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La dette publique redevient un enjeu majeur en Afrique subsaharienne
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Les niveaux d’endettement public ont considérablement augmenté en Afrique subsaharienne depuis la fin des années 2000, suscitant des inquiétudes liées au surendettement. Dans le livre « L’Économie africaine 2026 », qui paraît cette semaine aux éditions La Découverte en partenariat avec l'AFD, quatre experts se penchent sur cet enjeu.
Que se passe-t-il avec la dette publique en Afrique subsaharienne ? Après avoir connu une baisse importante durant les années 2000, grâce à la croissance économique alimentée par la hausse des prix des matières premières et l’augmentation des investissements étrangers, grâce aussi aux allègements de cette-ci, la dette publique en Afrique subsaharienne est repartie à la hausse en 2013 – même si cette tendance varie selon les pays.
Parmi les facteurs à y avoir contribué se trouvent la baisse des prix des matières premières – notamment le pétrole – qui a pénalisé les pays exportateurs comme l’Angola, la République démocratique du Congo ou la Guinée équatoriale, ainsi que la pandémie de Covid-19, qui a entraîné une crise économique et des dépenses supplémentaires pour financer les systèmes de santé et les programmes de relance économique. L’évolution du taux de change a aussi joué un rôle.
La dette publique s’est stabilisée en 2023 dans la région à environ 60 % du produit intérieur brut, un niveau élevé. La situation reste toutefois très contrastée d’un pays à l’autre : celle du Botswana représentait 22 % du PIB en 2024, contre 111 % pour le Cap-Vert.
Risque de surendettement
« La dette publique constitue un enjeu macroéconomique central en Afrique subsaharienne, peut-être plus encore que dans le reste du monde », alertent Samuel Delepierre, Thibault Lemaire, Francine Nyankiye et Arthur Sode, du Fonds monétaire international (FMI), dans une analyse sur la dette publique en Afrique subsaharienne publiée dans L’Économie africaine 2026 (Éditions La Découverte, 128 pages).
L’augmentation des niveaux de dette publique suscite en effet des inquiétudes sur le risque de surendettement dans ces pays d’Afrique. « De plus en plus de pays sont en situation de surendettement ou affichent un niveau de risque de surendettement élevé d’après l’analyse de viabilité de la dette faite par le FMI et la Banque mondiale », soulignent les auteurs.
Le coût du remboursement de la dette reste encore en dessous des niveaux du début des années 2000, mais il pèse de plus en plus fortement sur les finances publiques, dans un contexte où les pays subsahariens ont besoin d’augmenter leurs dépenses pour financer la croissance et le développement.
« Des niveaux élevés de dette publique peuvent exercer une pression sur les budgets, en détournant les ressources des dépenses essentielles vers le service de la dette, et augmenter le risque de défaut », écrivent les experts du FMI.
Retrouver des marges de manœuvre
Un endettement excessif peut également entraîner une hausse des taux d’intérêt, freiner les investissements privés et provoquer de l’inflation. Le poids croissant de la part de dette détenue par des banques ou d’autres acteurs financiers locaux crée une nature de risque différente par rapport à une dette externe : elle concerne l’État (risque de non-refinancement) et le secteur bancaire (risque souverain).
À l’inverse, surveiller le niveau de la dette publique permet, selon les experts du FMI, de limiter la charge financière pour les générations futures, de maintenir la confiance des investisseurs, de soutenir la stabilité des taux de change et de préserver les marges de manœuvre d’un gouvernement pour répondre efficacement aux crises économiques.
« Trois des pays qui figurent dans le Top 10 des plus forts taux de croissance ont récemment bénéficié d’une restructuration de leur dette dans le cadre du Club de Paris. Même si ces processus sont complexes, cela montre le fort intérêt à ne pas laisser une spirale de surendettement se développer », souligne Thomas Melonio, chef économiste à l’Agence française de développement.
Scénario de crise écarté
« Même si le contexte économique international et les tensions commerciales en 2025 ont rappelé le risque d’instabilité des marchés financiers, un scénario de crise systémique de la dette semble écarté » en Afrique subsaharienne, observent les auteurs de L’Économie africaine 2026.
Les créanciers multilatéraux y sont présents, fournissant un financement important notamment en période de crise. Des efforts collaboratifs entre les gouvernements, les créanciers bilatéraux (telle l’Agence française de développement) et privés et les organisations internationales apparaissent toutefois « essentiels pour réduire le risque de surendettement, libérer des marges de manœuvre budgétaires et favoriser une croissance économique durable dans la région ».