- En savoir plus sur Analyser les dilemmes de la transition agroécologique en Afrique à l’horizon 2050
Quel avenir pour les agricultures africaines à l’horizon 2050 ? Comment garantir une souveraineté alimentaire suffisante des pays tout en limitant l’apport d’engrais d’origine fossile et en préservant les écosystèmes ? Mené en partenariat avec le Cired et le Cirad, ce projet de recherche examine les possibilités de mettre en place des modèles agroécologiques en Afrique, dans un contexte de demande alimentaire croissante et de fortes pressions sur les espaces naturels.
Contexte
L’agriculture africaine est confrontée à un triple défi : produire assez pour nourrir une population en croissance et qui consomme de plus en plus de produits d’origine animale, tout en réduisant l’utilisation d’intrants de synthèse (engrais chimiques, pesticides…) et en préservant les espaces naturels.
Dans ce contexte, l’agroécologie – qui s’appuie sur des processus naturels plutôt que sur des intrants industriels pour maintenir la fertilité des sols – apparaît comme une alternative à l’agriculture conventionnelle. Cette dernière, qui a permis l’augmentation des rendements agricoles pendant la « révolution verte » au XXème siècle, n’est en effet pas jugée durable en raison de ses conséquences sur les écosystèmes et sur la santé publique.
Cependant, pour fertiliser les sols, la transition écologique implique d'aller chercher de l'azote, un nutriment-clé pour les cultures, au-delà des surfaces cultivées. Or en agroécologie, cet azote provient de sources naturelles — cultures de légumineuses, fumier animal, compost — qui nécessitent elles-mêmes de l'espace. Dès lors, cela peut avoir des conséquences importantes sur l'usage des terres : satisfaire les besoins agricoles en respectant les principes agroécologiques pourrait se faire au prix d'une augmentation de la surface des terres agricoles et des pâturages, qui rognerait sur les espaces naturels (en particulier les forêts, les prairies et les savanes). Les enjeux de fertilité des sols et d'usage des terres rencontrent donc ceux de la préservation de la biodiversité.
Objectifs
Le projet de recherche TAASF2050 cherche à évaluer la pertinence et la faisabilité d’un modèle d’agriculture agroécologique en Afrique : les scénarios agroécologiques permettent-ils de répondre à la demande alimentaire ? Rendent-ils les pays africains plus ou moins dépendants des importations ? Quelle est leur marge de manœuvre pour limiter l’usage d’engrais de synthèse mais aussi préserver les espaces naturels ?
En prenant en compte différentes variables (évolution des régimes alimentaires, des rendements agricoles et de l’usage d’engrais azotés), ce projet doit permettre d’apprécier les conséquences d’une transition agroécologique sur la souveraineté alimentaire des pays africains et sur la préservation de leurs espaces naturels. Plus précisément, l’objectif est de savoir jusqu'où ce modèle peut s'étendre sans dépasser ce que les terres et les écosystèmes peuvent supporter, tout en améliorant l’auto-suffisance alimentaire de l’Afrique. Pour cela, le projet modélise l'usage des sols et la fertilisation azotée en Afrique à l’horizon 2050.
Les résultats seront utiles à l'AFD, pour qui l'agriculture et la biodiversité sont des secteurs prioritaires d'intervention. Ils viendront alimenter les échanges avec les différents États africains sur les opportunités et les contraintes d’une transition agroécologique dans leurs contextes nationaux respectifs.
Méthode
Le projet s’appuie sur le modèle de simulation GLOBAGRI développé par le CIRAD. Les évolutions des régimes alimentaires de la population, des rendements et des usages des engrais azotés sont les principales variables d’entrée du modèle. La préservation du capital naturel est posée comme une contrainte fondamentale (préservation des espaces arborés, élimination des intrants produits à partir de ressources fossiles et des pollutions agricoles, maintien de la fertilité des sols), dans une logique de soutenabilité forte.
Résultats
Le projet a débouché sur GlobAgri Africa 2050, un outil de modélisation interactif en libre accès, qui permet à chacun d'explorer, pays par pays, quatre scénarios agricoles africains à l'horizon 2050. Il est ainsi possible de tester différentes hypothèses de régimes alimentaires et de contraintes environnementales pour chacun des 45 pays africains.
