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Lauréat du sixième Concours international de plaidoiries pour les droits de l’Homme décerné en Mauritanie début décembre, dont l’Agence française de développement est partenaire, l’avocat Pépé Antoine Lama revient sur l’affaire qui a motivé sa participation.

« À tous les hommes épris de justice et de paix, joignez votre action à la mienne. » C’est sur ces mots que l’avocat Pépé Antoine Lama, 35 ans et avocat depuis six ans au barreau de Guinée, a conclu son plaidoyer lors du sixième Concours international de plaidoiries pour les droits de l’Homme qui s'est tenu le 5 décembre à Nouakchott, en Mauritanie.

Ce concours est organisé tous les ans dans le pays par l'Ordre national des avocats de Mauritanie et l'Institut international des droits de l'Homme et de la paix, en collaboration avec l'Agence française de développement (AFD), l'ambassade de France en Mauritanie et Justice coopération internationale, un opérateur du ministère français de la Justice.

Pour sa dernière édition, il a réuni huit avocats qui ont tous plaidé un cas réel de violation présumée des droits de l'Homme. Lauréat du premier prix du concours, Me Lama revient pour l'AFD sur l'affaire qu'il a exposée à la barre.

Qu’est-ce qui a motivé votre participation au Concours international de plaidoiries pour les droits de l’Homme ?

Pépé Antoine Lama : Le souci de porter à la connaissance d'une large majorité de l'humanité la gravité du massacre perpétré par les forces de défense et de sécurité de la République de Guinée dans le village de Zogotta, au sud du pays. La nuit du 3 au 4 août 2012, elles ont brutalement attaqué ses habitants, tuant six d’entre eux. Les plus chanceux ont été arrêtés, torturés et détenus plusieurs jours. Leur faute ? Avoir occupé le site d’exploitation minière de la société Vale/BSG Resources pour protester contre la dégradation de leur environnement et les promesses d’embauches non tenues.

Je voulais par la même occasion dénoncer le manque de volonté de la justice guinéenne à faire la lumière sur ces crimes et obtenir du soutien à l’international pour rendre justice aux victimes. Car la plainte déposée en 2012 par plusieurs habitants contre des colonels de l’armée et le préfet du district n’a toujours pas eu de suite judiciaire, plus de six ans après.

Pourquoi avoir choisi de consacrer votre plaidoirie au cas de Nazouo Pascal Kolie ?

Par ce choix, j'ai voulu alerter sur l'épineuse nécessité de rendre justice avant qu'il ne soit trop tard. Nazouo Pascal Kolie avait 17 ans le jour de l’attaque. Blessé par une balle qui a traversé son épaule droite, il a été brutalement enlevé et séquestré pendant seize jours au camp militaire de Nzérékoré [la préfecture du district].

Admis d’urgence dans une clinique de fortune à cause de la perforation de ses vaisseaux, mais seulement après 48 heures de séquestration, il a dû se contenter d’une perfusion, d’un simple pansement et de paracétamol. Il n’a pas eu droit à un examen approfondi pour évaluer l’impact de la balle logée dans son épaule. Nazouo n’a pas survécu aux séquelles de ses blessures. Il s’est éteint le 22 juillet 2017.

Vous rapportez ses mots dans votre plaidoirie : « Je ne crois pas que la justice soit faite pour nous, les faibles. » Un procès est-il encore possible pour cette affaire ?

Je ne crois pas pour l’heure à la tenue d'un procès en Guinée. J’ai par contre espoir qu'avec le soutien des partenaires [les ONG qui accompagnent les habitants] la plainte des victimes que nous avons déposée le 19 octobre 2018 à la cour de justice de la CEDEAO [Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest] aboutira à un procès. Mon objectif final est de faire en sorte que les bourreaux répondent de leurs faits devant la justice.
 

 

 

lireaussi




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