• logo linkedin
  • logo email
Métro-câble de la ville de Medellín
Pour renforcer leurs actions en faveur de trajectoires de développement bas-carbone et résilient, les autorités territoriales nécessitent un renforcement de leurs capacités et une intégration adéquate du climat dans leurs outils de planification et de budgétisation. Analyse de la situation par la division Climat de l'Agence française de développement (AFD).

Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre des villes et des collectivités territoriales reste primordiale pour contribuer à la transition énergétique, les enjeux d’adaptation aux impacts du changement climatique sont tout aussi centraux. Élévation du niveau de la mer, stress thermique, précipitations extrêmes, inondations intérieures et côtières, glissements de terrain, sécheresses ou encore augmentation de l'aridité : les rapports successifs du GIEC ont montré à quel point ces risques sont exacerbés par le changement climatique.
 
Au niveau local, ces menaces ont déjà de profondes répercussions sur un large éventail de systèmes d'infrastructures (approvisionnement en eau et en énergie, assainissement et drainage, transports et télécommunications), de services (y compris les soins de santé et les services d'urgence) et d’écosystèmes. Les impacts seront croissants et complexes car ils interagissent avec d'autres facteurs de stress sociaux, économiques et environnementaux. Dans de nombreux cas, les habitants des quartiers précaires et des zones vulnérables cumulent ces facteurs et manquent souvent à la fois d'infrastructures, de services essentiels et de capacités pour faire face aux catastrophes. Autant de conditions aggravantes qui nécessitent des mesures d’adaptation transformationnelles. 

Pour s’adapter au changement climatique, la bonne échelle est locale

L’adaptation est intrinsèquement liée au contexte géographique et socio-économique dans lequel elle doit être rendue opérationnelle. Les villes et collectivités territoriales apparaissent ainsi comme des acteurs clés de la transition énergétique mais aussi des trajectoires de développement résilient des pays.

Avec la Facilité Adapt’Action de l’Agence française de développement (AFD), une attention particulière a été apportée à l’intégration verticale de la résilience au changement climatique dans les instruments de planification et de budget au niveau local, au plus près des territoires et des personnes vulnérables. 

Cette approche d’intégration verticale des Contributions déterminées au niveau national (CDN) – définie par le GIEC comme l’« intégration à tous les niveaux de gouvernement (national, régional, local) d’un cadre normatif et de moyens financiers dédiés à la mise en œuvre de politique publique locale en faveur de l’atténuation ou de l’adaptation au changement climatique » – favorise l’appropriation locale des enjeux liés au changement climatique. 

Elle permet également d’établir les bases pour la construction d’une ambition accrue au niveau national, non seulement par des projets locaux à impacts mais aussi grâce à la consolidation de la gouvernance climat via l’élaboration et le renforcement de systèmes MRV (Mesure, rapportage et vérification) au niveau local. Ceux-ci permettent d’alimenter le système MRV national et d’identifier puis de reproduire les actions réussies. 

Des appuis à l’intégration verticale de l’adaptation sont en cours de mise en œuvre en Guinée et en Côte d’Ivoire avec un objectif commun d’intégration des enjeux de résilience dans les instruments de planification des territoires. L’objectif est d’assurer une meilleure compréhension de ces enjeux complexes, d’identifier les données disponibles, de co-élaborer des actions informées, de structurer des investissements résilients et de prioriser l’allocation des ressources pour réduire la vulnérabilité des populations et territoires. 

La planification locale au cœur du dispositif

La planification locale se définit comme la construction d’une vision commune ou concertée entre les acteurs concernés en vue de la définition et de la réalisation d’objectifs communs et négociés. C’est un outil clé dans la mise en place de stratégies mais aussi dans la définition de priorités qui se verront traduites en aval dans les budgets. 

Les exercices de planification locale se développant en amont des exercices de budgétisation, il est crucial que les plans de développement intègrent des données sur la vulnérabilité au changement climatique et adaptent ces informations au contexte local afin de mieux identifier les menaces, les solutions possibles et la priorisation nécessaire pour aborder les différentes options avec des moyens financiers, techniques et des calendriers serrés. Aujourd’hui, le manque d’intégration de ces données peut mener à des décisions qui mettent en péril les populations, les investissements et les services.


Les exemples de la Guinée et de la Côte d’Ivoire 

  • Approche différenciée entre communes urbaines et rurales en Guinée : les Plans de développement locaux (PDL) et les Plans annuels d’investissements de six communes urbaines et rurales bénéficieront de la révision des guides d’élaboration des PDL afin de mieux inclure les enjeux d’adaptation au changement climatique. Cet exercice s’accompagne aussi d’une révision du portefeuille du Fonds national du développement local (FNDL) et de la proposition de critères d’accès au fonds pour prioriser des investissements résilients. 
  • Approche à différentes échelles entre régions et communes en Côte d’Ivoire : l’objectif est d’intégrer un volet résilience dans les canevas d’élaboration des plans triennaux des communes et des schémas directeurs régionaux avec une application au niveau de deux régions et deux communes. Ces plans et schémas pilotes permettront de développer une méthodologie générale pour une application dans toutes les communes et régions afin de mieux les aider à évaluer les risques climatiques et identifier les options à mettre en place sur la base de critères de viabilité financière, sociale et technique.

Donner les moyens au local 

Au niveau local, les capacités institutionnelles restent souvent limitées, de même que la disponibilité de données climatiques et de moyens financiers. Cela constitue des obstacles d’exécution et de durabilité non négligeables. Néanmoins, la mobilisation des différentes parties prenantes, leur dialogue au niveau local et avec les autres échelles de décisions et de financement ainsi que le renforcement de leurs capacités sont essentiels. 

Ce sont ces mises en cohérence qui permettront de renforcer la résilience des trajectoires de développement en s’appuyant sur le principe de subsidiarité, où l’on considère que le niveau local est plus efficace dans l’identification des problématiques et la structuration de solutions d’adaptation les plus adéquates. Les négociations souvent menées au niveau international et la présentation du climat comme un enjeu planétaire peuvent participer à minimiser le rôle des territoires : un impair à éviter, tant les actions concrètes sur le terrain seront cruciales pour l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris.