle hors de toute réglementation et sans équipement moderne, se sont rapidement approprié les lieux. La résidence est ainsi un condensé de modernité et de tradition ; elle se vit portes et fenêtres ouvertes, en communauté. Les familles s'entraident, passent de logement en logement, discutent au frais à l'intérieur ou partagent une natte sur le bord du chemin vicinal afin de pouvoir surveiller les enfants qui jouent.

Mayotte, Chirongui, Rachidi, Lamberti
Mayotte, Chirongui, immeuble, Lamberti
Des engagements gouvernementaux pour l'habitat

En mai 2018, en réponse à un important mouvement social ayant conduit à la paralysie de l'île pendant plusieurs mois, la ministre des Outre-mer a présenté un plan de rattrapage intitulé « L'action de l'État pour votre quotidien », chiffré à 1,3 milliard d'euros et comportant 53 mesures dont 5 en faveur de l'habitat. La première de ces mesures acte la création d'une Opération d'intérêt national (OIN) « afin d'accélérer la production de logements et d'organiser de manière optimale la structuration de zones d'activité », avec la confortation des moyens de l'établissement public foncier et d'aménagement. Le deuxième engagement porte à 400 le nombre de logements sociaux à construire dès 2018, ambition notamment soutenue par l'augmentation de 50 % des crédits de la politique du logement. 

Troisième mesure : l'accompagnement de deux communes et d'une intercommunalité dans le cadre de projets de revitalisation de leur centre-ville. La quatrième mesure concerne l'accompagnement financier de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) sur les opérations de modernisation de quartiers du chef-lieu Dzaoudzi, du Nord et de Petite-Terre. Enfin, le cinquième point prévoit le renforcement des pouvoirs de police du préfet afin de lutter contre l'habitat illégal et indigne.

À Mayotte, 37 % des habitats en tôle
Dans sa grande enquête sur le logement à Mayotte publiée en 2017, l'INSEE alerte sur des conditions de logement « très éloignées des standards nationaux ».

 

Mayotte, cases, AFP
© AFP / AFD


« L'habitat mahorais est marqué par la précarité », avertit l'INSEE en préambule de son étude sur le logement à Mayotte, basée sur les dernières données disponibles de 2013. Les résultats de la grande enquête de l’institut démontrent effectivement que les conditions de logement des habitants du 101e département français « sont très éloignées des standards nationaux ».

En 2013, sur les quelque 50 000 résidences principales de Mayotte, 37 % étaient des maisons individuelles en tôle. Autre chiffre dramatique : « Plus de six logements sur dix sont dépourvus du confort sanitaire de base, c'est-à-dire qu'ils ne disposent pas d'au moins un des trois éléments suivants : eau, baignoire ou douche, WC. » Par ailleurs, 28 % des ménages n'avaient pas l'eau courante au sein de leur logement. 

Une situation comparable à celle de La Réunion il y a trente ans ou de la Guyane il y a vingt ans, note l'INSEE qui toutefois tempère : « De nets progrès ont été enregistrés en dix ans : en 2002, 75 % des ménages ne disposaient pas de l'eau courante. » A contrario, l'accès à l'électricité est généralisé, avec 94 % des foyers qui sont – légalement ou illégalement – raccordés. Cependant, dans 55 % des cas, « l'installation électrique est potentiellement dangereuse ». Autre caractéristique de l'habitat mahorais : la surpopulation des logements. À 63 %, « il manque une pièce par rapport à la composition du ménage », constate l'INSEE. 

Pour toutes ces raisons, un tiers des foyers de Mayotte se déclare « insatisfait » de ses conditions de logement, les jugeant « insuffisantes » voire « très insuffisantes », une proportion trois fois plus importante qu'à La Réunion et cinq fois plus qu'en province. Des chiffres qui légitiment l'action de l'État, des collectivités locales et de leurs partenaires en faveur de l'habitat à Mayotte.

L'enjeu du foncier
Mayotte, Epfam
© EPFAM


Installé depuis juin 2017, le nouvel Établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte (EPFAM) a pour objectif de réaliser des opérations favorisant l'aménagement, le renouvellement urbain et le développement économique et agricole de l'île. Parmi ses partenaires (collectivités, décideurs publics et privés), l'EPFAM peut compter sur le soutien de l'AFD, qui l'accompagne notamment dans la définition de sa stratégie d'acquisitions foncières.