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De ruelles en réseaux, l’AFD face aux défis urbains de Madagascar
À Madagascar, la croissance urbaine entraîne de nouvelles difficultés pour les populations : logements précaires, réseaux d’assainissement défaillants, équipements urbains manquants... Zoom sur trois programmes menés par l’AFD depuis dix ans pour construire des villes durables sur le territoire malgache.

C’est l’un des 17 Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU en 2015 : face au phénomène global de l’urbanisation, il y a urgence à construire des villes et des communautés durables. C’est particulièrement vrai pour Madagascar, où l’urbanisation va bon train : sur une population totale d’environ 25 millions d’habitants, le pays comptait en 2018 près de 7 millions de citadins, contre 2,8 millions en 1993. Raison pour laquelle l’Agence française de développement (AFD) a fait du développement urbain à Madagascar une priorité de son action, à travers trois grands projets.

Avec Lalankely, des équipements urbains améliorés

Dans la capitale Antananarivo (2,5 millions d’habitants), l'urbanisation se traduit par des conditions de vie dégradées pour les plus pauvres : 70 % des nouveaux habitats ont des logements précaires situés dans des zones exposées aux inondations.

Natif du 1er arrondissement de la commune urbaine d’Antananarivo, Gilbert Fanahisoa se souvient avoir grandi les pieds dans l’eau : « Quand on rentrait tard le soir, les rues glissaient. Parfois, en se chamaillant, on tombait dans le canal ou dans la boue… » Aujourd’hui âgé de 38 ans, il n’a pas quitté les lieux de son enfance. Mais les rues sont désormais assainies, et lui-même exerce dans cette zone d’habitat les fonctions de responsable sécurité. 

Si le quartier a ainsi évolué, c’est grâce au programme Lalankely, un mot qui signifie « ruelle » en malgache. Lancé en 2011, le dispositif avait l’ambition de multiplier les interventions à petite échelle pour les populations les plus vulnérables de la capitale, au plus près des besoins quotidiens en mobilité et en assainissement. « L’approche est innovante, explique Lydia Razafindrahona, responsable du développement urbain à l’AFD. Le programme Lalankely consiste à répartir un important volume financier sur une myriade de petits projets. » Fort de son succès, le programme se poursuit encore aujourd’hui, affichant déjà un total de 738 projets réalisés. 

Ciblant les zones d’habitations pauvres, élaborées en concertation avec leurs habitants, les actions proposées portent sur des aménagements de l’espace public : construction d’escaliers, viabilisation de rues et ruelles, équipements sanitaires, bornes-fontaines, lavoirs… Comme celui dans lequel Thérèse Ravaoharimanana travaille depuis quinze ans : « Depuis que le lavoir est sécurisé et doté d’une toiture, je travaille mieux. Comme la vie dans les quartiers est devenue plus agréable, nous avons plus de clients et de revenus ! »

Après la livraison des travaux, les habitants sont accompagnés dans l’entretien et la gestion des infrastructures. Vice-président du 3e arrondissement, Sofa Rakotomanana souligne l’impact global des interventions réalisées dans son secteur : « Grâce à l’arrivée des blocs sanitaires comportant des douches et des WC publics, les habitants sont plus propres et moins malades. Des usagers d’autres quartiers viennent les fréquenter. L’entretien des infrastructures est pris en charge par les associations : cela fonctionne bien. » 

Lutter contre les crues et les eaux stagnantes avec PIAA

« Malgré tous les travaux réalisés, les eaux ne sortaient pas des bas quartiers de la capitale », poursuit Lydia Razafindrahona. Or, dans un pays où les maladies liées à l’eau sont la deuxième cause de mortalité, le drainage et l’assainissement des eaux sont des enjeux vitaux.

Lancé en 2016, le Programme intégré d’assainissement d’Antananarivo (PIAA) vise à limiter les crues dans les quartiers bas de la capitale bâtis sur d’anciennes rizières. Le projet articule une réflexion sur la planification urbaine et la gouvernance, avec des investissements pour l’amélioration des réseaux d’assainissement et des opérations de communication sur les problématiques d’hygiène. 

Sur le terrain, la gestion quotidienne de ces enjeux est confiée aux RF2, en malgache Rafitra Fikojàna ny Rano sy Fidiovana (« Structure de gestion de l’eau et de l’assainissement »), des associations constituées de représentants du quartier, d’usagers et d’agents des commissions sociales.

« Autorisées à collecter des fonds auprès des habitants, elles assurent le contrôle et la maintenance du secteur de l’assainissement. Cela passe par la gestion du cycle complet des déchets, qui comprend le tri, la collecte, le transport et la revalorisation des déchets ménagers, ainsi que la prise en charge du curage et du nettoyage des réseaux d’assainissement », explique Solo Razafinjato, coordinateur technique du PIAA pour l’ONG Care, qui aide les RF2 à structurer leurs activités. « Les RF2 mènent aussi des opérations de sensibilisation sur les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement, à travers des visites aux habitants ou l’organisation d’événements et de mobilisation. »

PADEVE, mieux vivre et organiser les villes secondaires

Reste que la croissance démographique pèse sur l’ensemble du territoire malgache, dont les villes secondaires où la croissance urbaine est la plus forte. « Elles ont une vocation administrative, sociale et économique pour permettre la mise en valeur et le désenclavement des régions environnantes, et jouent ainsi un rôle structurant à cause des fonctions urbaines essentielles – services administratifs, universités, hôpitaux… – qu’elles possèdent », explique Felana Olisoa, directrice du développement urbain durable au ministère de l'Aménagement du territoire et des Travaux publics. 

C’est ce qui a amené l’AFD à initier le Programme d’appui de développement des villes d’équilibre de Madagascar (PADEVE), déployé à Antsiranana, Fianarantsoa, Toliara, Antsirabe, Mahajanga et Toamasina. « D’une manière générale, les villes secondaires font face aux mêmes problématiques que l’agglomération d’Antananarivo : insuffisance d’infrastructures et d’équipements (eau, électricité, voirie, assainissement, déchets, équipements socioculturels, etc.), prolifération de bidonvilles, problèmes fonciers et de logement, mauvaise gouvernance et vulnérabilité aux risques et catastrophes divers… Mais chaque ville peut se confronter à des problématiques spécifiques. Le programme PADEVE a donc été conçu de façon intégrée, en tenant compte de la spécificité de chacune », poursuit Felana Olisoa. 

Au sein de ces agglomérations qui comptent entre 150 000 et 300 000 habitants, il s’agit d’aménager des infrastructures constitutives de l’armature urbaine – voiries, équipements marchands, dispositifs de drainage, places, sites touristiques – et de soutenir les municipalités face aux enjeux de gouvernance apparus avec les mesures de décentralisation. Ici encore, c’est l’approche « Lalankely » qui prévaut : les actions sont menées au plus près des populations les plus défavorisées et en concertation avec elles. Une démarche dont le ministre de l’Aménagement, Hajo Andrianainarivelo, faisait récemment l’éloge : « Les gens souhaitent que les actions et les aides des partenaires techniques puissent être ressenties au quotidien. Pour une fois, ils peuvent en constater l’impact dès qu’ils sortent de leur maison. »
 

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