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Forêt tropicale au Costa Rica
Dans la quête mondiale pour nourrir une population en pleine expansion, certains modes d'agriculture et de production alimentaire nuisent à l'environnement et privent la terre de nutriments et de minéraux précieux. À l'approche de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse, focus sur des moyens durables de produire des denrées alimentaires tout en protégeant la planète.

Le changement climatique et une inflation mondiale galopante ont renversé des décennies de progrès dans le domaine de la sécurité alimentaire. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 9 % de la population mondiale souffre de la faim, soit plus de 700 millions de personnes. Ce chiffre a augmenté d’au moins 100 millions depuis le début de la pandémie de Covid-19 en 2019.

Depuis, les prix d’importants produits alimentaires de base ont flambé. Selon la Banque mondiale, le prix du maïs s’est envolé de 19 % et celui du blé de 24 %. Le prix du riz a quant à lui gagné 46 % en quelques années seulement.

« Tous les pays connaissent la malnutrition, bien qu’elle s’exprime de manière différente d’un pays à l’autre. Elle nous touche tous », explique Brieuc Pont dans un podcast du Forum de Paris sur la paix. Il est secrétaire général du sommet Nutrition for Growth, une initiative mondiale visant à rassembler les gouvernements, les donateurs, les entreprises et les ONG pour avancer plus rapidement dans la lutte contre la malnutrition. 


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Cette recherche de solutions est également au cœur d’un nouveau livre de l’auteur Érik Orsenna et de l’ancien ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Dans cet ouvrage intitulé Nourrir sans dévaster, ils s’entretiennent avec des agriculteurs, des experts et des historiens au Brésil, en Ukraine et en Égypte. Ils cherchent à savoir comment la nourriture est produite, en allant des méthodes inquiétantes, trop dépendantes des pesticides, au retour à des méthodes plus naturelles pour une production durable.   

Leur travail a commencé en France, puissance agricole, où pourtant 16 % de la population ne mange pas assez. En France, comme ailleurs, l’inflation est l’une des principales raisons de la recrudescence de la malnutrition. Cette dernière est encore exacerbée par une augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés, une tendance qui se répand dans tous les pays du Sud, comme le Brésil. Malgré une diminution des niveaux de sous-nutrition lors des dernières décennies, les taux d’obésité au Brésil ont fortement augmenté : ils sont passés de 3 % dans les années 1970 à 22 % en 2019 chez les hommes et à 30 % chez les femmes.  

La malnutrition peut être provoquée par un manque de nourriture, mais aussi par des aliments de mauvaise qualité qui ne fournissent pas les nutriments nécessaires. « Certains pays en développement sont en train de passer de régimes traditionnels, riches en céréales et en fibres, à une alimentation plus occidentale, riche en sucre et en graisses, comme nous l’explique Brieuc Pont dans le podcast du Forum de Paris sur la paix. Bien souvent, cette transition s’accompagne d’une multiplication des cas de maladies non transmissibles, comme le diabète et l’obésité. »


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Par exemple, les modes de vie de populations vivant en Amazonie ont été bouleversés par des décennies de déforestation. On estime que 45 % des habitants du nord du Brésil souffrent d’insécurité alimentaire. Dans l'État brésilien du Cerrado, Érik Orsenna et Julien Denormandie ont rencontré un agriculteur se présentant sous le nom de Neto, qui cultive du maïs, du blé et du soja. Le prix des engrais étant de plus en plus élevé, il a réussi à obtenir plus de récoltes du sol rouge et ferrique de la région en introduisant des bactéries, qui peuvent être bénéfiques à la nutrition des plantes et des cultures, car elles génèrent des micronutriments, comme du fer. 

Le journaliste britannique George Monbiot, spécialiste de l’environnement, s’est mis en quête de techniques innovantes de production de nourriture saine. Au milieu de son livre Nourrir le monde… sans dévorer la planète, paru en 2022, il découvre dans le sud de l’Angleterre un véritable miracle des temps modernes : plus de 100 variétés de légumes poussant sur des terres qui ne sont pas classées comme des terres arables. 

George Monbiot a rencontré Iain Tolhurst, dans sa ferme située entre Oxford et Reading, une ferme qui a obtenu de si beaux résultats qu’elle est étudiée par des scientifiques. Ses champs sont constitués de rangées d’arbres et de vastes parterres de fleurs, où poussent 75 espèces de fleurs sauvages. Les rendements n’ont cessé de croître sans utiliser de pesticides, d’engrais ni d’intrants artificiels. Iain Tolhurst utilise à la place la rotation des cultures et des engrais verts : des plantes et des fleurs dont les racines retiennent l’eau sous terre hors saison. Lorsque ces végétaux finissent par se décomposer, ils enrichissent le sol naturellement et les cultures en profitent la saison suivante. « L’objectif ? Que les plantes fournissent au moins autant de carbone et de minéraux que ce que nous puisons », explique Iain Tolhurst à George Monbiot.


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La riche variété de cultures, de plantes et de fleurs attire à son tour de nombreux insectes et animaux, y compris ceux qui attaquent et contrôlent les nuisibles, créant ainsi un cercle vertueux. « La biodiversité est le moteur de la ferme, ajoute Iain Tolhurst. Lorsqu’on me demande ce que je fais pousser, je réponds "De la biodiversité". Les légumes sont un produit dérivé. »

Les méthodes naturelles comme celles-ci devront être multipliées et amplifiées si la planète veut avoir une chance de nourrir la population mondiale, qui devrait atteindre 10 milliards d’individus d’ici la fin du siècle.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat nous met en garde : la désertification, la perte de terres et la dégradation des sols pourraient rendre incultivables pour la production alimentaire jusqu’à 10 % des terres arables actuelles.

Le 11e indice mondial de la sécurité alimentaire de The Economist, publié en 2022, a montré un fossé grandissant entre des pays comme la Finlande et l’Irlande d’un côté, et beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne de l’autre, des pays qui ont obtenu un mauvais score dans le domaine, en grande partie à cause des restrictions en matière de quantité, d’accessibilité, de qualité et de sécurité de la nourriture disponible.

Les pays qui obtiennent un bon score en termes de sécurité alimentaire investissent souvent dans la recherche et le développement et disposent de solides infrastructures d’approvisionnement. Les chercheurs ont aussi noté que le fait d’autonomiser les agricultrices permettait d’augmenter de plus de 18 % les scores de sécurité alimentaire mondiale.