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Crises en cascade : l’investissement dans le développement peut-il rééquilibrer le monde ?
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Crises énergétiques, tensions commerciales, fragilisation des chaînes d’approvisionnement : les déséquilibres mondiaux s’intensifient. Dans ce contexte, la présidence française du G7 (PFG7), exercée cette année, place la coopération internationale au cœur de la réponse. Le groupe AFD contribue activement à la PFG7 en participant notamment aux travaux des filières Développement et Finances.
La situation autour du détroit d’Ormuz a rappelé à tous la persistance de vulnérabilités structurelles dans l’économie mondiale. Point de passage stratégique pour une part importante des flux énergétiques, il illustre la dépendance de nombreux pays à des routes commerciales critiques, et celle de leurs économies aux énergies fossiles.
Plus largement, les déséquilibres mondiaux s’inscrivent dans une accumulation de chocs récents. Aux tensions commerciales et industrielles s’ajoutent des crises énergétiques et agricoles, connectées entre elles. La hausse des prix du pétrole, du gaz et les perturbations sur les engrais — notamment azotés — font peser des risques immédiats sur les économies et sur les prochaines campagnes agricoles, en particulier en Afrique.
Ces évolutions interrogent les fondements mêmes de la mondialisation. « La fermeture du détroit d’Ormuz montre que ce qui était considéré comme acquis — la fluidité du commerce international, qu’il soit maritime ou aérien — peut être remis en cause. On assiste ainsi à un retour des contraintes physiques de l’économie », souligne Thomas Melonio, Chef économiste à l’AFD. Dans ce contexte, « il est nécessaire d’investir davantage dans la résilience des économies et de consolider des chaînes de valeur plus robustes, éventuellement recentrées sur des partenaires plus proches et plus fiables ».
L’énergie : électrifier pour réduire les dépendances
L’énergie est l’un des principaux facteurs de déséquilibre. Une large majorité de la population mondiale vit dans des pays importateurs d’hydrocarbures, fortement exposés aux chocs de prix. Face à cette vulnérabilité, la maîtrise de la demande et l’électrification des usages apparaissent comme des leviers structurants. « Maîtriser la demande énergétique est un levier direct de réduction des inégalités : ce sont toujours les ménages modestes, les finances publiques fragiles et les entreprises les moins capables d’absorber un choc qui paient le plus lourd tribut aux hausses de prix pétroliers », rappelle Nicolas Guichard, responsable de la division Énergie de l’AFD.
Réduire les consommations inutiles et améliorer l’efficacité énergétique permet de limiter l’exposition aux chocs. L’électrification des usages, appuyée sur une production domestique, permet également de réduire la dépendance au pétrole importé. Dans ce domaine, l’AFD finance des projets d’infrastructures énergétiques dans de nombreux pays partenaires : centrales solaires, réseaux électriques, barrages hydroélectriques. Ces investissements permettent de sécuriser l’approvisionnement et de soutenir le développement économique.
Agriculture : sécuriser les intrants, transformer les modèles
Les tensions sur les engrais constituent un autre facteur de déséquilibre majeur, avec des implications directes pour la sécurité alimentaire mondiale. À court terme, l’aide publique au développement peut jouer un rôle déterminant pour sécuriser l’accès aux intrants et éviter des baisses de production.
À plus long terme, l’urgence est de transformer les systèmes agricoles. « Tout l’enjeu est de faire en sorte que les agricultures aient moins besoin d’engrais de synthèse », explique Matthieu Le Grix, responsable de la division Agriculture, développement rural, biodiversité de l’AFD. Cette transition restera toutefois partielle. « Même dans des scénarios favorables, il restera un besoin d’engrais de synthèse, notamment en Afrique subsaharienne ». Des solutions émergent néanmoins : « une piste consiste à produire des engrais de synthèse à partir d’énergies renouvelables, via de l’hydrogène vert ».
Le développement comme levier d’équilibre
Face à ces déséquilibres, le développement apparaît comme une réponse structurelle. En finançant des infrastructures énergétiques, en soutenant les systèmes agricoles et en accompagnant les transitions, il contribue à renforcer la résilience des économies. Les institutions comme l’Agence française de développement jouent un rôle central dans cette dynamique. Faire du développement un levier d’équilibre, c’est agir directement sur les causes des crises et contribuer à une stabilité mondiale plus durable.