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Santé : comment prévenir une nouvelle pandémie ?
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Dans un contexte de réduction des moyens alloués aux systèmes de santé, les risques épidémiques s’accroissent. Alors que le sommet One Health réunit des chefs d’État du monde entier à Lyon, du 5 au 7 avril, Pierre Crozier, responsable d'équipe projet et référent santé publique au sein de la division Santé et protection sociale de l’AFD, revient sur les moyens acquis par le groupe AFD pour affronter une nouvelle crise sanitaire internationale.
Peut-on espérer réduire la probabilité d’une nouvelle pandémie ?
Pierre Crozier : L’action internationale demeure plus orientée vers la réaction aux crises que vers leur anticipation. Or l’un des objectifs du sommet One Health est précisément de renforcer la prévention, en mobilisant davantage les banques de développement autour d’une approche plus intégrée. L’approche One Health consiste justement à considérer ensemble la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, afin d’identifier plus tôt les risques et de limiter les conditions d’émergence de nouvelles pandémies. Et malgré une réelle volonté politique, l’intégration de ces trois dimensions ne se fait toujours pas systématiquement. Par exemple, il est encore compliqué de disposer de systèmes de surveillance et de laboratoires capables d’intégrer et partager en temps réel l’ensemble de ces données multisectorielles. La marge de progression opérationnelle sur cette approche multidisciplinaire reste encore importante.
Aujourd’hui, au-delà des zoonoses qui mettent plus directement en évidence les relations santé animale et santé humaine, la question de la santé environnementale prend une place croissante, avec des enjeux liés à la pollution, au changement climatique ou encore à l’érosion de la biodiversité, et doit être pleinement intégrée dans la logique One Health : c’est l’un des enjeux du sommet.
Les investissements lors de l’épisode Covid-19 ont-ils permis de renforcer les capacités des pays d’intervention du groupe AFD ?
Pierre Crozier : Oui, clairement ! Ces appuis de l’AFD structurés dès avril 2020 dans le cadre de l’initiative « Santé en commun » ont constitué une réponse majeure de l’AFD à la crise Covid-19 avec près d’1,8 milliard d'euros engagés en 2020 et 2021. Ils ont concerné prioritairement des États en Afrique mais aussi d’Asie du Sud-Est, notamment à travers le réseau Ecomore des Instituts Pasteur, ou des bassins océaniques où la France a des territoires (Océan indien, Pacifique et Atlantique). Ces appuis ont notamment permis de développer rapidement les capacités diagnostiques de laboratoires et de surveillance épidémiologique, en particulier en matière de séquençage génomique des variants du Covid. Cela a constitué un élément déterminant pour renforcer la souveraineté sanitaire de ces pays.
En Afrique centrale, la République démocratique du Congo dépendait de laboratoires extérieurs pour identifier les variants du Sars-Cov2 en circulation. Grâce au projet Afroscreen financé par l’AFD, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de RDC, appuyé par l’Institut de recherche pour le développement (IRD), a pu dès 2021 réaliser de manière autonome les séquençages des variants circulant sur son territoire. Or, ces informations ont des conséquences importantes, notamment économiques, puisque selon le variant identifié, les autorités peuvent décider un confinement, la restriction des échanges ou des déplacements. En six à dix mois, ces pays ont acquis cette capacité : cela a été un progrès majeur.
En revanche, les résultats ont été plus limités sur le volet prévention. Cela suppose notamment de pouvoir mobiliser rapidement des stocks de vaccins contre le pathogène à l’origine d’une pandémie. Et les financements ont davantage porté sur la préparation et le renforcement des capacités de riposte.
Le groupe AFD est-il aujourd’hui mieux armé pour réagir dans l’urgence à une crise sanitaire ?
Pierre Crozier : À la condition où les financements sont disponibles, je dirais que l’AFD est aujourd’hui mieux armée. La pandémie de Covid-19 nous a conduits à mettre en place tout un dispositif procédural qui a permis de mobiliser et déployer les financements plus rapidement, un dispositif qui peut être réactivé en urgence. Je pense notamment aux procédures de passation de marchés, qui ont été adaptées aux contextes de crise et qui sont toujours bien identifiées et opérationnelles.
Sur le plan de l’organisation et de la mobilisation, tout dépendra encore une fois des moyens financiers et humains disponibles. Pendant la pandémie, nous avions pu renforcer les équipes et mobiliser des moyens supplémentaires. Nous pouvons désormais agir très vite, par exemple en mobilisant des opérateurs français déjà bien implantés et préparés dans l’appui à la riposte aux épidémies dans nos pays partenaires. C'est possible grâce à l'important historique de partenariat avec l’AFD : notamment avec l’Institut Pasteur, l’IRD, l’ANRS-MIE, la Fondation Mérieux ou Santé publique France. Selon les ressources disponibles, nous pourrions ainsi mobiliser des financements complémentaires (top-up) sur des projets existants, notamment ceux qui soutiennent les laboratoires et les institutions de santé publique nationales ou régionales (Africa CDC, Carpha dans les Caraïbes, Rossp dans le Pacifique). Cela permet d’accompagner plus rapidement les pays ou organisations régionales de santé partenaires dans la mise en place de leur riposte.