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Misola farine fabrication lait infantile Niger Afrique
Avec ses unités de production de farine infantile Misola, le Niger renforce son action contre la malnutrition. Une production essentiellement locale et autonome qui permet également d’améliorer la sécurité alimentaire du pays. Cofinancé par le Service de coopération et d'action culturelle (SCAC) et l’Agence française de développement (AFD), le programme Misola est appelé à s’étendre. Reportage à Niamey, dans l’une des six usines du pays.

Au Niger, « 4,4 millions de personnes sont en insécurité alimentaire sévère et auront eu besoin d’une assistance alimentaire entre juin et septembre 2022 ». Le constat, sans appel, est celui du Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, dont le gouvernement a adopté un plan d’urgence dédié. En visite au Niger fin juin à l’invitation du président Mohamed Bazoum, la secrétaire d’État française chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux, Chrysoula Zacharopoulou, a de son côté rappelé que « la France est aux côtés du Niger et continuera à l’être, notamment pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Nous apportons un soutien d’urgence mais aussi une action de long terme pour renforcer la production agricole. »


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Dans ce contexte, la farine infantile Misola revêt une importance stratégique pour la population. Produite dans six usines artisanales – bientôt sept – à travers le pays, Misola est une farine infantile enrichie mise au point en 1982 par des médecins burkinabè et français pour lutter contre la malnutrition des enfants dès l’âge de six mois. Cette farine obtenue à partir d’un mélange de trois céréales (mil, soja, arachide) est utilisée dans 14 pays d’Afrique de l’Ouest – et le sera dans d’autres à l’avenir. Misola est distribuée au Niger depuis 2007.

« Avec l’arachide et le soja qui entrent dans la composition de la farine en plus du mil, l’apport en protéines est très important, explique Sébastien Subsol, attaché de coopération à l’ambassade de France au Niger. Par ailleurs, l’enjeu du développement de filières de protéines végétales dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest est fondamental. »


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Le soutien de l’AFD

Le programme Misola bénéficie de l’appui de l’ambassade de France au Niger depuis 2017. L’année suivante, à travers l’ONG française Gret, l’AFD s’est engagée à hauteur de 1,8 million d’euros. Cette somme a permis de financer la formation des femmes qui travaillent dans les usines artisanales mais aussi l’achat d’équipements servant au respect des normes en matière de production alimentaire. Cela « pour assurer les standards de qualité et d’hygiène indispensables pour les clients que sont le gouvernement, le Programme alimentaire mondial ou encore l’Unicef », précise Marie-Hélène Loison, directrice générale adjointe de l’AFD.

Autonomisation des femmes et production nationale

À l’usine de Niamey, elles sont 26 femmes à produire la farine infantile Misola – et 73 dans toutes les unités de production du pays. « Ce travail a changé beaucoup de choses dans ma vie, témoigne ainsi Warkou Rakia Maïdaji, présidente d'un groupement des femmes. Les emplois proposés permettent de lutter contre la pauvreté, les femmes peuvent subvenir aux besoins de leur famille. »

En plus de favoriser l’autonomisation des femmes, Misola est un dispositif 100 % nigérien : « Toute la chaîne est située au Niger, depuis la production des céréales (en grande majorité) jusqu'à leur transformation, détaille Cynthia Mela, directrice de l’agence AFD de Niamey. La farine produite est achetée localement, soit par des distributeurs, soit par des institutions comme le Dispositif national de gestion et de prévention des crises alimentaires, pour pouvoir être redistribuée dans tout le Niger pendant les périodes de crises, comme en ce moment. »

Cette logique de circuit court « permet de soutenir les filières de production locales de ces céréales, renchérit Marie-Hélène Loison. Là aussi, cela crée des revenus et soutient les organisations de producteurs nationaux. » Un ensemble vertueux qui doit désormais changer d’échelle pour répondre aux aléas climatiques et à la faible modernisation du secteur agricole exposant le Niger à des phases récurrentes d’insécurité alimentaire.


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Des perspectives d’avenir

En dehors des clients que sont l’État nigérien et ses partenaires internationaux, la farine Misola est aussi vendue dans les pharmacies modernes, les marchés informels et les grands rayons des supermarchés, à petit prix.

Plus largement, les perspectives d’avenir sont encourageantes pour Misola. « Nous attendons de l’AFD qu’elle continue de soutenir le projet Misola, indispensable dans les domaines de l’allaitement maternel, de la prévention et de la prise en charge de la malnutrition », explique Mamane Aminou Amadou, coordonnateur de Misola au Niger depuis 2018. Ce biochimiste de formation spécialisé dans la nutrition souhaite également un soutien pour « la création d’autres unités de production à travers le pays pour parvenir à une vraie couverture nationale. » « Accroître la production, créer d’autres unités, ce sont des aspects que l’AFD est tout à fait prête à accompagner », assure la directrice adjointe de l’Agence française de développement.

Le futur doit également s’envisager dans la dynamique de l’initiative européenne Farm (Food and Agriculture Resilience Mission), portée par la France, qui entend notamment soutenir la production locale. L’objectif est clair, comme le rappelle Marie-Hélène Loison : « En cas de problématique d’approvisionnement au niveau mondial, les pays concernés doivent pouvoir être plus autonomes pour nourrir leur population. »

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