L’initiative Climate and Nature Economic Policy Scenarios (CNEPS) développe des scénarios économiques prospectifs intégrant le changement climatique, la perte de biodiversité et les dynamiques de transition dans l’analyse des politiques macroéconomiques, à destination des ministères des Finances et des banques publiques de développement (BPD).Co-conçue avec les ministères des Finances et les banques publiques de développement, l’initiative CNEPS vise à relier les perspectives mondiales, régionales et nationales afin d’explorer comment les transformations géoéconomiques, financières, technologiques et environnementales pourraient remodeler les économies nationales, les cadres budgétaires et les trajectoires de développement, et comment les pays pourraient coordonner leurs politiques économiques et leurs stratégies de financement en réponse à ces évolutions.
Contexte
Dix ans après la signature de l’Accord de Paris, et cinq ans après l’Accord de Kunming-Montréal, l’économie mondiale entre dans une période de profond changement structurel, souvent qualifiée de phase intermédiaire de la transition. Le changement climatique, la perte de biodiversité, les transitions des systèmes énergétiques et l’évolution des dynamiques géopolitiques façonnent de plus en plus le développement économique, la stabilité financière et les finances publiques. Les chocs climatiques affectent déjà les équilibres budgétaires et les besoins d’investissement, tandis que la dégradation des écosystèmes menace des secteurs économiques clés tels que l’agriculture, l’eau et les ressources naturelles. Parallèlement, la transition vers des économies bas-carbone transforme les chaînes d’approvisionnement, les relations commerciales et les stratégies industrielles.
Pour les ministères des Finances, ces dynamiques s'imposent comme des risques macroéconomiques majeurs, tout en ouvrant de nouvelles opportunités. Pourtant, les cadres politiques existants peinent souvent à intégrer les risques climatiques et naturels (fat-tailed risks) dans un cadre systémique. L'élaboration de scénarios économiques prospectifs capturant ces interactions est donc essentielle pour soutenir une planification budgétaire résiliente et des stratégies de développement à long terme.
C’est dans ce contexte que l’AFD a lancé l’initiative Climate and Nature Economic Policy Scenarios (CNEPS), une plateforme multilatérale dédiée au développement de scénarios économiques prospectifs afin d’aider les décideurs publics à anticiper ces transformations et à éclairer leurs choix de politique économique. L’initiative mobilise un écosystème de partenaires institutionnels, régionaux et académiques afin de favoriser un langage commun autour de futurs plausibles et des politiques économiques résilientes qui leur sont associées.
Objectifs
L’initiative Climate and Nature Economic Policy Scenarios (CNEPS) vise à développer des scénarios économiques prospectifs permettant d’intégrer le changement climatique, la perte de biodiversité et les dynamiques de transition dans l’analyse des politiques macroéconomiques. Le projet s’articule autour de trois objectifs principaux :
- Intégration technique : intégrer les risques climatiques et naturels (fat-tailed risks) dans les cadres de politique macroéconomique, en explorant les chocs non linéaires, les points de bascule et les changements de régime géopolitiques, tout en s'appuyant sur les collaborations structurées existantes de l'AFD avec les pays partenaires ainsi que sur les partenaires régionaux et institutionnels.
- Interface avec les politiques publiques : traduire des scénarios mondiaux communs en implications pour la politique budgétaire, la soutenabilité de la dette, les stratégies industrielles et la planification des investissements, tout en accompagnant les pays moteurs dans l'élaboration de stratégies nationales de financement résilientes.
- Construction d'une coalition : mobiliser les ministères des Finances, les banques publiques de développement et les partenaires académiques, et connecter les plateformes existantes réunissant ministres des Finances et banques publiques de développement afin d'amplifier l'impact et de renforcer le dialogue sur les politiques publiques.
Méthode
L’approche combine un travail analytique mondial et une collaboration au niveau national, afin d’explorer comment les risques liés au climat et à la nature, les dynamiques de transition et les changements géopolitiques pourraient affecter les économies nationales et les finances publiques.
L’initiative s’appuie sur des partenariats entre institutions de recherche, acteurs du financement du développement et ministères des Finances des pays participants. Les partenaires académiques apportent leur expertise en modélisation et en conception de scénarios, tandis que les ministères des Finances et les banques publiques de développement fournissent des perspectives politiques et contribuent à identifier les questions économiques et les applications les plus pertinentes.
Le projet mobilise un réseau international de connaissances et travaille avec les pays partenaires pour s'assurer que les scénarios élaborés répondent à des besoins politiques concrets et renforcent les capacités analytiques locales.
Pour ce projet l'AFD est en partenariat avec l'Université d'Exeter.
