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G7 : repenser le rôle des banques publiques de développement par la recherche
Chercheurs et spécialistes de toutes les régions du monde se sont réunis à Clermont-Ferrand pour débattre du rôle des banques publiques de développement, dans une architecture financière internationale en pleine mutation. Une initiative qui fait écho aux réflexions menées dans le cadre de la présidence française du G7 (PFG7).
Organisée par la coalition Finance en commun (FiCS), l'Agence française de développement (AFD), la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi) et le Centre d'études et de recherches sur le développement international (Cerdi), cette conférence labellisée G7 a réuni du 20 au 22 mai des chercheurs, des praticiens et des décideurs de tous les continents. Objectif : débattre du rôle des banques publiques de développement (BPD) face aux grands défis contemporains.
La conférence s'est tenue dans un contexte international particulièrement dynamique : après une reconnaissance du rôle des BPD lors de la conférence des Nations unies sur le financement du développement (FfD4) à Séville en 2025, les ministres des Finances du G7 ont également souligné leur importance lors de la réunion des 18 et 19 mai 2026. Face à la volatilité des prix de l'énergie, aux risques pesant sur la sécurité alimentaire, au coût croissant du capital ou encore aux impératifs de la transition bas-carbone, les BPD disposent de leviers essentiels pour soutenir les trajectoires de développement durable. Ce sont ces tensions, défis et perspectives que la conférence a explorés.
Des sujets au cœur des débats G7
« Dans un contexte de fragilisation, ce type de rencontre internationale, qui rassemble des participants du Sud et du Nord, à la fois chercheurs et praticiens, est une façon de contribuer au multilatéralisme à travers la recherche », souligne la chercheuse Stephany Griffith-Jones. Cinquante articles de recherche originaux ont été présentés lors de la conférence, couvrant un large éventail de sujets : mandats et instruments, gouvernance, coordination entre institutions ou encore capacité des BPD à agir collectivement.
Ces travaux mettent notamment en évidence le rôle stabilisateur que peuvent jouer les BPD dans un monde marqué par les déséquilibres macroéconomiques. Ils montrent également leur contribution potentielle au soutien de secteurs stratégiques, tels que les politiques industrielles, l’innovation ou le renforcement des chaînes de valeur.
Un autre enseignement fort tient à l’importance de la coordination. Les BPD sont plus efficaces lorsqu'elles « font système », en articulant l’action des banques multilatérales jusqu'aux institutions régionales et nationales, en lien étroit avec les ministères des Finances, les régulateurs et les acteurs privés. Autant de conclusions qui résonnent directement avec les priorités de la présidence française du G7 sur la réforme de l’architecture internationale.
Un rôle d’éclairage pour les décideurs
La conférence s’est appuyée sur les travaux du Global Research Network (GRN) sur les BPD, un réseau international réunissant une cinquantaine de chercheurs et qui s’est progressivement structuré depuis 2020. Adossé au FiCS et animé notamment par l’AFD, aux côtés d’autres partenaires académiques et institutionnels (Stellenbosch University, CGD, I4CE, INSE-PKU, FERDI, UNCTAD et McMaster University), le GRN a contribué à la consolidation d’un agenda de recherche international sur les BPD. Ces travaux ont notamment donné lieu à la publication d’un ouvrage de synthèse, Public Development Banks: A Reference Book, ainsi qu’à une base de données mondiale dédiée aux BPD.
Encore faut-il pouvoir les traduire les connaissances produites en orientations concrètes pour les décideurs publiques, les ministères des Finances, les banques centrales et les institutions financières. C’est dans cette perspective que plusieurs chercheurs du GRN sont impliqués dans divers forums internationaux, à l’image de Jiajun Xu (Université de Pékin) et Martin Kessler (Finance for Development Lab) qui ont coordonné le groupe de travail du Think7 consacré aux banques publiques de développement. L’objectif : formuler une série de recommandations pour renforcer l’action des BPD, en lien avec les priorités portées par le G7 Finances.
Au-delà du G7, un processus de long cours
La conférence de Clermont-Ferrand s’inscrit dans les contributions du groupe AFD pour nourrir les filières Développement, Finances et Commerce de la PFG7. Lors de la réunion ministérielle « développement » fin avril, le Groupe a notamment présenté la publication « ODA and beyond: Toward and integrated approach to financing for development – The case of AFD Group », sur l’importance de repositionner l’APD au sein d’une vision plus large des instruments de financement du développement. Il a également organisé, début mai, une conférence de réflexion sur les minerais critiques, un sujet au cœur de la PFG7 et abordé dans le cadre de la réunion ministérielle « commerce ». Début juin, l’AFD a aussi accueilli dans ses locaux le sommet du Civil 7, groupe d’engagement des organisations de la société civile des pays du G7, animé cette année par Coordination Sud.
Ces débats doivent aussi être replacés dans une perspective plus large. « Les enjeux mondiaux exigent des réponses qui dépassent le seul cadre du G7 », rappelle Thomas Melonio, chef économiste de l’AFD. Le G7 d’Evian s’appuie ainsi sur les avancées obtenues lors de la présidence sud-africaine du G20 et de la conférence FfD4 de Séville en 2025. Il se distingue aussi par sa volonté d'ouverture : plusieurs pays émergents – Brésil, Inde, Corée du Sud… – ont participé aux travaux, dans un esprit qui correspond précisément à celui de la conférence de Clermont, où chercheurs et praticiens du monde entier ont pu confronter leurs analyses.
Ces réflexions se poursuivront dans les mois à venir. Le prochain sommet du FiCS, attendu en 2027, constituera un nouveau rendez-vous pour la communauté de recherche sur les banques publiques de développement, avec des attentes fortes en matière de production de connaissance, de recommandations opérationnelles et de dialogue avec les décideurs.