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pepiniere urbaine afd
Dans le cadre de sa série « Innovation partagée », l’AFD met en lumière des programmes novateurs créés ou développés dans nos pays partenaires.

Pensées comme des outils d’intervention visant à promouvoir de nouveaux modes de fabrique urbaine plus participatifs, les pépinières urbaines, financées par l’Agence française de développement (AFD), essaiment déjà à Ouagadougou, Abidjan, Dakar et dans plusieurs villes tunisiennes. Les premiers résultats très positifs de ces programmes pionniers encouragent à les élargir à d’autres villes. Décryptage.

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Comment éviter la faible appropriation et la dégradation rapide d’équipements ou d'infrastructures publics inadaptés aux attentes des usagers des villes ? Comment susciter un changement de relation entre la maîtrise d’ouvrage et les habitants pour que les acteurs économiques locaux participent plus activement à la production de la ville ? Comment combler le décalage entre des besoins urgents de services publics et le temps long des grands projets urbains ?

Les projets de pépinières urbaines, financés par l’AFD, sont nés pour fournir des premières réponses à ces différentes questions en initiant une réflexion collective sur l’évolution de la fabrique de la ville vers des modes plus participatifs, inclusifs et agiles. 

Véritables laboratoires d’initiatives citoyennes, ces pépinières interviennent en complément des grands projets d’aménagement urbain ou de mobilité déjà financés par l’AFD.

Quatre projets déjà en cours

À ce jour, plusieurs projets de pépinières urbaines sont déjà en cours d’exécution : à Ouagadougou (Burkina Faso), Abidjan (Côte d’Ivoire), Dakar (Sénégal) mais également dans plusieurs villes de Tunisie.


À titre d’exemple, suite aux premiers résultats encourageants constatés à Ouagadougou et en Tunisie, l’AFD, en étroite collaboration avec le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (CETUD), a décidé de déployer une première pépinière à Dakar, poumon économique du Sénégal. Le projet s’insère dans un contexte de redéfinition globale de la mobilité de l’agglomération, où le réseau des transports publics est actuellement en pleine transformation, avec les travaux en cours et à venir du Bus Rapid Transit (BRT), du Train Express Régional (TER) et de l’ensemble des lignes de rabattement.

Dans ce cadre, le projet de Pépinière urbaine de Dakar (PUD) vise à favoriser l’appropriation par les usagers et l’ensemble des habitants, y compris les plus vulnérables, des futurs équipements de transports collectifs à travers la co-conception et la co-construction d’espaces publics. Tout en développant des approches participatives, d’information, d’animation et de sensibilisation sur la thématique.

Un dispositif d’accompagnement sur mesure

À partir de ces expériences pilotes, l’AFD a également créé un outil financier dédié, adossé à un accompagnement technique, pour ouvrir le dispositif de pépinière urbaine à de nouveaux pays. « Cet outil permet de proposer un guichet de financement pour la mise en œuvre de nouvelles pépinières urbaines, en articulation avec des projets urbains et de mobilité financés par l’AFD, détaille Chloé Pinty, chargée de mission Développement urbain et Infrastructures à l’AFD. Il apporte également un appui méthodologique et technique sur chaque pépinière urbaine, un suivi et une capitalisation sur ce dispositif innovant et sur les initiatives similaires. »

Le dispositif est également adossé à un programme d’animation du réseau des pépinières porté par un groupement d’ONG composé du Gret, d'UrbaMonde, d'UrbaSen et de Cabanon vertical, et à un programme de recherche et d’évaluation porté par l’Institut de recherche pour le développement (IRD), afin d’accompagner l’évaluation des projets et de produire des connaissances autour des notions d’urbanisme participatif et transitoire dans les pays d’intervention de l’AFD.

Quel apport pour la fabrique de la ville ?

La journée de lancement de ce dispositif, le 6 octobre 2020, s’est tenue en deux temps. Elle a débuté par l’organisation du tout premier comité de pilotage des pépinières urbaines, un espace de gouvernance dédié au dispositif. Ensuite, une conférence ouverte plus largement à des partenaires intéressés par la démarche a été organisée sur la thématique : « L’urbanisme participatif et transitoire : quels apports pour la fabrique urbaine ? »


L’évènement a réuni plus de 70 participants invités à nourrir et enrichir la démarche des pépinières de leurs expériences et regards externes. Les pépinières et leur dispositif d’accompagnement ont ainsi été présentés avant d’ouvrir un dialogue, dans le cadre d’une table ronde suivie d’un échange avec la salle. Raphaël Besson, socio-économiste et directeur de Villes et innovations, ainsi que Rehda Califano, chef du service Cohésion sociale de la métropole Aix-Marseille, ont notamment pu mettre en lumière leur vision de l’urbanisme participatif et transitoire.

De son côté, Hervé Koné, chef de projet de la Pépinière de Ouagadougou, a pu dresser un premier bilan très positif de l’expérimentation menée dans la capitale du Burkina Faso : « Ce que nous pouvons déjà constater, c’est que l’urbanisme transitoire permet une plus grande implication des populations, en particulier grâce à ces démarches de co-conception qui leur permettent de définir par elles-mêmes, collectivement, leurs besoins et leurs priorités d’aménagements et d’équipements, avec une meilleure gestion et une meilleure appropriation de ces infrastructures co-construites. »

« Il y a eu une très forte participation de la population de Ouagadougou, toutes couches sociales confondues, aux ateliers et chantiers participatifs mis en place dans le cadre de la pépinière urbaine, constate par ailleurs le chef de projet. À la suite des travaux d’intérêt commun qui ont été réalisés après ces échanges, on a pu observer que la population était davantage impliquée dans le gardiennage et la sécurité des sites co-conçus par le biais de ces démarches de co-conception. »

Quatre enjeux majeurs identifiés

Partant de leurs expériences concrètes et de l'échange de bonnes pratiques, les différents intervenants ont identifié quatre enjeux majeurs autour de ces nouveaux modes de faire :

  1.  Repenser les liens entre urbanisme « classique » et transitoire
  2.  Favoriser le développement de nouveaux outils permettant une participation citoyenne réelle
  3.  Amener dans le débat public la nécessité de réfléchir collectivement aux moyens de faire évoluer les politiques publiques à partir de ces expériences
  4.  Évaluer les opportunités et limites de la réplicabilité des concepts et expériences d’urbanisme transitoire et participatif, toujours ancré dans une réalité territoriale spécifique.

Pour Chloé Pinty, « cette séquence de réflexion riche de ses concepts, expériences et interrogations, a permis de confirmer l’engagement des participants à poursuivre la réflexion collective autour de l’évolution progressive des pratiques de la fabrique urbaine, afin d’en tirer des enseignements croisés issus des pratiques au Sud comme au Nord. »

 

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