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biodiversité Maurice île recherche
La France, via l’Agence française de développement, soutient un programme visant à accroître les connaissances et à favoriser le Dialogue de politique publique et citoyen sur la biodiversité à l’île Maurice. Entretien avec Vincent Florens, professeur en écologie à l’université de Maurice, et Vassen Kauppaymuthoo, président de l’ONG Oceanyka, deux professionnels au coeur du projet.
Quels sont les enjeux auxquels l’île Maurice est confrontée en matière de biodiversité ?

Vincent Florens : L’île Maurice est un microcosme, une fenêtre sur l’avenir du monde. Elle est connue notamment au travers du dodo, espèce disparue depuis la fin du XVIIe siècle et symbole du déclin de la biodiversité causé par l’activité humaine. L’espèce la plus rare au monde est mauricienne, et presque toutes les espèces terrestres endémiques sont aujourd’hui en déclin du fait notamment de la déforestation et des espèces invasives comme le goyavier fraise. 

La situation est très critique à l’île Maurice. Si on réussit à endiguer la crise de la biodiversité ici, on y arrivera partout dans le monde. Certains exemples de sauvegarde d’espèces comme la crécerelle, le pigeon rose, le perroquet vert ou encore le café marron de Rodrigues montrent néanmoins des exemples à suivre et à reproduire.

Vassen Kauppaymuthoo : La biodiversité marine de l’île Maurice est très riche et compte encore beaucoup d’endémicité, contrairement à la biodiversité terrestre. Des efforts de protection de cette biodiversité sont en train d’être réalisés, mais accusent un retard important. Aujourd’hui encore, seules 10 % des espèces marines sont connues.

La biodiversité dans son ensemble doit être vue comme une solution aux problèmes auxquels l’île est confrontée. Il ne s’agit pas de réfléchir la biodiversité uniquement en termes de sauvegarde de la biodiversité génétique, mais bien de comprendre son rôle essentiel dans la société pour les années à venir et notamment en termes d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Le rôle des herbiers marins dans la capture du carbone ou encore des mangroves face aux risques cycloniques en sont des exemples marquants.

Quelles sont les contributions de la recherche à l’échelle nationale et régionale pour répondre à ces enjeux ?

V. K. : Lorsqu’on parle de biodiversité, il est très important de réfléchir à une échelle régionale. Plus particulièrement, si l’on regarde la biodiversité marine, l’échelle pertinente est celle du plateau des Mascareignes, qui part de l’île de la Réunion, passe par Maurice et Saint-Brandon et remonte ensuite jusqu’aux Seychelles. Les acteurs du développement tels que l’AFD, au travers de financement de conventions de recherche, ou le PNUD, via des projets de mainstreaming biodiversity, permettent de voir émerger des travaux de recherche essentiels pour l’île Maurice, mais aussi pour les autres îles de la région.

V. F. : Aujourd’hui, très peu de connaissances ont pu être développées autour de la biodiversité à l’île Maurice. Un renforcement de ces connaissances est nécessaire afin de répondre aux enjeux auxquels l’île doit faire face. Les principales problématiques sont le manque de budget alloué aux projets de recherche en biodiversité, ainsi que le faible nombre de chercheurs qui travaillent sur cette thématique. Le partage de connaissances avec les autres instituts de recherche de la région est capital afin de comprendre l’ensemble de ces enjeux communs, l’île Maurice pouvant servir de laboratoire de solutions.

En quoi le projet de Dialogue de politique publique et citoyen (DPPC) est-il une réponse à ces questions dans la région ?

V. F. : Le projet de DPPC a été conçu de telle sorte qu’il puisse être mis en œuvre rapidement, contrairement à certains autres projets restés trop techniques et qui n’ont pas su trouver une application directe. Il permet de sortir du giron de la recherche et donc des cercles restreints composés de gens convaincus de la nécessité de protéger la biodiversité.

Les études financées en parallèle des espaces de dialogue permettront également d’accroître les connaissances en matière de biodiversité tout en fournissant des données à la recherche, ce qui manque actuellement à l’île Maurice.

V. K. : Ce projet est très innovant dans son approche qui consiste à réunir des parties prenantes d’horizons différents autour d’une même vision et dans un même but. Du fait de la multiplicité des acteurs impliqués, il permettra de mieux définir et faire accepter l’intérêt économique, social et environnemental de la biodiversité. La biodiversité pourra par conséquent être remise au centre du débat et identifiée comme une solution et non plus seulement comme une crise à gérer.
 

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