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Du Sahel aux steppes mongoles : sur la route du lait avec le groupe AFD
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Du 17 au 28 août, la Mongolie accueille la COP 17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification - en pleine Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux. L'enjeu est désormais de transformer la reconnaissance du pastoralisme en revenus pour les éleveurs : c'est là que le lait devient stratégique.
Un troupeau qui avance dans la steppe mongole. Un autre qui remonte vers le nord du Sahel à l'approche des pluies. Le même geste, répété, tout en étant perpétuellement réinventé, depuis des millénaires : se déplacer pour ne prélever qu'une part de la ressource, puis laisser la terre se reconstituer. Là où les cultures sont les plus difficiles, cette mobilité est souvent la seule façon de nourrir sans épuiser.
Ce mode d'élevage a un nom : le pastoralisme. Plus de 500 millions de personnes en vivent, dans une centaine de pays. Ces éleveurs travaillent, à un moment ou un autre de leurs cycles de production, dans des savanes, des steppes, des zones arides ou de montagne qui couvrent plus de 54 % de la surface terrestre. Ces territoires assurent un sixième de la production alimentaire mondiale et concentrent près d'un tiers du réservoir de carbone terrestre. Et jusqu'à la moitié des parcours pastoraux qui s'y trouvent seraient aujourd'hui dégradés.
Reconnaître le rôle des bergers et pasteurs ne suffit pas : encore faut-il qu'il se traduise en revenus décents. Dans de nombreux États d'Afrique de l'Ouest, l'élevage fait vivre 80 % de la population et l'élevage agro-pastoral fournirait 70 % de la production laitière. Cette production reste pourtant largement absente des points de vente : produit loin des circuits, en quantités dispersées, par des troupeaux souvent mobiles, ce lait a longtemps été jugé non commercialisable. Dans les grandes villes, où la consommation augmente rapidement, l'essentiel du lait consommé provient de poudre importée. Elle n'est taxée qu'à 5 % environ, à l'entrée de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), contre plus de 50 % au Kenya, plus protecteur de sa production de lait.
Le lait local à l'offensive
L'action du groupe AFD a d'abord porté sur les conditions de la mobilité des élevages, dont une partie produit ce lait. Au Tchad, l'Agence accompagne depuis plusieurs décennies déjà une approche intégrée : hydraulique pastorale (politique de multiplication des points d’eau et de modernisation de l’abreuvage), santé animale et humaine, éducation adaptée aux populations mobiles et gouvernance territoriale.
La dynamique s'étend aujourd'hui à l'échelle régionale, avec notamment l'Observatoire régional des systèmes d'élevage mobile en Afrique de l'Ouest et au Sahel (OSEMAOS). Les systèmes pastoraux disposent enfin de données fiables pour la décision publique.
Le groupe AFD soutien également le Projet d'appui à l'Offensive lait en Afrique de l'Ouest (PAOLAO), doté de 11 millions d'euros. Il accompagne la stratégie « Offensive lait local », adoptée dans le cadre de la politique agricole régionale de la CEDEAO en 2020. Il s'agit de doubler la production laitière locale et atteindre 25 % d'incorporation dans l'industrie agroalimentaire d'ici 2030, et de structurer les filières.
Lors du sommet Africa Forward de Nairobi, une « Coalition continentale lait local » a d'ailleurs été initiée par la Commission de la CEDEAO, avec le soutien de partenaires publics et privés dont l'AFD : structuration des filières, collecte, transformation, labels. En Tanzanie, cela se traduit notamment par un appui de l'AFD et du Fonds international de développement agricole (FIDA) à toute la chaîne de valeur laitière, avec une attention aux petits producteurs et aux femmes.
Des filières, pour le lait comme pour le cachemire
En Mongolie, le Fonds français pour l'environnement mondial (FFEM) conduit une démarche comparable en soutenant Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF), qui a structuré la première filière de cachemire durable du pays, où la rémunération est liée aux pratiques de pâturage. Ici le cachemire, là le lait : c'est la valorisation économique des produits pastoraux qui rend soutenable la gestion des parcours des élevages.
Lors de la COP 17 de l'UNCCD, la Mongolie a décidé de faire du pastoralisme une thématique phare, prolongeant ainsi les décisions de la COP 16 et la dynamique engagée à Nairobi. À l'heure où les crises alimentaires et climatiques s'intensifient, soutenir le pastoralisme et la production laitière est déterminant. C'est une question de résilience des systèmes alimentaires, d'équilibre des territoires ruraux et, finalement, de restauration des terres.
En Mongolie, le projet "Nomads for Life"
Financé par le FFEM et mis en œuvre par l'association Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) et le Cirad avec le soutien de l'Union européenne, Nomads For Life (2026-2030) est doté de 2,63 millions d'euros, dont 1,3 million apporté par le FFEM. Il instaure une gestion territoriale concertée des pâturages à travers des plans d'action co-construits avec les éleveurs et leurs organisations, les autorités publiques et les industriels. Il appuie aussi la transition économique des familles : accès aux services, certification durable, commercialisation via la coopérative secondaire Eeltei Baylag. Objectifs : une gestion plus durable des pâturages sur 20 % des terres de deux soums (division administrative qui regroupe un territoire rural de pâturages et son chef-lieu), et le renforcement des capacités d'adaptation de plus de 6 000 personnes.