Accéder à l'outil
Enseignements
Les premières simulations confirment la tension forte qui existe entre, d’une part, le maintien de l’espace agricole dans des limites compatibles avec la préservation d’un couvert forestier et d’espaces naturels de prairies et savanes et, d’autre part, la limitation à un niveau raisonnable de la dépendance aux importations pour tous les pays africains.
Les résultats actuels, qui correspondent aux scénarios d’évolution des régimes alimentaires (vers des régimes plus riches en protéines, ou vers des régimes plus sains, ou qui limitent l’extension des surfaces agricoles), pourront être enrichis avec des scénarios que les partenaires de l’AFD voudront tester.
Enfin, l’analyse des disponibilités en ressources fertilisantes organiques à une échelle fine devrait déboucher, d’ici un an, sur une appréciation des risques, au niveau local comme au niveau national, de ne pas garantir un approvisionnement en produits agricoles suffisant pour assurer la sécurité alimentaire des populations
Contacts
- Benoit Faivre-Dupaigre ; chercheur AFD
- Patrice Dumas ; chercheur Cirad, UMR Cired
- Rémi Prudhomme ; chercheur Cirad , UMR Cired
- David Berre ; chercheur Cirad, UMR Aida
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Analyser les dilemmes de la transition agroécologique en Afrique à l’horizon 2050
En cours
2022 - 2026
Cette recherche menée au Sénégal et en Côte d’Ivoire vise à mieux connaitre les aspirations des jeunes, pour améliorer les interventions du groupe AFD en matière d’éducation, de formation et d’emploi. Les chercheurs mobilisés étudieront les modèles de réussite des jeunes dans différentes régions (villes, zones frontalières, etc.), et la corrélation entre ces aspirations et les parcours de vie des intéressés. La place de l’école dans ces modèles et parcours sera notamment observée avec attention.
Contexte
L’Afrique de l’Ouest est une région très jeune : près de la moitié de la population est âgée de moins de 20 ans. En revanche, on connait mal les rêves et les aspirations de ces jeunes. Ce manque de données est d’autant plus problématique que beaucoup d’entre eux sont confrontés à des défis importants : certains grandissent dans des périphéries urbaines marginalisées, d’autres dans des régions frontalières traversées par des dynamiques migratoires et des tensions sécuritaires. En arrivant sur le marché du travail, ces jeunes sont souvent confrontés à la grande rareté de l’emploi salarié ; en parallèle, les impacts du changement climatique et la dégradation des services publics affectent leur quotidien.
Dans ce contexte, observer ces aspirations est particulièrement éclairant alors que l’institution scolaire est parfois remise en question dans les parcours de réussite et que les jeunes contestent de plus en plus les « modèles dominants » de réussite. Le soutien à la jeunesse faisant partie des priorités du groupe AFD, il est important que ses interventions s’ancrent sur une connaissance fine des aspirations des jeunes concernés.
Objectifs
Ce projet de recherche se met à l’écoute des jeunes de Côte d’Ivoire et du Sénégal pour approfondir la connaissance de leurs aspirations, de leurs modèles de réussite et de leurs parcours. Le projet cherche plus spécifiquement à répondre à trois questions :
- Quelles sont les aspirations des jeunes, selon l’univers des possibles qui s’offre à eux, et comment varient-elles en fonction de leur lieu de résidence, leur genre, leurs conditions de vie ?
- Dans quelle mesure leurs parcours de vie individuels et familiaux façonnent-ils leurs projets et leur capacité à les réaliser ?
- Quelle place occupe l’école dans leurs aspirations et leurs parcours ?
Les données collectées ont une visée directement opérationnelle : elles permettront d’adapter les interventions du groupe AFD dans les domaines de l’éducation, de la formation et de l’emploi décent.
Méthode
L’équipe de recherche, pilotée par l’institut Education, famille, santé, genre (IEFSG) de l’Université Assane Seck de Ziguinchor, associe l’Université Peleforo Gon Coulibaly (Côte d’Ivoire), l’Université Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), l’IRD (France) et l’Université d’Ottawa (Canada).
