L’AFD développe un portail internet évaluant, pour 150 pays, leur exposition aux risques socio-économiques découlant de l’actuelle dégradation de la nature et révélant les opportunités d’intervention associées. Cet outil, qui sera en libre accès, pourra éclairer les décideurs publics et les institutions financières sur les enjeux de transition résiliente, et faciliter le dialogue entre acteurs institutionnels environnementaux et économiques.
Contexte
Les activités humaines accélèrent la perte de biodiversité à un rythme sans précédent : selon l’IPBES, un million d’espèces sont menacées d’extinction et de vastes portions des écosystèmes ont été altérées. À mesure que les écosystèmes se dégradent, les services essentiels qu’ils produisent – production de nourriture, épuration des eaux, régulation du climat, etc. – diminuent. Comme pour le changement climatique, cela se répercute sur la stabilité macro-économique en générant des risques socio-économiques et financiers systémiques, soit physiques, soit de transition.
Bien que complexe, l’évaluation de ces risques est cruciale pour une stabilité socio-économique durable. Elle a progressé au cours des dernières années : l’AFD, par exemple, a développé plusieurs méthodologies pour mesurer l’exposition des économies aux risques socio-économiques et financiers liés à la perte de biodiversité (voir « Pour aller plus loin »). Par ailleurs, les opportunités associées à la préservation de la biodiversité sont, à l’inverse des risques, bien moins documentées, ce qui nécessite de poursuivre les recherches.
Objectif
Constatant un grand intérêt de la communauté internationale pour ses travaux, l’AFD a décidé de compléter ses publications par l’élaboration d’un portail internet en libre accès.
Financé par la Facilité 2050, ce portail permettra aux utilisateurs de générer des résultats par type d’exposition, pour 150 pays où les données sont disponibles. L’ambition : contribuer à une meilleure prise en compte des impacts et dépendances (par secteur économique et par service écosystémique) des risques physiques et de transition liés à la dégradation de la nature, ainsi que des opportunités pendantes associées.
Ce portail – qui permettra d’évaluer à l’échelle de chaque pays les conséquences de la dégradation de la nature sur la fiscalité, l’économie et la protection sociale – pourra notamment être utile :
- Aux banques centrales, pour identifier les secteurs économiques les plus exposés aux perturbations dues à la dégradation de la biodiversité, et pour anticiper les politiques prudentielles nécessaires liées aux risques de transition ;
- Aux ministères des Finances, pour localiser les secteurs économiques où la perte de biodiversité pourrait affecter le PIB, l’emploi ou la fiscalité, ainsi que les secteurs économiques plus résilients vis-à-vis de la nature, et afin d’identifier les impacts économiques et budgétaires des politiques de transition écologique ;
- Aux agences publiques en charge de la biodiversité, pour identifier les services écosystémiques critiques pour maintenir la résilience socio-économique et écologique, et pour cibler les politiques de conservation en disposant d’arguments socio-économiques ;
- Au secteur privé, pour anticiper les perturbations de la chaîne d’approvisionnement dues à la dégradation des écosystèmes, pour évaluer l’impact des nouvelles normes environnementales et pour innover afin de les respecter ;
- Aux banques commerciales/private equity, pour cartographier les investissements les plus exposés aux risques environnementaux et réorienter les portefeuilles vers des actifs résilients, tout en identifiant les opportunités d’investissement dans des entreprises innovantes alignées sur les objectifs de durabilité.
Méthode et résultats attendus
Le projet se déroulera en trois temps :
1. Développement d’un prototype sur les risques liés à la dégradation de la nature
S’appuyant sur l’expérience historique de l’AFD en matière d’évaluation socio-économique des risques, et sur ses nombreuses coopérations internationales à ce sujet, un premier prototype de portail d’analyse des risques physiques et de transition liés à la dégradation de la nature sera proposé aux partenaires, afin de le consolider et l’améliorer par leurs retours d’expérience. Parmi les partenaires, trois pays et trois types d’acteurs économiques : la Banque de développement d’Afrique australe (DBSA) ; la banque centrale de Tanzanie ; le département de politique macro-économique du ministère des Finances d’Arménie ; ainsi que la direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère des Finances du Maroc.
