Siège de l'AFD
5 rue Roland-Barthes
75012
Paris
France
Des élèves dans une salle de classe. L’AFD finance deux revues systématiques de la littérature qui visent à évaluer les effets concrets de l’éducation au changement climatique (ECC) sur les transitions écologiques. En examinant leurs impacts sur les connaissances, attitudes et comportements des enfants, des jeunes adultes et de leurs entourages, ces études permettent de formuler des recommandations à l’attention des chercheurs et des décideurs dans le domaine de l’éducation.
Contexte
L'éducation au changement climatique (ECC) englobe les activités scolaires et extrascolaires visant à enseigner des compétences et des connaissances sur l'atténuation (comme les modes de vie durables) et l'adaptation (comme la réduction des risques de catastrophe) au changement climatique ; promouvoir des espaces d'apprentissage sûrs et durables ; impliquer activement les communautés en tant qu'agents du changement ; et renforcer la collaboration entre les décideurs et les chercheurs en matière d'éducation et de climat. Elle peut prendre différentes formes (activités en laboratoire, projets scolaires…).
Malgré le nombre croissant d’études scientifiques sur l’ECC, les effets concrets de ces interventions éducatives restent incertains. C’est pourquoi, à la suite d’un appel à propositions de recherche, l’AFD a retenu deux projets de revues systématiques de la littérature existante et de ses principales lacunes :
- Le premier projet porte sur les effets de l’éducation au changement climatique sur les connaissances, attitudes et comportements des enfants et de leurs entourages ; il est réalisé par une équipe de chercheurs des départements de psychologie et de sciences naturelles de l’Université de Rosario en Colombie.
- Le second porte sur les effets de l’éducation au changement climatique sur les comportements et les normes ; il est conduit par une équipe de chercheurs du Groupe d’analyse et de théorie économique (GATE-CNRS) et du département d’économie expérimentale de l’Université de Rosario en Colombie.
Objectif
L’étude menée par l’Université de Rosario analyse les impacts de l’éducation au changement climatique selon le type d’intervention (activités d’enseignement « classiques », immersives, innovantes…) et les stratégies mobilisées (fondées sur les connaissances, les habitudes, les émotions…). Elle se propose d’évaluer les effets de ces différentes interventions sur les connaissances, les attitudes et les comportements des enfants en âge préscolaire et scolaire et leurs entourages, avec un focus sur leurs caractéristiques sociodémographiques.
L’étude pilotée par le GATE-CNRS examine l'impact de l'éducation au changement climatique sur les comportements et les normes sociales des enfants et des jeunes adultes qui régissent les comportements et les attentes au sein de la société, à travers le prisme des sciences comportementales. Elle se propose d’identifier les activités et les contenus éducatifs qui favorisent les changements en termes de normes, ainsi que les éventuels biais cognitifs et barrières culturelles et normatives. Cette revue systématique sera complétée par une expérience empirique.
Méthode
Les deux projets de recherche se fondent sur des revues systématiques, à savoir des synthèses rigoureuses et reproductibles des résultats de toutes les études originales existantes répondant à une même question de recherche, qui permet d'identifier, de sélectionner, d'évaluer et résumer des études primaires, des données et des résultats de recherche sur cette question.
L’étude de l’Université de Rosario adopte la méthodologie PIO (Population, Intervention, Résultats) qui permet d’aider à la formulation de la question de recherche et à la réalisation de la recherche bibliographique. Une analyse comparative est ensuite conduite pour évaluer les effets de l'éducation sur différentes populations (par exemple, les élèves les plus jeunes par rapport aux plus âgés, etc.).
L’étude menée par GATE-CNRS utilise l’approche PICO (Population, Intervention, Comparaison, Résultat), dans laquelle une analyse comparative permet d’évaluer les types d’interventions les plus populaires, efficaces ou fiables d’un point de vue méthodologique, sur les comportements et les normes sociales, avec un focus sur les contextes d’intervention. Dans un second temps, une étude expérimentale conduite en France et en Colombie se propose de combler certaines lacunes observées dans la littérature en testant deux hypothèses :
- les activités éducatives immersives seraient plus efficaces que les activités traditionnelles pour induire des comportements pro-environnementaux et des changements normatifs
- le niveau d’adhésion aux normes et d’engagement civique dans les deux pays peut se traduire par une différente propension à s’engager.
Résultats
Chacun des deux projets de recherche a donné lieu à une publication "Dialogue de politiques publiques", présentée à la COP28, ainsi qu’à un papier de recherche publié dans les collections des Editions Agence française de développement. Le projet de l’équipe GATE-CNRS donnera lieu aussi à un second papier de recherche présentant les résultats de l’expérience de terrain.