L’IEFSG et les deux universités ivoiriennes ont conçu la méthodologie d’enquête et la mettront en œuvre avec l’aide de leurs doctorants dans trois grands types de territoires choisis pour leur diversité :
- des régions urbaines (Ouakam et Pikine au Sénégal, Yopougon et Abobo en Côte d’Ivoire),
- des espaces frontaliers (Sindian et Samine au Sénégal, Bouna et Ouangolo en Côte d’Ivoire)
- des « espaces symboliques » à forte identité communautaire ou religieuses (Touba au Sénégal, communautés « Eglises nouvelles » en Côte d’Ivoire).
La méthodologie combine une approche qualitative et une approche quantitative :
- Enquête qualitative : réalisation d’une cartographie de l'offre socio-éducative et d’accompagnement des jeunes (entretiens avec des acteurs locaux et des autorités, observations in situ) ; organisation de groupes de discussions avec des jeunes ; réalisation d’entretiens, individuels approfondis, sur leurs parcours de vie.
- Enquête quantitative : elle sera menée auprès de 3000 jeunes dans chacun des deux pays, sur la base du recensement national de 2023 au Sénégal et de 2021 en Côte d’Ivoire. Le questionnaire sera administré via l’application KoboCollect.
Résultats attendus
Les résultats de ce projet de recherche seront diffusés sous plusieurs formes, afin de toucher différents publics :
- Un ouvrage collectif ou une contribution à une revue scientifique, centrée sur l’Afrique, rassemblera les grands résultats des enquêtes et reprendra les connaissances produites sur les jeunes et leurs aspirations.
- Des outils d’aide à la décision (policy brief, note d’orientation…) s’adresseront aux décideurs publics et aux acteurs du développement
- La possibilité d’autres formats (podcasts, créations artistiques) seront étudiés afin de faire connaître les récits de vie collectés au-delà du monde académique.
Une restitution finale sera également organisée.
Contacts
- Elodie RICHE, chargée de recherche, AFD
- Pr Jean-Alain Goudiaby, sociologue, IEFSG
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Ce projet a élaboré une méthode simple pour améliorer le suivi et l’évaluation des initiatives qui cherchent a nourrir l’action publique par la recherche. Cette méthode permet de mieux comprendre les effets réels de ces démarches sur les décisions publiques, de renforcer leur pilotage et de favoriser un usage plus concret des résultats scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques. Contexte
Les décideurs publics sont de plus en plus incités à s’appuyer sur des données issues de la recherche pour concevoir des politiques efficaces. Pourtant, dans la pratique, les résultats scientifiques circulent difficilement hors du monde académique : ils arrivent souvent trop tard, sont rédigés dans un langage peu accessible hors du champ académique, ou sont mal adaptés aux problématiques concrètes rencontrées par les acteurs publics.
Dans le même temps, les projets qui font dialoguer chercheurs et décideurs sont complexes à conduire et à évaluer : ils doivent s’adapter en permanence face à des contextes politiques changeant et produisent des effets diffus ou indirects qui ne se mesurent pas facilement. Les outils classiques de suivi-évaluation, centrés sur des indicateurs quantitatifs, rigides et des cadres logiques, rendent mal compte de ces dynamiques. Ils servent surtout à rendre des comptes aux bailleurs, et peu à l’apprentissage collectif ou à l’adaptation des projets.
L’AFD soutient de nombreux projets de recherche visant à éclairer l’action publique. Constatant ce fossé entre chercheurs et décideurs, elle a souhaité développer une méthode de suivi-évaluation plus utile, plus souple et mieux adaptée à ces projets, afin d’améliorer la mesure de leur impact réel et de renforcer l’impact de la recherche sur les politiques publiques.
Objectifs
Le projet a consisté à concevoir une méthode de suivi-évaluation spécialement pensée pour les initiatives qui relient recherche et action publique. Il répond à une double difficulté : suivre dans le temps les effets réels de ces projets et aider les acteurs à mieux les piloter dans des contextes incertains et changeants.