2. Ajout d’un module sur les opportunités liées à la préservation de la nature
Un nouveau module sera spécifiquement développé et ajouté afin de permettre aux partenaires d’analyser les opportunités liées à la préservation de la nature, autour de deux grands axes de réflexion :
- Quelles sont les activités économiques qui contribuent fortement aux grands agrégats macro-économiques d’un pays et qui dépendent de services écosystémiques en bon état, état qu’il peut être utile de préserver ?
- Quelles sont les activités économiques qui jouent également un rôle socio-économique important dans un pays et qui exercent de faibles pressions sur la dégradation de la nature, activités qu’il peut être intéressant de privilégier pour une transition résiliente ?
3. Mise en ligne d’une version ouverte et gratuite du portail
Une version ouverte et gratuite du portail internet sera mise en ligne par l’AFD, où il sera accessible à tout utilisateur désireux d’évaluer les risques et opportunités liés à la nature dans un pays donné, parmi la liste de 150 pays couverts. Les utilisateurs pourront filtrer les résultats sur certaines variables, faire varier les seuils de criticité, télécharger les résultats des calculs ou encore générer des graphiques.
Ces données pourront éclairer les actions visant à mieux prendre en compte la biodiversité dans les politiques publiques et la réduction des subventions néfastes à la biodiversité (cibles 14 et 18 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal). Elles pourront aussi contribuer indirectement à réduire les pressions sur la biodiversité et à créer des opportunités de croissance durable et souhaitable (cibles 7, 8, 10 et 11 du Cadre mondial).
Pour aller plus loin
- A “Silent Spring” for the Financial System? Exploring Biodiversity-Related Financial Risks in France (2021)
- Quels impacts socioéconomiques liés à la perte de biodiversité dans les scénarios de biodiversité mondiaux ? (2022)
- Socioeconomic and spatially-explicit assessment of Nature-related risks: the case of South Africa (2023)
- Assessing economic exposure to nature-related risks (2025)
- Biodiversité, macroéconomie et risque souverain (2026)
Contacts
- Constance Gires, experte nature, coordinatrice du projet
- Antoine Godin, responsable de la cellule de modélisation macroéconomique à l'AFD
- Julien Calas, chargé de recherche à l'AFD
- Paul Hadji-Lazaro, chargé de recherche à l'AFD
Pour une soixantaine de pays, l’AFD analyse les processus de développement à l’œuvre, caractérise les trajectoires de croissance et détecte les vulnérabilités économiques, sociales, environnementales, politiques et financières qui leur sont associées. Ces diagnostics, qui relèvent d’une exigence réglementaire pour les banques, éclairent les décisions opérationnelles et stratégiques du groupe AFD.
Contexte
En tant que banque publique, l'AFD doit mesurer les enjeux et suivre les risques associés à ses financements. Pour cela, elle s'appuie sur une équipe d'une dizaine d'économistes dédiée à l'analyse de la situation macroéconomique et financière des différents pays d'intervention. Ce suivi débouche sur des diagnostics-pays, qui éclairent les décisions opérationnelles et stratégiques du Groupe dans chacune de ses géographies d'intervention. Cette activité est rattachée à l'un des axes prioritaires des activités de recherche de l'AFD, dédié aux diagnostics et à la prospective macroéconomiques.
Objectif
Les diagnostics-pays permettent d’analyser les processus de développement des États dans lesquels l’AFD intervient, de caractériser leur trajectoire de croissance, mais aussi de détecter les vulnérabilités économiques, sociales, politiques et financières associées à ces trajectoires. Le groupe AFD est ainsi en mesure de bien mesurer les enjeux et de suivre les risques associés à chacun de ses investissements.