Télécharger les publications
- Climate change education from the perspective of social norms: A systematic review (Papiers de recherche AFD, novembre 2023, en anglais) et le "Dialogue de politiques publiques" associé
- Worldwide effects of climate change education on the cognition, attitudes, and behaviors of schoolchildren and their entourage (Papiers de recherche AFD, novembre 2023, en anglais) et le "Dialogue de politiques publiques" associé.
Un webinaire de la série "Conversations de recherche", organisé en avril 2025 pour présenter les derniers résultats, est disponible en replay :
Enseignements
Les deux revues systématiques de littérature mettent en évidence des lacunes des recherches en matière d’éducation au changement climatique, mais aussi certains résultats prometteurs pour ce domaine d’intervention :
- L’étude menée par l’Université de Rosario souligne notamment l'omission du prisme de l'égalité femmes-hommes, les difficultés à analyser l'efficacité des interventions à long terme, et le fait que les recherches portent davantage sur les effets de l’ECC sur les connaissances que sur les comportements. L’étude met aussi en évidence aussi que les interventions les plus pertinentes sont celles qui mobilisent des pédagogies innovantes, fondées sur des informations faisant appel aux expériences personnelles, et qui suscitent des émotions positives, tandis que celles fondées sur des émotions négatives peuvent avoir des effets contre-productifs.
- L’étude pilotée par le GATE-CNRS constate que les types d’intervention sont très variés. Les projets fondés sur des activités concrètes, ceux qui combinent plusieurs types d’interventions et ceux qui impliquent plusieurs parties prenantes (enseignants, élèves…) donnent lieu à des résultats plus probants. L’étude met aussi en évidence le très faible nombre de travaux qui portent sur les normes sociales, le fait que ces recherches sont menées principalement dans des pays à revenu élevé et en milieu urbain, et se focalisent sur les comportements liés au recyclage et aux déchets, facilement observables, négligeant des comportements avec un plus fort impact sur le climat (transports, etc.).
Les résultats de l’étude expérimentale sont prévus pour fin 2025.
Contacts
- Dr. Cecilia Poggi, chargée de recherche à l’AFD
- Dr. Linda Zanfini, chargée de recherche à l’AFD
- Dr. Benjamin Quesada, professeur associé, directeur du Earth System Science, Research Group Leader "Interactions Climate-Ecosystems" (ICE), Université de Rosario (Colombie)
- Dr. Fabio Galeotti, chargé de recherche au CNRS, responsable du Groupe d’analyse et de théorie économique Lyon St-Etienne (France)
Découvrir d'autres projets de recherche
ESTEEM Rwanda : mieux comprendre les risques climatiques pour protéger l’économie
En cours
2025 - 2026
Dans le cadre du programme ECOPRONAT, l’AFD collabore avec le World Resources Institute (WRI) pour élaborer un cadre stratégique d’identification et de déploiement des solutions fondées sur la nature (SFN) en milieu urbain, avec pour terrain d’étude les villes d’Addis-Abeba (Ethiopie) et de Kigali (Rwanda). Les écosystèmes naturels et la biodiversité sont en effet essentiels pour garantir l’habitabilité des villes, notamment face au changement climatique et ses impacts. Leur intégration dans les processus de planification urbaine est également primordiale.
Contexte
Selon un rapport de l’OCDE de 2021, les deux tiers des villes africaines sont exposés à un risque « extrême » de chocs liés au climat et à l’eau. Les événements climatiques violents, les vagues de chaleurs et les sécheresses figurent ainsi en tête des risques encourus par les zones urbaines. L’urbanisation rapide, le développement non durable et la dégradation des écosystèmes naturels exacerbent ces risques.
Les solutions fondées sur la nature (SFN), actions qui s’appuient sur les écosystèmes naturels et les services qu’ils fournissent aux activités humaines, permettent de relever ces défis urbains, tout en apportant simultanément des avantages en termes de bien-être humain et de biodiversité. Toutefois, elles ne sont encore que peu intégrées dans les processus de planification urbaine et dans les outils d’aide à la décision à disposition des urbanistes. Le manque de connaissances, de données et d’expérimentations sur les solutions fondées sur la nature freinent donc leur adoption et leur déploiement.
Ce projet fait partie du programme de recherche ECOPRONAT, qui soutient des recherches sur une meilleure prise en compte et une plus grande intégration (mainstreaming) de la biodiversité dans des secteurs économiques-clés.
Objectif
L’objectif de ce projet de recherche est de permettre, à travers la construction d’un cadre stratégique, le déploiement et le passage à l’échelle des solutions fondées sur la nature (SFN), en particulier pour faire face aux risques liés à l’eau et à la chaleur. L’enjeu est d’améliorer la résilience écologique des villes en les aidant à identifier les risques auxquels elles doivent se préparer, à évaluer le potentiel des SFN pour y répondre et à élaborer des stratégies de mise en œuvre et de financement de ces SFN dans le cadre du processus de planification urbaine.