Résultats attendus
L’initiative CNEPS produira une première génération de scénarios économiques prospectifs explorant comment le changement climatique, la perte de biodiversité et les dynamiques de transition mondiales pourraient affecter les économies nationales et les finances publiques.
Les principaux livrables incluront un premier rapport analytique sur la phase intermédiaire de la transition présentant les tendances mondiales émergentes et les risques systémiques, ainsi qu’un premier ensemble de scénarios mondiaux développés avec des pays moteurs et des partenaires régionaux. Ces scénarios seront traduits en évaluations au niveau national afin d’en explorer les implications pour une politique budgétaire résiliente, la soutenabilité de la dette et les stratégies d’investissement.
Le projet accompagnera également les pays participants dans l’élaboration d’une première série de stratégies nationales CNEPS, destinées à éclairer des trajectoires de financement résilientes et la planification économique à long terme.
Au-delà des livrables analytiques, l’initiative contribuera au dialogue politique et au renforcement des capacités à travers des ateliers, des échanges régionaux et une participation aux plateformes internationales réunissant les ministères des Finances et les banques publiques de développement.
Événements
Dans le cadre de l’initiative CNEPS, plusieurs événements ont été organisé :
Cet atelier a réuni plus de 240 participants, incluant des représentants des ministères des Finances, des banques centrales, des autorités de supervision financière, des banques publiques de développement, des ministères de l’Environnement et de la Coopération au développement, ainsi que des instituts de recherche et le monde académique. L’événement s'est articulé autour un atelier technique le matin et des sessions de haut niveau l’après-midi, toutes deux tenues sous la règle de Chatham House.
Dans un contexte géopolitique de plus en plus fragmenté, cette conférence d’une journée, co-organisée par l’AFD et l’Energy Institute de l’Université du Texas (Austin) à Paris, réunit des universitaires de premier plan, des décideurs politiques et des organisations philanthropiques pour aborder un angle mort critique dans les débats mondiaux sur la politique climatique : les interactions entre la transformation des systèmes énergétiques et les mutations géopolitiques.
À travers quatre sessions, la conférence explorera pourquoi les cadres économiques existants—souvent basés sur des hypothèses de coopération mondiale, de libre-échange et de croissance exogène non liée à la consommation énergétique—ne prennent pas en compte les tensions croissantes et les risques non linéaires liés aux actifs échoués et aux coûts de l’énergie :
- Session 1 : Comprendre le rôle de l’énergie dans les transitions économiques : leçons des années 1970 à aujourd’hui
- Session 2 : Le tournant géoéconomique de la transition énergétique : sécurité énergétique, accessibilité financière de l'énergie et impérialisme énergétique
- Session 3 : Le tournant macro-financier de la transition énergétique : actifs échoués, coût du capital et instabilités de la balance des paiements
- Session 4 : Construire des scénarios pour la période de phase intermédiaire de la transition: que peuvent nous dire les modèles ?
Paris 20 mars 2026 - L’Agence Française de Développement (AFD) et l’Université d’Exeter ont signé un protocole d’accord à l’Ambassade du Royaume-Uni à Paris afin de renforcer leur collaboration en matière d’analyse des politiques économiques climat et nature à destination des ministères des Finances et des banques publiques de développement.
Contacts
- Etienne Espagne, économiste principal, AFD
- Jean-François Mercure, Professeur en politiques climatiques, Université d’Exeter
- Sam Mugume Koojo, Vice-président du CFMCA, Country Platform Hub, PAFCA
- Laura Sabogal Reyes, FiCS
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En cours
2022 - 2026
Ce projet a élaboré une méthode simple pour améliorer le suivi et l’évaluation des initiatives qui cherchent a nourrir l’action publique par la recherche. Cette méthode permet de mieux comprendre les effets réels de ces démarches sur les décisions publiques, de renforcer leur pilotage et de favoriser un usage plus concret des résultats scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques. Contexte
Les décideurs publics sont de plus en plus incités à s’appuyer sur des données issues de la recherche pour concevoir des politiques efficaces. Pourtant, dans la pratique, les résultats scientifiques circulent difficilement hors du monde académique : ils arrivent souvent trop tard, sont rédigés dans un langage peu accessible hors du champ académique, ou sont mal adaptés aux problématiques concrètes rencontrées par les acteurs publics.
Dans le même temps, les projets qui font dialoguer chercheurs et décideurs sont complexes à conduire et à évaluer : ils doivent s’adapter en permanence face à des contextes politiques changeant et produisent des effets diffus ou indirects qui ne se mesurent pas facilement. Les outils classiques de suivi-évaluation, centrés sur des indicateurs quantitatifs, rigides et des cadres logiques, rendent mal compte de ces dynamiques. Ils servent surtout à rendre des comptes aux bailleurs, et peu à l’apprentissage collectif ou à l’adaptation des projets.