Le périmètre couvert se concentre sur des pays en développement, notamment en Afrique, pour lesquels les analyses macroéconomiques sont rares ou peu fréquentes. Les analyses produites sont donc souvent très complémentaires des productions existantes sur l’actualité économique mondiale, plus volontiers focalisées sur les économies avancées et les grands émergents.
Méthode
Les réflexions des économistes risque-pays sont nourries d’un suivi rapproché sur longue période et ancrées dans une connaissance fine des contextes locaux. Les évolutions conjoncturelles, souvent mises en avant dans l’actualité, sont systématiquement étudiées à la lumière des tendances structurelles des économies et du contexte régional dans lesquelles elles s’inscrivent, afin de mettre en évidence les problématiques macroéconomiques spécifiques à chaque pays tout en évaluant les risques au regard de trajectoires comparables dans le temps et l’espace.
Les économistes risque-pays inscrivent l’étude des vulnérabilités socio-politiques, du modèle de croissance, de la viabilité de l’endettement public, des équilibres externes et de la solidité du système financier au cœur de leur diagnostic, et accordent un point d’attention spécifique à l’exposition des pays aux risques climatiques et naturels.
Publications
La collection MacroDev
Certains travaux des économistes risque-pays, qu'il s'agisse de diagnostics-pays ou d'analyses transversales, débouchent sur des publications dans la collection MacroDev des Éditions Agence française de développement. En particulier, les numéros spéciaux « Panorama semestriel » apportent un éclairage sur les problématiques et les grands enjeux conjoncturels et structurels des pays émergents et en développement.
Les webinaires DecoDev
La publication de chaque « Panorama semestriel » de la collection MacroDev est accompagnée d'un webinaires DecoDev : une session de décryptage des grandes tendances macroéconomiques, suivie de trois focus pays.
L'équipe
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Amaury MULLIEZ
Directeur adjoint du département Diagnostics économiques et Politiques publiques de l'AFD
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Christophe BARAT
Économiste risque-pays
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Sylvain BELLEFONTAINE
Économiste risque pays
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Benoît JONVEAUX
Économiste risque pays
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Gaëlle BALINEAU
Economiste risque-pays, Chargée de recherche
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Hélène EHRHART
Économiste
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Julien GOURDON
Economiste risque pays
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Thibault VASSE
Economiste risque pays
À travers ce programme de recherche sur les banques publiques de développement (BPD), l’AFD contribue à renforcer les connaissances sur le rôle, les modèles d’intervention et l’efficacité de ces acteurs clés du financement du développement. En soutenant la production scientifique et l’animation d’une communauté internationale de chercheurs, le programme vise à éclairer les politiques publiques et à renforcer la capacité des BPD à mobiliser des financements de long terme au service des transitions.
Contexte
Pendant des décennies, les économistes ont débattu du rôle et de la nécessité des banques publiques dans le financement du développement. En 2020, la création du système Finance en commun (FiCS), qui rassemble plus de 540 banques publiques de développement (BPD) dans le monde, a redynamisé ces débats, en replaçant ces acteurs au cœur des réflexions académiques et des dialogues politiques internationaux.
Pour le groupe AFD, les BPD sont des partenaires stratégiques. Le renforcement des systèmes financiers est l’une de nos principales priorités : élargir l’accès au financement, accompagner la transition vers des modèles financiers plus durables et renforcer la résilience ainsi que la stabilité des institutions financières.
En 2024, le groupe AFD a engagé près de 3 milliards d’euros en faveur des systèmes financiers et les BPD représentent près de la moitié des financements qui y sont consacrés. Au-delà des volumes mobilisés, l’enjeu est de renforcer la capacité collective à mieux comprendre comment le financement du développement peut répondre à des défis toujours plus complexes et interconnectés.
Objectifs
L’AFD accompagne la production et la valorisation de travaux de recherche qui visent à analyser le rôle des banques publiques de développement dans l’architecture du financement pour le développement.