Plutôt que de se limiter à quantifier de manière purement comptable des activités ou des résultats formels (nombre de rapports, d’ateliers ou de publications), la méthode s’intéresse surtout aux changements que le projet a contribué à enclencher : des relations de confiance se sont-elles créées ? Les connaissances produites sont-elles mobilisées ? Les pratiques et les modes de collaboration évoluent-ils ? Derrière, l’objectif est triple : mieux comprendre ce qui fonctionne vraiment en identifiant les signaux de changement pertinents ; produire des informations utiles pour ajuster les stratégies en cours de projet (identification des obstacles, renforcement des actions efficaces) ; mieux formuler des recommandations de politiques publiques.
Cette approche contribue à améliorer la qualité des décisions publiques en favorisant un usage plus concret, plus régulier et mieux ciblé des connaissances scientifiques.
Résultats
Le projet a débouché sur un papier de recherche, un rapport technique et une boîte à outils de suivi-évaluation destinée aux acteurs du développement.
Cette méthode a été testées sur des projets de recherche concrets et co-construite avec les différents types d’acteurs concernés afin de bien saisir leurs besoins et contraintes respectives : des chercheurs et des institutions publiques, mais aussi des organisations locales, des acteurs de la société civile et des bailleurs.
La démarche est volontairement légère et modulable, afin de s’adapter aux contraintes de temps et de moyens des partenaires, notamment dans les pays du Sud. Les acteurs locaux sont pleinement associés à la production, à l’interprétation des données et à l’ajustement des actions. En pratique, cette méthode combine des ateliers collectifs, des outils simples de collecte d’informations (entretiens, récits d’expériences, observations) et des temps d’analyse partagée. Elle s’appuie notamment sur la « théorie du changement », un outil qui permet à une équipe de clarifier les effets attendus d’un projet, les étapes intermédiaires nécessaires et les conditions de réussite.
Ressources
Cas d’application
La méthode de suivi-évaluation a été testée sur une dizaine de projets en Afrique du Nord, à Madagascar et au Sahel, puis déployée sur d’autres géographies. Elle a permis les résultats suivants :
- Des échanges entre chercheurs, décideurs et partenaires locaux ont permis de diffuser les résultats et de partager les enseignements.
- Les partenaires institutionnels et académiques ont renforcé leurs compétences en suivi-évaluation, en animation de dialogue de politiques publiques et en analyse des effets des projets.
- Dans plusieurs cas, la démarche a aidé à ajuster les stratégies en cours de mise en œuvre et à mieux formuler des recommandations à destination des décideurs. Elle a ainsi contribué à un dialogue plus structuré, plus informé et plus durable entre recherche et action publique.
FOCUS SUR… LES COMMUNS DU CARE EN COLOMBIE
Mobilisée en janvier 2025 dans le cadre du projet Partenariats public-communs en matière de santé en Colombie, la méthode a permis de recalibrer l’ambition du projet, en ajustant des objectifs et des activités initialement en décalage, et d’alimenter le pilotage en cours de mise en œuvre.
Suites du projet
Cette approche fait avancer la réflexion sur l’usage de la recherche dans l’action publique en montrant qu’un bon suivi-évaluation peut être un outil de pilotage stratégique, et non seulement un instrument de contrôle. Elle met en évidence la nécessité de renforcer les capacités locales en suivi-évaluation, ainsi que les compétences en animation du dialogue entre science et décision publique.
Des questions restent toutefois ouvertes sur la pérennité des effets observés et la capacité à déployer cette approche à plus grande échelle. Une poursuite des expérimentations est en cours pour consolider la méthode et l’adapter à d’autres contextes. La boîte à outils sera par ailleurs prochainement déployée dans le cadre de projets de modélisation macroéconomique, illustrant la forte adaptabilité thématique de l’approche – l’une de ses principales valeurs ajoutées.
Contacts
- Stéphanie Leyronas, chargée de recherche à l'AFD
- Camille Tchounikine, chargée d'évaluation à l'AFD
- Annabelle Moreau Santos, chargée de médiation scientifique à l'AFD