Ce projet a élaboré une méthode simple pour améliorer le suivi et l’évaluation des initiatives qui cherchent a nourrir l’action publique par la recherche. Cette méthode permet de mieux comprendre les effets réels de ces démarches sur les décisions publiques, de renforcer leur pilotage et de favoriser un usage plus concret des résultats scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques. Contexte
Les décideurs publics sont de plus en plus incités à s’appuyer sur des données issues de la recherche pour concevoir des politiques efficaces. Pourtant, dans la pratique, les résultats scientifiques circulent difficilement hors du monde académique : ils arrivent souvent trop tard, sont rédigés dans un langage peu accessible hors du champ académique, ou sont mal adaptés aux problématiques concrètes rencontrées par les acteurs publics.
Dans le même temps, les projets qui font dialoguer chercheurs et décideurs sont complexes à conduire et à évaluer : ils doivent s’adapter en permanence face à des contextes politiques changeant et produisent des effets diffus ou indirects qui ne se mesurent pas facilement. Les outils classiques de suivi-évaluation, centrés sur des indicateurs quantitatifs, rigides et des cadres logiques, rendent mal compte de ces dynamiques. Ils servent surtout à rendre des comptes aux bailleurs, et peu à l’apprentissage collectif ou à l’adaptation des projets.
L’AFD soutient de nombreux projets de recherche visant à éclairer l’action publique. Constatant ce fossé entre chercheurs et décideurs, elle a souhaité développer une méthode de suivi-évaluation plus utile, plus souple et mieux adaptée à ces projets, afin d’améliorer la mesure de leur impact réel et de renforcer l’impact de la recherche sur les politiques publiques.
Objectifs
Le projet a consisté à concevoir une méthode de suivi-évaluation spécialement pensée pour les initiatives qui relient recherche et action publique. Il répond à une double difficulté : suivre dans le temps les effets réels de ces projets et aider les acteurs à mieux les piloter dans des contextes incertains et changeants.
Plutôt que de se limiter à quantifier de manière purement comptable des activités ou des résultats formels (nombre de rapports, d’ateliers ou de publications), la méthode s’intéresse surtout aux changements que le projet a contribué à enclencher : des relations de confiance se sont-elles créées ? Les connaissances produites sont-elles mobilisées ? Les pratiques et les modes de collaboration évoluent-ils ? Derrière, l’objectif est triple : mieux comprendre ce qui fonctionne vraiment en identifiant les signaux de changement pertinents ; produire des informations utiles pour ajuster les stratégies en cours de projet (identification des obstacles, renforcement des actions efficaces) ; mieux formuler des recommandations de politiques publiques.
Cette approche contribue à améliorer la qualité des décisions publiques en favorisant un usage plus concret, plus régulier et mieux ciblé des connaissances scientifiques.
Résultats
Le projet a débouché sur un papier de recherche, un rapport technique et une boîte à outils de suivi-évaluation destinée aux acteurs du développement.
Cette méthode a été testées sur des projets de recherche concrets et co-construite avec les différents types d’acteurs concernés afin de bien saisir leurs besoins et contraintes respectives : des chercheurs et des institutions publiques, mais aussi des organisations locales, des acteurs de la société civile et des bailleurs.
La démarche est volontairement légère et modulable, afin de s’adapter aux contraintes de temps et de moyens des partenaires, notamment dans les pays du Sud. Les acteurs locaux sont pleinement associés à la production, à l’interprétation des données et à l’ajustement des actions. En pratique, cette méthode combine des ateliers collectifs, des outils simples de collecte d’informations (entretiens, récits d’expériences, observations) et des temps d’analyse partagée. Elle s’appuie notamment sur la « théorie du changement », un outil qui permet à une équipe de clarifier les effets attendus d’un projet, les étapes intermédiaires nécessaires et les conditions de réussite.
Ressources
Cas d’application
La méthode de suivi-évaluation a été testée sur une dizaine de projets en Afrique du Nord, à Madagascar et au Sahel, puis déployée sur d’autres géographies. Elle a permis les résultats suivants :
- Des échanges entre chercheurs, décideurs et partenaires locaux ont permis de diffuser les résultats et de partager les enseignements.
- Les partenaires institutionnels et académiques ont renforcé leurs compétences en suivi-évaluation, en animation de dialogue de politiques publiques et en analyse des effets des projets.
- Dans plusieurs cas, la démarche a aidé à ajuster les stratégies en cours de mise en œuvre et à mieux formuler des recommandations à destination des décideurs. Elle a ainsi contribué à un dialogue plus structuré, plus informé et plus durable entre recherche et action publique.