Cette activité, qui s’intègre à l’axe de recherche prioritaire « Financement et géopolitique du développement », s’articule autour de deux piliers complémentaires :
Via ses équipes de recherche internes ou en partenariat avec des universités et des institutions de recherche, l’AFD accompagne la production de travaux originaux qui contribuent à la littérature sur le financement du développement. Les recherches portent notamment sur :
- la définition, les missions et les typologies des BPD ;
- leurs modèles économiques et leur efficacité en matière d’impacts pour le développement ;
- l’analyse et le développement d'instruments financiers innovants ;
- les synergies entre BPD et leur intégration dans les systèmes financiers locaux et internationaux ;
- les conditions permettant de renforcer la mobilisation conjointe des financements, y compris à travers la mobilisation d’investissements privés ;
- les enjeux de gouvernance, des cadres réglementaires et des contraintes qui s’imposent aux BPD.
L’AFD anime le Global Research Network on Public Development Banks (GRN), un réseau international réunissant des chercheurs académiques et institutionnels spécialisés sur ces enjeux. Véritable plateforme d’échange et de dialogue, le GRN favorise les approches interdisciplinaires, les collaborations Nord-Sud et Sud-Sud ainsi que la diffusion des résultats de la recherche. En rapprochant chercheurs et praticiens, il contribue à éclairer les politiques publiques et à renforcer l’efficacité des banques publiques de développement au service des objectifs de développement durable.
Résultats
Depuis 2020, les membres du Global Research Network (GRN) ont publié collectivement près de 100 articles de recherche originaux. Afin de structurer et de consolider ces travaux, l’AFD a soutenu la réalisation du Public Development Banks Reference Book (2025), avec l’appui du département des Affaires économiques et sociales des Nations unies (UNDESA) et du secrétariat de Finance in Common (FiCS). Publié chez Pearson à l’occasion de la 4ème conférence internationale sur le financement du développement (FfD4), cet ouvrage constitue une contribution de référence aux travaux académiques sur les banques publiques de développement.
Le programme a également permis le développement de la première base de données internationale dédiée aux banques publiques de développement, co-conçue par l’Université de Pékin, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi) et l’AFD. Cette ressource constitue aujourd’hui un outil de référence pour les chercheurs, les institutions financières et les décideurs publics. En proposant une typologie harmonisée des institutions financières publiques et des données comparables à l’échelle internationale, elle facilite les analyses comparatives, renforce la transparence et permet de mieux suivre l’évolution des banques publiques de développement et des institutions de financement du développement.
Les travaux issus du programme sont régulièrement présentés lors de conférences et de dialogues internationaux, notamment dans le cadre des sommets Finance in Common (FiCS). Dans le cadre de la présidence française du G7, l’AFD a organisé en 2026 la première conférence académique internationale exclusivement consacrée aux banques publiques de développement.
A découvrir aussi : Public Development Banks: What Research Tells Us, and Why It Matters
Enseignements
La conférence de recherche organisée en 2026 a permis de dresser un état des lieux des connaissances et des perspectives de recherche sur les banques publiques de développement. S’appuyant sur les travaux académiques les plus récents, une publication élaborée à l’issue de la conférence propose une synthèse des principaux enseignements issus de la littérature et met en lumière les enjeux actuels auxquels ces institutions sont confrontées.
Elle formule des recommandations à destination des principaux acteurs concernés, notamment les ministres des Finances – en leur qualité d’actionnaires et de superviseurs des BPD –, les dirigeants des BPD et les autorités de régulation. Ces recommandations visent à renforcer le rôle des banques publiques de développement comme catalyseurs d’investissements de long terme, au service des priorités nationales et de la réalisation des biens communs mondiaux.
Les ressources en bref
- Les publications du Global Research Network (GRN)
- Banques publiques de développement, un ouvrage de référence
- Base de données sur les banques publiques de développement et les institutions de financement du développement
- Replay de la conférence internationale de recherche 2026 sur le financement du développement
- State of Play and Perspectives on Public Development Banks
Contact
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Jean-Baptiste JACOUTON
Chargé de recherche sur la finance durable