• logo linkedin
  • logo email
Au Pérou, résidence croisée entre artistes péruviens et français © Antonio de Loayza /AFD
Créé en 2021 et annoncé pour les 80 ans de l’AFD, le fonds Metis propose à des artistes locaux d’investir des projets de développement dans les pays d'intervention de l'Agence française de développement. Du Pérou au Burkina Faso en passant par Haïti, des initiatives artistiques locales voient le jour et viennent enrichir les actions techniques.

C’est un dispositif financier inédit qui a été conçu cette année par l’Agence française de développement (AFD). Son but : intégrer des réalisations artistiques au bénéfice des populations dans les projets menés aux quatre coins du monde. Par le biais de la peinture, la bande dessinée, la photographie, la musique ou encore la danse, des artistes viennent ainsi témoigner de la réalité du monde qui les entoure et de celle à laquelle ils aspirent.

Leurs expressions viennent compléter des projets de développement dans les pays d’intervention de l’AFD. À la dimension technique de ces projets vient se greffer une dimension émotionnelle. Arts et développement se conjuguent ; Metis vise à encourager cette dynamique se voulant source de vie et de liens. 

Les vertus de l’émotion

N’importe quel projet de développement peut donc être augmenté par un projet culturel issu du fonds Metis. « Nous créons des moments de vie et d’émotion afin de renforcer nos actions techniques », se réjouit Tiphaine de Mombynes, responsable du fonds Metis pour l’AFD. Les financements proposés sont de l’ordre de 10 000 à 15 000 euros par projet. 

Avec Metis, une nouvelle famille d’acteurs vient entourer l’AFD et ses partenaires actuels. Le financement peut passer par des fondations artistiques – comme c’est le cas actuellement en Inde – par des ONG dédiées aux sujets artistiques comme au Nigéria, ou être versé directement aux artistes comme à Haïti, au Mexique ou au Maroc. « Les modalités de partenariat sont diverses, avec néanmoins un point commun : au final, les fonds sont destinés aux artistes locaux », conclut Tiphaine de Mombynes. 


Il s'agit également d'engager de nouveaux acteurs en faisant appel au mécénat, aussi bien en France que dans les pays concernés : « Qui mieux que des mécènes dans nos pays d’intervention pour nous accompagner et accompagner les artistes locaux afin de donner une impulsion à ce levier d’action ? », interroge la responsable du fonds Metis. 

Véritable structure ad hoc, ce nouveau dispositif permet une agilité et une flexibilité certaine afin de s’adapter au monde de la culture et de gagner en efficacité. À ce jour, dix projets pilotes ont été financés par Metis dans dix territoires d’intervention de l’AFD. « C’est la première promotion d’artistes Metis », se félicite Tiphaine de Mombynes. Tout comme Metis  la déesse de la sagesse, de la prudence et de la ruse  donne à Zeus sa puissance inégalée, ces « artistes Metis » cherchent à apporter une force de vie dans des contextes à la réalité souvent difficile.

La culture au service des populations

À Haïti, dans ce pays en proie à l’insécurité et la violence, le dispositif Metis permet la création d’une œuvre théâtrale et sa représentation organisée par une comédienne accompagnée de collégiens âgés de 12 à 15 ans. Un moyen pour eux de s’exprimer dans un contexte de crises sociale et politique. « Les mots peuvent soulager. L’art peut essayer de transcender la violence que vivent au quotidien les jeunes et en faire un outil de résistance », note Gaëlle Letilly, directrice de l’agence AFD à Haïti. 

Au Burkina Faso, c’est par les spectacles de rue et des formations à la danse que se pense le lien social. La chorégraphe et danseuse Irène Tassembédo s’adresse au grand public, et plus particulièrement aux femmes et aux populations urbaines vulnérables dans un souci d’inclusion. « Ce projet, c’est un moment de paix et d’amour dans un pays de plus en plus marqué par la violence », souligne le directeur de l’agence au Burkina Faso, Gilles Chausse. Pour Irène Tassembédo, qui est aussi la fondatrice de l’école de danse le Grin des arts vivants, « on peut changer énormément de choses grâce à l’art, c’est une arme de construction massive. » D’ailleurs, les danseurs appartiennent à plusieurs ethnies et se produisent devant des ethnies tout aussi différentes. 


Découvrir ici la plateforme Metis


Les projets soutenus par Metis peuvent transcender les milieux ethnique, culturel, social, en étant à l’origine de moments de partage et de rencontre. Au Pérou, des artistes français et péruviens mettent à l’honneur la forêt et la culture des peuples indigènes Huitoto à des fins de protection et de conservation. « En organisant une résidence croisée entre artistes péruviens et français, nous promouvons des artistes d’Amazonie et de Brocéliande. Nous les incitons à l’échange », explique le directeur de l’AFD au Pérou, Laurent Pacoud. Ce projet s’inscrit dans la culture du pays et fait écho à ses défis. Laurent Pacoud complète : « Parce que le mythe précède la pensée, l’art des forêts plaide intrinsèquement une forme d’écologie. C’est dans ces chemins-là que Metis emmène l’AFD. Ces chemins sur lesquels l’art gagne nos causes et nos causes gagnent les arts. »


Visionner la présentation du fonds Metis lors de la cérémonie des 80 ans du groupe AFD le 2 décembre 2021