L’AFD soutient de nombreux projets de recherche visant à éclairer l’action publique. Constatant ce fossé entre chercheurs et décideurs, elle a souhaité développer une méthode de suivi-évaluation plus utile, plus souple et mieux adaptée à ces projets, afin d’améliorer la mesure de leur impact réel et de renforcer l’impact de la recherche sur les politiques publiques.
Objectifs
Le projet a consisté à concevoir une méthode de suivi-évaluation spécialement pensée pour les initiatives qui relient recherche et action publique. Il répond à une double difficulté : suivre dans le temps les effets réels de ces projets et aider les acteurs à mieux les piloter dans des contextes incertains et changeants.
Plutôt que de se limiter à quantifier de manière purement comptable des activités ou des résultats formels (nombre de rapports, d’ateliers ou de publications), la méthode s’intéresse surtout aux changements que le projet a contribué à enclencher : des relations de confiance se sont-elles créées ? Les connaissances produites sont-elles mobilisées ? Les pratiques et les modes de collaboration évoluent-ils ? Derrière, l’objectif est triple : mieux comprendre ce qui fonctionne vraiment en identifiant les signaux de changement pertinents ; produire des informations utiles pour ajuster les stratégies en cours de projet (identification des obstacles, renforcement des actions efficaces) ; mieux formuler des recommandations de politiques publiques.
Cette approche contribue à améliorer la qualité des décisions publiques en favorisant un usage plus concret, plus régulier et mieux ciblé des connaissances scientifiques.
Résultats
Le projet a débouché sur un papier de recherche, un rapport technique et une boîte à outils de suivi-évaluation destinée aux acteurs du développement.
Cette méthode a été testées sur des projets de recherche concrets et co-construite avec les différents types d’acteurs concernés afin de bien saisir leurs besoins et contraintes respectives : des chercheurs et des institutions publiques, mais aussi des organisations locales, des acteurs de la société civile et des bailleurs.
La démarche est volontairement légère et modulable, afin de s’adapter aux contraintes de temps et de moyens des partenaires, notamment dans les pays du Sud. Les acteurs locaux sont pleinement associés à la production, à l’interprétation des données et à l’ajustement des actions. En pratique, cette méthode combine des ateliers collectifs, des outils simples de collecte d’informations (entretiens, récits d’expériences, observations) et des temps d’analyse partagée. Elle s’appuie notamment sur la « théorie du changement », un outil qui permet à une équipe de clarifier les effets attendus d’un projet, les étapes intermédiaires nécessaires et les conditions de réussite.
Ressources
Cas d’application
La méthode de suivi-évaluation a été testée sur une dizaine de projets en Afrique du Nord, à Madagascar et au Sahel, puis déployée sur d’autres géographies. Elle a permis les résultats suivants :
- Des échanges entre chercheurs, décideurs et partenaires locaux ont permis de diffuser les résultats et de partager les enseignements.
- Les partenaires institutionnels et académiques ont renforcé leurs compétences en suivi-évaluation, en animation de dialogue de politiques publiques et en analyse des effets des projets.
- Dans plusieurs cas, la démarche a aidé à ajuster les stratégies en cours de mise en œuvre et à mieux formuler des recommandations à destination des décideurs. Elle a ainsi contribué à un dialogue plus structuré, plus informé et plus durable entre recherche et action publique.
FOCUS SUR… LES COMMUNS DU CARE EN COLOMBIE
Mobilisée en janvier 2025 dans le cadre du projet Partenariats public-communs en matière de santé en Colombie, la méthode a permis de recalibrer l’ambition du projet, en ajustant des objectifs et des activités initialement en décalage, et d’alimenter le pilotage en cours de mise en œuvre.
Suites du projet
Cette approche fait avancer la réflexion sur l’usage de la recherche dans l’action publique en montrant qu’un bon suivi-évaluation peut être un outil de pilotage stratégique, et non seulement un instrument de contrôle. Elle met en évidence la nécessité de renforcer les capacités locales en suivi-évaluation, ainsi que les compétences en animation du dialogue entre science et décision publique.
Des questions restent toutefois ouvertes sur la pérennité des effets observés et la capacité à déployer cette approche à plus grande échelle. Une poursuite des expérimentations est en cours pour consolider la méthode et l’adapter à d’autres contextes. La boîte à outils sera par ailleurs prochainement déployée dans le cadre de projets de modélisation macroéconomique, illustrant la forte adaptabilité thématique de l’approche – l’une de ses principales valeurs ajoutées.
Contacts
- Stéphanie Leyronas, chargée de recherche à l'AFD
- Camille Tchounikine, chargée d'évaluation à l'AFD
- Annabelle Moreau Santos, chargée de médiation scientifique à l'AFD