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Tramway à Haliç (Istanbul)
Enjeu local et national, la question des transports en commun en Turquie est désormais l’une des priorités du pays. Dans ce domaine, les initiatives ne manquent pas, certaines appuyées par l’Agence française de développement.

C’est l’une des villes les plus embouteillées au monde. À Istanbul, ville la plus peuplée du continent européen avec 15 millions d'habitants, l’alternative à la voiture est un enjeu majeur. En 2017, selon une étude de l'institut de recherche INRIX  société fournissant des données et des analyses basées sur la localisation – les automobilistes de la capitale turque ont passé près de 59 heures bloqués dans le trafic. À cela s'ajoute un nombre important d'accidents et une forte pollution urbaine. Même chose dans la ville d’Izmir, également confrontée à la saturation du réseau routier. Dans ce contexte, des services de transports publics efficaces et peu polluants apparaissent répondre à un besoin significatif de la population.

Nouvelle priorité

Aujourd’hui, à Istanbul comme à Izmir, les lignes de métro et de tramway tendent à remplacer le réseau public motorisé que sont les bus et minibus. Elles offrent une alternative qualitative et efficace aux usagers de la voiture. « Ces transports augmentent l’accès des citoyens aux services et aux emplois et plus généralement améliorent leurs conditions de vie », souligne Melis Aydemir Yildiz, responsable de projet au sein du bureau turc de l’Agence française de développement (AFD). Le programme de développement du système de transport urbain ferroviaire figure parmi les premiers postes d’investissements des municipalités métropolitaines d’Istanbul et d’Izmir, avec le développement des transports collectifs comme objectif principal. Les villes veulent également renforcer l’intermodalité entre les différents modes de transport urbain et développer une politique intégrant tous les outils au service de la mobilité tels que le stationnement, les péages urbains ou encore la gestion des flux de marchandises.

Ainsi, le gouvernement central turc alloue une part importante de son budget annuel aux infrastructures de transport. « Les priorités ont évolué ces dernières années grâce à une évolution vers des options de transport plus durables, avec un fort accent sur les systèmes ferroviaires urbains », observe la responsable de projet.

Les bénéfices sont aussi d’ordre environnemental : « Cela contribue à réduire l'utilisation des modes de transports motorisés, améliorant la qualité de l'air et réduisant les émissions de gaz à effet de serre », ajoute Dogan Salva, spécialiste des transports pour l’AFD en Turquie.

Recharger sa carte de transport en recyclant 

Conformément à sa vision « Zéro déchet », la Municipalité métropolitaine d’Istanbul (MMI) a mis au point un projet reposant sur un « conteneur de recyclage intelligent ». Les utilisateurs des transports en commun de la ville peuvent recharger leur carte de transport (appelée Istanbul Kart) en échange de bouteilles en plastique et de canettes en aluminium déposées dans des conteneurs électroniques dédiés. Cette initiative participe à la protection de l'environnement et représente un gain économique pour la ville. Ainsi, le retour d’une bouteille en plastique d’1,5 l permet d’obtenir 9 centimes turcs (kurus) sur la carte de transport, une canette en aluminium vaut 7 centimes. À savoir, un trajet coûte en moyenne 7 livres turques. Ces bacs de recyclage particuliers sont situés dans les écoles primaires ainsi que dans plusieurs stations de métro. 
Entre octobre 2018 et juin 2019, deux millions et demi de déchets ont été recyclés et 106 000 livres turques ont été versées aux résidents via leur Istanbul Kart.

La décarbonisation à l'œuvre 

La relation de l’AFD avec la MMI a débuté dès l’ouverture de son agence en Turquie, en 2004. Depuis, quatre prêts d’un montant total de 351 millions d’euros ont été accordés en soutien au programme d’investissement visant le développement de son réseau de métro. Ainsi, un prêt de 93 millions d’euros alloué par l’AFD devrait être signé cette année pour le financement partiel du tramway de la Corne d’or. Dans le cadre de ce projet, la technologie de l’alimentation électrique du tramway par le sol d’Alstom est appliquée pour la première fois en Turquie. Une manière de contribuer à la préservation de la beauté visuelle des quartiers historiques en évitant les câbles.

À Izmir, l’AFD soutient notamment un projet à venir de construction d’une ligne de métro de 13,4 km sur un axe est-ouest. Ce métro desservira trois districts d’Izmir, dont le district de Buca, le plus peuplé de la ville, accueillant environ un demi-million d’habitants.

Plus largement, ces projets appuyés par l’AFD contribuent à améliorer les performances de l'économie des régions d’Izmir et d’Istanbul et leur capacité à s'adapter aux changements futurs, notamment la croissance démographique attendue et les impacts du changement climatique. Ces réalisations ont un effet sur la réduction des inégalités en offrant à tous des transports publics efficaces et accessibles financièrement. Les groupes sociaux les plus vulnérables en sont souvent les premiers bénéficiaires : les étudiants, les femmes au foyer, les résidents âgés et les familles à faibles revenus notamment, ne disposent pas toujours de voiture et sont donc dépendants des transports publics.

Dans ces projets de transport urbain soutenus par l'AFD, une attention particulière est portée sur l’égalité femmes-hommes. L'accent a été mis sur la sécurisation des femmes avec la mise en place d'un programme de sécurité renforcée pour lutter contre les violences à leur encontre. L'AFD cherche aussi à promouvoir l’égalité d’accès aux opportunités d’emploi créées par ces projets. En effet, si le métier de conducteur de transport collectif, par exemple, est très majoritairement réservé aux hommes, pour la première fois, la MMI a recruté six femmes chauffeurs (sur 48 chauffeurs) dans le cadre du projet de tramway de la Corne d’or.