FOCUS SUR… LES COMMUNS DU CARE EN COLOMBIE
Mobilisée en janvier 2025 dans le cadre du projet Partenariats public-communs en matière de santé en Colombie, la méthode a permis de recalibrer l’ambition du projet, en ajustant des objectifs et des activités initialement en décalage, et d’alimenter le pilotage en cours de mise en œuvre.
Suites du projet
Cette approche fait avancer la réflexion sur l’usage de la recherche dans l’action publique en montrant qu’un bon suivi-évaluation peut être un outil de pilotage stratégique, et non seulement un instrument de contrôle. Elle met en évidence la nécessité de renforcer les capacités locales en suivi-évaluation, ainsi que les compétences en animation du dialogue entre science et décision publique.
Des questions restent toutefois ouvertes sur la pérennité des effets observés et la capacité à déployer cette approche à plus grande échelle. Une poursuite des expérimentations est en cours pour consolider la méthode et l’adapter à d’autres contextes. La boîte à outils sera par ailleurs prochainement déployée dans le cadre de projets de modélisation macroéconomique, illustrant la forte adaptabilité thématique de l’approche – l’une de ses principales valeurs ajoutées.
Contacts
- Stéphanie Leyronas, chargée de recherche à l'AFD
- Camille Tchounikine, chargée d'évaluation à l'AFD
- Annabelle Moreau Santos, chargée de médiation scientifique à l'AFD
Envie de suivre l'actualité de la recherche à l'AFD ?
Découvrir d'autres projets de recherche
© Domaine public Centré sur trois pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine et Macédoine du Nord), ce projet de recherche multidisciplinaire explorera les enjeux du vieillissement démographique et la manière dont ils impactent les contextes socio-économiques et climatiques, ainsi que les politiques publiques actuelles et à venir dans chaque pays étudié.
Contexte
Selon les Nations unies, le vieillissement est un « évènement sans précédent dans l’histoire de l’humanité ». L’année 2020 marque un moment historique de bascule : les courbes d’évolution de la proportion des personnes de 65 ans et plus d’une part, et les personnes de moins de cinq ans d’autre part, se croisent et s’engagent dans des directions fortement divergentes.
Ces changements, déjà à l’œuvre en Europe et dans les Balkans, annoncent de grands défis sanitaires, sociaux et économiques dans les décennies à venir, ainsi qu’un déclin démographique déjà engagé. Pour y faire face, il faudra se confronter aux transformations inévitables des modes de vie, augmenter les investissements dans les politiques de protection sociale, réformer les institutions et encourager l’innovation technologique. Sans actions spécifiques en matière de politiques publiques, la baisse de la population active compliquera le soutien aux retraités, les problèmes de santé liés à l’âge s’aggraveront, et la la qualité de vie des personnes âgées se trouvera réduite.
Objectif
Ce projet de recherche vise à identifier, décrire et analyser clairement les liens entre les dynamiques démographiques et les enjeux socio-économiques dans trois pays des Balkans occidentaux.
Pour cela, il s’intéressera aux dynamiques de population (mortalité/morbidité, vieillissement, migrations) et aux modes de (dé)peuplement et d’aménagement des territoires (identités territoriales, urbanisation/ espaces ruraux, en particulier en lien avec les milieux naturels). Il analysera aussi leurs impacts et leurs interactions avec les enjeux socioéconomiques présents et à venir dans chacun des trois pays concernés (accès des femmes au marché du travail, remises des migrants, évolution des systèmes de protection sociale…).
Il s’agit d’identifier, de décrire et d’analyser clairement ces liens, à la fois pour alimenter la recherche académique et pour éclairer les choix de politiques publiques dans les trois pays concernés. L’AFD pourra également utiliser ces résultats dans ses échanges avec les autorités publiques en Albanie, en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine du Nord.
Méthode
La conduite du projet a été confiée à un partenaire scientifique, le Center for Research and Policy Making (Macédoine du Nord). Ce dernier a réuni une équipe multidisciplinaire composée d'experts en démographie, en migration, en économie et en politique financière, en emploi et en mobilité de la main-d'œuvre, en égalité des sexes, en environnement, en politiques de protection sociale (santé et retraite).
Résultats attendus
Ce projet multidisciplinaire (sociologie , sciences politiques, économie) est structuré en trois composantes :
- Production d’une revue de littérature académique des enjeux du vieillissement dans la région des Balkans (avancées et connaissances scientifiques des enjeux socio-économiques, territoriaux et migratoires liés au vieillissement au niveau régional) ;
- Trois études-pays ;
- Des publications et activités de valorisation, pour disséminer les connaissances d’une part et alimenter le dialogue de l’AFD avec ses partenaires publics d’autre part.
Vous souhaitez suivre l'actualité de la recherche à l'AFD ?
Contact
-
Serge RABIER
Chargé de recherche, socio-démographe