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M-Tiba
Dans le cadre de sa série « Innovation partagée », l’AFD met en lumière des programmes novateurs créés ou développés dans nos pays partenaires.

La plateforme numérique M-Tiba permet aux Kényans de régler leurs dépenses de santé à distance, de transmettre des données anonymes et d’être informés sur le plan sanitaire grâce à leur téléphone portable. Autant d’aspects cruciaux dans le contexte de crise liée au Covid-19.

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Alors que le Covid-19 se propage sur le continent africain, les infrastructures de santé publique existantes limitent la capacité des pays à tester la population et à suivre l’impact de la pandémie. Cependant, le Kenya peut compter sur des outils novateurs pour récolter des données anonymisées, transmettre de l'information sanitaire à la population et favoriser le paiement des soins.

Ainsi, M-Tiba, un système de transfert d’argent créé par la start-up kényane Carepay, permet notamment aux patients de provisionner de l’argent sur leur téléphone et de régler à distance les traitements médicaux dont eux-mêmes ou leur famille ont besoin. Mais le système, qui repose sur l’utilisation des téléphones portables et utilise les SMS plutôt que la 3G ou la 4G, ne se limite pas à la gestion des paiements. Quand un patient a vu un médecin, les données de la visite – des symptômes à la prescription de médicaments – sont collectées de façon anonyme. Les informations sont ensuite rassemblées et transposées sur une carte. Toute potentielle alerte sanitaire peut ainsi être détectée.

« Nous disposons d’une visibilité en temps réel des diagnostics, confirme Moses Kuria, directeur exécutif de Carepay Kenya. Si vous avez de la fièvre et de la toux, vous vous rendez dans un hôpital qui encode le diagnostic et le traitement. Tout cela apparaît immédiatement sur la carte numérique. »

L’État et les gouvernements des comtés peuvent se servir de ces données pour déterminer où sont concentrés les cas de Covid-19 par exemple. Carepay envoie également des SMS contenant des informations diverses : foyer épidémique dans une zone donnée, mise en place d’un couvre-feu et d’un confinement, ou plus simplement instructions sur la distanciation sociale et le lavage des mains.

« Il est essentiel de pouvoir disposer de ces informations en temps réel et de surveiller les diagnostics et la progression des maladies, ajoute Moses Kuria. Cela permet aux gouvernements de prévoir les épidémies avant qu’elles ne deviennent trop importantes et d’y allouer les ressources nécessaires. »

Alternatives à la monnaie papier

En mars 2020, à la demande du président kényan Uhuru Kenyatta, l’entreprise de télécommunication Safaricom a allégé les conditions tarifaires sur le transfert d’argent mobile, afin d’encourager les consommateurs à recourir aux plateformes numériques et à limiter l’usage de billets de banque, pour réduire la transmission du coronavirus. 

Les plateformes de paiement mobile comme M-Pesa (« argent » en Swahili) étaient déjà largement utilisées au Kenya. Grâce au taux élevé de pénétration des téléphones portables sur le continent, ces plateformes sont en pleine expansion. Spécialisé dans le domaine de la santé, M-Tiba permet de diriger ce type de paiement vers les soins médicaux.  

Au Kenya, la start-up Carepay connecte plus de 4 millions de clients à quelque 2 900 prestataires de santé, souvent dans des zones à faible revenu. L’entreprise a également mis en place des plateformes au Nigéria et en Tanzanie. L’Agence française de développement (AFD) subventionne Carepay à hauteur d’1,5 million de dollars, remboursables uniquement si les objectifs de recettes minimums sont atteints.  

« Au Kenya, l’expertise du secteur privé est prisée par les autorités publiques pour atteindre les objectifs du pays en termes de santé, indique Perrine Giraud, chargée de projets pour l’AFD à Nairobi. L’AFD soutient les entreprises innovantes comme Carepay, qui coordonnent le paiement, la disponibilité et le suivi des services de santé au Kenya et ailleurs. Cette action participe à l’expansion de la couverture sanitaire à tous les habitants qui en ont besoin. »

Et les besoins sont constants : un rapport de la Banque mondiale révélait en 2017 que chaque année, les dépenses personnelles de santé faisaient basculer 100 millions de personnes dans la pauvreté à travers le monde.

« Un nombre incalculable de personnes sont contraintes de vendre leurs possessions, comme des vaches ou du terrain foncier pour les agriculteurs, pour payer des soins, confirme Moses Kuria. Un outil qui permet d’économiser ou d’envoyer des fonds aux familles exclusivement dédiés à la santé est donc essentiel pour garantir l’accès aux soins. »