Une méthodologie d’évaluation du potentiel lié aux SFN, à la fois rapide, efficace et pratique, sera ainsi mise à disposition des villes d’Addis-Abeba et de Kigali, qui sont les deux villes pilotes de ce projet de recherche. Le projet est mené par WRI, en partenariat avec le service de développement urbain d’Addis-Abeba, l’Institut éthiopien d’architecture et l’Association des jeunes professionnels de l’eau du Rwanda. Cette méthodologie a vocation à être adoptée par d’autres centres urbains pour permettre une plus large appropriation et mobilisation des SFN en ville.
Méthode
La construction de ce cadre stratégique pour les SFN présente plusieurs points d’intérêt sur le plan méthodologique :
- Identification des risques d’inondation, d’îlots de chaleur, d’approvisionnement en eau et du potentiel de biodiversité des villes par la production de cartes composites et la mobilisation de données satellites ;
- Construction participative du cadre stratégique via des ateliers de travail avec les parties prenantes des deux villes pour valider les zones prioritaires d’intervention et identifier les SFN les plus adaptées aux problématiques de chaque zone.
Résultats
Développé par l'équipe de recherche de WRI en collaboration avec les villes d'Addis-Abeba et de Kigali, le cadre stratégique sur les solutions fondées sur la nature (SFN) peut aider les villes à sélectionner et à mettre en œuvre des SFN appropriées. En intégrant des ensembles de données disponibles à l'échelle mondiale avec des données locales, il permet d'identifier les zones d'une ville donnée qui sont vulnérables aux inondations et aux chaleurs extrêmes, ainsi que les possibilités d'étendre les espaces verts urbains et de créer des corridors écologiques.
Pour une mise en œuvre réussie, la collaboration entre les autorités publiques, les experts techniques et les responsables locaux est essentielle. Ce cadre permet de générer rapidement des cartes à l'échelle de la ville afin d'identifier les zones prioritaires. Après validation par les parties prenantes de la ville, les experts de terrain jouent alors un rôle essentiel dans la conception de SFN efficaces, adaptés aux conditions locales.
Bien qu'il présente des limites au niveau du détail des données, le cadre constitue un point de départ solide pour construire des villes durables. Un guide complémentaire fournit des informations techniques sur les SFN utilisables, ainsi que des études de cas. Ce guide associé au cadre stratégique est téléchargeable ci-dessous (en anglais) :
L’article scientifique présentant l’approche globale et les résultats est disponible en téléchargement ci-dessous (en anglais):
Télécharger l'article scientifique
Un webinaire de la série Conversations de recherche a été organisé pour présenter les résultats du projet et le projet a débouché sur une série d'enseignements, synthétisés dans un policy brief accessible ci-dessous.
Enseignements
Le projet de recherche a débouché sur une série d’enseignements pour faciliter le déploiement des solutions fondées sur la nature (SFN), prenant en compte les besoins spécifiques des villes. Ces enseignements mettent en lumière le potentiel de la nature dans la planification de la résilience urbaine et l’action climatique :
- Pour renforcer la sensibilisation et l’intégration institutionnelle :
- Mettre en place des processus multi-acteurs pour favoriser la concertation et la priorisation des SFN identifiées.
- S’appuyer sur des exemples concrets pour faciliter la compréhension et l’adhésion.
- Pour améliorer la disponibilité des données pour la planification :
- Croiser données locales et globales pour procéder à des analyses multirisques (inondations, îlots de chaleur, etc.).
- Encourager la science citoyenne pour enrichir et valider les données, et les prendre en compte dans la prise de décision.
- Pour mieux coordonner les phases de planification et de mise en œuvre :
- Créer des instances de gouvernance dédiées (comme un comité municipal) pour coordonner les multiples services techniques impliqués et mobiliser les financements.
- Élaborer des référentiels communs (normes, guides…) pour renforcer le soutien politique et citoyen.
- Pour sécuriser des financements sur le long terme :
- Intégrer les SFN dans les programmes d’investissement urbains existants.
- Promouvoir les partenariats public-privé et utiliser des cadres d’évaluation multi-bénéfices pour démontrer leur valeur sur le long terme.
- Pour adapter les solutions au contexte local et assurer le suivi :
- Lancer des projets pilotes avec des dispositifs de suivi pour évaluer les impacts concrets.
- Intégrer les dimensions de genre, d’équité et d’inclusion dès la phase de sélection d’une SfN.
