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Convention des maires pour l’Afrique subsaharienne
Dans le cadre du Forum de Paris sur la paix et du sommet Finance en commun organisés début novembre à Paris, l’Agence française de développement (AFD) présentera le programme de la Convention des maires pour l’Afrique subsaharienne (CoM SSA). Lancée par l’Union européenne, cette initiative rassemble 237 villes d’Afrique subsaharienne pour faire émerger des solutions concrètes de développement sobre en carbone et résilient aux effets du changement climatique.

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D’ici 2050, la population urbaine africaine devrait tripler pour atteindre 1,3 milliard d’habitants. Si les villes peuvent être les premières victimes du climat, elles sont aussi les plus grandes contributrices à son dérèglement. Et pourtant, sur l’un des continents les plus exposés au changement climatique, les municipalités ne reçoivent que 3 % des financements climat globaux. 

Des services urbains facteurs de durabilité

Dans de nombreuses villes africaines, la croissance urbaine apparaît hors de contrôle. « À Bangui, dans le contexte très difficile de la sortie de crise militaro-politique, avec un exode rural massif et de nombreux déplacés, la population est déjà passée de 500 000 à 2 millions d’habitants en quelques années. Elle devrait encore quadrupler d’ici 2050 », raconte son maire, Émile-Gros Raymond Nakombo. 


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Cet économiste de 63 ans a vu affluer des générations entières de compatriotes fuyant les violences des groupes armés au Nord. Ces Centrafricains n'ont pu fréquenter l’école pendant les conflits qui ont secoué le pays ces dernières décennies et viennent chercher à Bangui sécurité et travail. « Les autorités locales sont de mini-gouvernements et nous nous battons au jour le jour pour faire en sorte que la ville tienne », confie le maire, mobilisé sur tous les fronts. Comment faire face à cette urbanisation au galop quand services publics, infrastructures et investissements font défaut

La dynamique mondiale en faveur de la transition énergétique, les réseaux de villes qui partagent de nombreuses problématiques et les financements importants mobilisés pour le climat peuvent constituer des leviers d’action décisifs pour développer les services urbains promoteurs d’un avenir durable.

Accompagner les autorités locales dans la transition énergétique et climatique

Car pour lutter contre le changement climatique, « c’est dans les villes qu’on trouve les leviers les plus importants, que ce soit la consommation énergétique des bâtiments ou les transports urbains », note Mathilde Bord-Laurans. Pour la responsable de la division Énergie à l’AFD, « l’angle de la transition énergétique des villes est une innovation complémentaire et convergente avec les approches habituelles du développement urbain, de l’emploi ou de l’aménagement territorial. »

C’est pour répondre à ces enjeux que l’Union européenne (UE) a lancé la Convention des maires pour l’Afrique subsaharienne (CoM SSA) lors de la COP21 de 2015, sur le modèle de la Convention des maires pour le climat et l'énergie en Europe. Une approche ascendante dite bottom-up qui a déjà fait ses preuves. 

Son objectif ? Renforcer les capacités et sensibiliser les villes africaines pour les aider dans leur transition énergétique et climatique, tout en favorisant la coordination entre les engagements internationaux, les Contributions déterminées au niveau national (CDN) et les Objectifs de développement durable (ODD). Aujourd’hui, la CoM SSA accompagne les autorités locales dans leur planification urbaine, l’accès à l’énergie, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation au changement climatique.

Une vision à long terme pour des actions ambitieuses

Rejoindre l’initiative CoM SSA, c’est « s’engager politiquement à développer la ville, tout en luttant contre le changement climatique et en permettant l'accès à une énergie durable », affirme Émile-Gros Raymond Nakombo. Chaque municipalité souscrit ainsi à la construction d’une vision à long terme, déclinée en objectifs d’actions ambitieuses, mesurables et planifiées. À Bangui, conformément à la démarche soutenue par la CoM SSA, cela prend la forme d’un Plan d’action pour l’accès à l’énergie durable et le climat (PAAEDC) cautionné par le gouvernement centrafricain. 

Au premier rang de ce plan figure par exemple la création d’une unité de traitement de déchets qui, comme l’espère son maire, sera par ailleurs source d’emplois pour les jeunes dans le cadre de l’économie circulaire. Émile-Gros Raymond Nakombo ajoute : « Les financements de l’UE ont permis de mener des recherches qui ont sensibilisé le gouvernement et la population. Il y a une prise de conscience de l’importance de protéger notre patrimoine forestier par exemple, et des problèmes posés par la consommation domestique du bois. »

Faire grandir les partenariats, faire grandir des projets

À travers un secrétariat et un bureau d’assistance aux villes, la CoM SSA mène un important travail de plaidoyer politique, de partage des bonnes pratiques et de renforcement des capacités (visites, formation, support technique, diffusion d’études, etc.). Si le programme a démarré avec 13 villes pilotes en 2016, il compte aujourd’hui un réseau de 237 villes de toutes tailles, réparties dans 36 pays d’Afrique subsaharienne, soit environ 85 millions de personnes.
 
L’enjeu est désormais double : en lien avec la Convention mondiale des maires, il s’agit d’étendre les partenariats, tant régionaux qu’entre villes, mais aussi d’approfondir les actions pour permettre des réalisations concrètes. Ainsi, la mission de la CoM SSA est aussi de faire émerger des projets, notamment d’infrastructures, répondant aux besoins locaux sur un mode durable : production d’électricité renouvelable, gestion intégrée des déchets et traitement des eaux, efficacité énergétique des bâtiments, réseaux d’éclairage public, modes de transport électriques ou au biogaz, etc. 

Vers une transition sociale et climatique

Depuis 2019, cette initiative, financée à hauteur de 44 millions d’euros par l’UE depuis son lancement, auxquels s’ajoute un cofinancement de la part du ministère allemand du Développement économique et de la Coopération (BMZ) – 1,5 million d’euros – et de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) – 1 million d’euros –, veut abonder dans ce sens. 

Elle vise à porter les projets à un niveau de maturité leur permettant d’être conformes aux critères d’exigibilité internationaux appliqués par les bailleurs. Et c’est en tant que partenaires de mise en œuvre que le programme associe l’AFD, Expertise France, l’AECID et la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). 

« Avec ses partenaires européens, l’AFD est bien placée pour agir dans cette phase de l’initiative car elle a un long historique d’engagements et de projets aux niveaux nationaux, souligne Mathilde Bord-Laurans. Nous sommes en capacité tant d’apporter des moyens financiers que d’aider à mobiliser les investissements nationaux et internationaux pour mettre en œuvre les plans d’action et réaliser des projets d’infrastructures urbaines dans un souci de durabilité et pérennisation des emplois induits. » En effet, « si les enjeux de transition sont partagés par toutes les villes du monde, les capacités d’investissements des collectivités locales africaines sont plus contraintes : les villes ont souvent besoin de l’État pour financer leurs projets d’investissements les plus structurants. »

Avec un potentiel de 160 millions d’euros mobilisés pour des projets climat et énergie et 220 000 tonnes de réduction d’émissions de CO2, la CoM SSA se veut un catalyseur pour l’action locale sur le climat en Afrique subsaharienne. En faveur d’une transition juste, sociale et climatique.

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