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Tanzanie, littoral, algues
Sur l’archipel tanzanien, le projet AquaCoCo a amené tous les acteurs du littoral à réfléchir à la préservation des ressources côtières. Parmi eux, des aquacultrices spécialisées dans la production d’algues.

Ce jour-là, Aysha Hamadi prend la parole pour raconter son quotidien de productrice d’algues dans l’estran des côtes de Zanzibar. Elle pratique la culture dite « en filets cylindriques » : à terre, les plants juvéniles sont glissés dans des filets puis déployés à quelques encablures du rivage, à six ou sept mètres de profondeur, là où la température plus froide de l’eau favorise la croissance du végétal. Mais elle ne compte pas s’en arrêter là : « Pour pouvoir gagner plus d’argent, j’aimerais apprendre à nager, en apprendre plus sur la transformation des algues. J’aimerais aussi être formée sur la culture des concombres de mer. »

Son témoignage, couplé à celui de quatre autres aquacultrices locales, constitue l’un des moments forts de l’atelier organisé les 17 et 18 juillet 2019 à Zanzibar dans le cadre du projet AquaCoCo (pour « Aquaculture, communautés côtières et conservation »). Une initiative qui vise à faire émerger, chez les différents acteurs impliqués dans la gestion du littoral zanzibarien, une vision commune de cet écosystème fragile.  

L’aquaculture à Zanzibar, un secteur en mutation

Lié au volet Océans, îles et côtes du partenariat qui lie l’Agence française de développement (AFD) et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le projet AquaCoCo s’inscrit dans le travail entamé par cette dernière depuis 2014 sur l’aquaculture et les Aires marines protégées (AMP). Il s’inscrit aussi dans la gestion durable des ressources marines voulue par la Tanzanie, notamment dans l’État semi-autonome de Zanzibar.

tanzanie, algues
© R. Le Gouvello / AFD


L’archipel a vu ses habitantes s’emparer massivement, il y a une vingtaine d’années, de la production d’algues : souvent compagnes de pêcheurs, elles y ont vu un moyen d’accroître les ressources du ménage. Elles représentent aujourd’hui 80 % des travailleur-s-ses du secteur. Mais leur méthode traditionnelle, qui consiste à faire pousser les algues au bord de la plage et à les récolter à marée basse, a ses limites : outre qu’elle nécessite de durs efforts physiques, elle peut causer des atteintes à la biodiversité de cette zone de balancement des marées et pâtit du réchauffement des eaux. 

Il a donc fallu promouvoir des approches respectueuses des écosystèmes et plus adaptées au changement climatique, tels ces filets cylindriques auxquels a recours Aysha Hamadi. Il a également été nécessaire d’intégrer de nouvelles cultures marines susceptibles d’offrir une alternative à la surpêche côtière, comme celle du concombre de mer. 

Travailler ensemble à la protection des ressources côtières

Dans les secteurs de la pêche ou du tourisme également, enjeux économiques et environnementaux sont désormais indissociables : préserver les côtes zanzibariennes, c’est assurer la pérennité d’un écosystème autant que d’un cadre de travail. En mettant autour de la table les acteurs du secteur privé, des représentants des autorités locales et des chercheurs et experts indépendants liés à l’UICN, le projet AquaCoCo pose les jalons d’une co-gestion durable des zones côtières. 

C’est ce que souligne Aboud S. Jumbe, responsable au département de l’Environnement de Zanzibar : « Seule une approche intégrée du développement peut favoriser la résilience et l’équité sociales et environnementales : sans cela, la vulnérabilité des aires marines protégées à Zanzibar ne cessera d’augmenter. »

Dans le cadre d’AquaCoCo, Zanzibar, qui a fait l’objet d’un film de présentation et d’une synthèse remise à toutes les parties prenantes de l’atelier, est un cas pilote. Le projet comprend aussi la rédaction d’un état des lieux autour de cette thématique aquaculture et conservation. 

Le but est de faire le point sur les synergies possibles entre communautés côtières, aquaculture et développement durable, notamment en vue du congrès mondial de l’UICN à Marseille en juin 2020. Comme le souligne Catherine Lecouffe, chef de projet Pêche & aquaculture à l’AFD, « la cogestion des ressources côtières relève à chaque fois d’une solution locale. Mais l’enjeu est de proposer une approche qui permette de prendre en compte le contexte et de garantir ainsi la viabilité des dispositifs. »
 

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