Aller plus loin
Contact
-
Julien CALAS
Chargé de recherche, expert biodiversité
Les autres projets sur les SFN soutenus par ECOPRONAT
Ce partenariat de recherche avec EcoAct a permis d’approfondir la notion de « norme de bon état écologique », centrale dans le cadre ESGAP (Environmental Sustainability Gap), une méthodologie portée par l’AFD pour évaluer la soutenabilité environnementale d’un territoire. Ces travaux vont permettre de préparer la suite du programme ESGAP.
Contexte
Aujourd’hui, la majorité des dirigeants reconnaissent la dégradation du capital naturel et l'urgente nécessité de protéger l'environnement. Mais, pour définir des politiques publiques adaptées, ils doivent pouvoir s’appuyer sur des standards scientifiques leur permettant d’évaluer l’état du capital naturel d’un territoire.
Il reste difficile d'évaluer cet état, ou même de définir exactement ce que devrait être un « bon état » de la planète : la plupart des instruments existants ont une définition incomplète de la durabilité environnementale, manquent d'indicateurs pertinents ou ne parviennent pas à définir des objectifs appropriés pour atteindre un bon état environnemental. Il n'existe donc pas d'approche satisfaisante qui permettrait aux décideurs ou aux experts de savoir si un pays se dirige ou non vers la durabilité environnementale.
Fondé sur un tableau de bord évaluant l’état de 23 composantes de l’environnement, le cadre ESGAP vise à répondre à ce besoin. Cependant, l'absence de normes appropriées pour de nombreuses contributions essentielles du capital naturel et dans de nombreux pays est l'une des lacunes les plus notables identifiées dans les projets pilotes ESGAP en Nouvelle-Calédonie, au Kenya et au Vietnam.
Regarder la vidéo : Mesurer le bon état de la planète
Objectif
Ce projet de recherche avec EcoAct a eu pour objectif de recenser les normes manquantes pour plusieurs composantes de l'Environmental Sustainability Gap (ESGAP). Il discute des stratégies possibles pour développer des normes appropriées dans le cas où aucune norme n'est disponible à l'échelle mondiale.
Méthode
L'ESGAP est un outil innovant développé initialement avec l'University College London (UCL) qui évalue l’état des fonctions environnementales d’un territoire et de leur niveau de soutenabilité. Pour toutes les composantes critiques du capital naturel sur le territoire concerné (qualité de l’air ou des eaux, pollutions, ressources forestières, ressources halieutiques, etc.), cet indicateur calcule l'écart entre leur état actuel et un état qui serait soutenable (c'est-à-dire un état compatible avec un fonctionnement durable des processus nécessaires à la préservation de la vie, des activités humaines et du bien-être). Cela permet de calculer un « écart de soutenabilité environnementale », qui met en lumière le chemin à parcourir pour atteindre le stade de soutenabilité environnementale. Cela peut ensuite servir de guide aux politiques publiques pour estimer et préserver l’état naturel d’un territoire donné.
Résultats
Sur les 22 indicateurs du cadre ESGAP examinés dans ce projet, 16 ont fait l’objet d’une proposition de standard. Pour 8 indicateurs, il n’y a pas d'informations suffisamment solides pour proposer une norme applicable au niveau mondial. L’étude a identifié 13 ensembles de données disponibles pour calculer ces indicateurs à l'échelle mondiale et fourni la source et le lien pour accéder à ces bases de données accessibles au public.
Consulter le rapport final : Defining Standards of Good Ecological Condition for Computing the ESGAP in Developing Countries
Enseignements
L'étape suivante pour produire une norme de bon état écologique applicable à tous les pays implique, pour les indicateurs avec "normes à définir par des experts" (Fairbrass, 2020), d'examiner qui pourraient être les experts et comment s'engager avec eux pour définir une norme applicable au niveau mondial. Cela dépend de l'existence d'une autorité reconnue au niveau mondial (comme l'Organisation mondiale de la santé pour la pollution ou l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture en ce qui concerne la pêche), ou si l'indicateur est développé par différentes équipes de scientifiques ou organisations.
Des travaux futurs pourraient également se concentrer sur l'examen de l'état des connaissances et des options concernant la définition de normes à partir de sources non conventionnelles, telles que les données géospatiales, les big earth data, etc. Le projet ARIES lié à la compilation des comptes des écosystèmes dans le cadre du système SEEA-EA (System of Environmental-Economic Accounting – Ecosystem Accounting) pourrait être une source intéressante pour cela.
En savoir plus sur l'ESGAP :
- A single indicator of strong sustainability for development: Theoretical basis and practical implementation (2019)
- Monitoring the Environmental Sustainability of Countries through the Strong Environmental Sustainability Index (2022)
- Are We on the Right Path? Measuring Progress towards Environmental Sustainability in European Countries (2022)
Contact
-
Oskar LECUYER
Economiste
Découvrir d'autres projets de recherche
ESTEEM Rwanda : mieux comprendre les risques climatiques pour protéger l’économie
En cours
2025 - 2026