L’AFD co-construit la première base de données sur les banques publiques de développement

publié le 09 novembre 2020
  • logo linkedin
  • logo email
Base de données banques publiques de développement
Qui sont les banques et institutions de financement du développement ? Quels sont leurs caractéristiques et leurs mandats ? Quels actifs mobilisent-elles et quel est leur poids dans le marché financier mondial ? Une base de données établit, pour la première fois, une cartographie complète des banques de développement.

Elles sont environ 450 à travers le monde, mais on les connaît peu. Réparties sur tous les continents, avec des tailles, des géographies et des thématiques d’intervention variables, les banques publiques de développement (BPD) cumulent 11 200 milliards de dollars d’actifs. Malgré la renaissance qu’elles connaissent actuellement, leur rôle, leur fonctionnement et leur efficacité restent méconnus, notamment par manque de données facilement accessibles. 


Lire aussi : tous nos articles sur le sommet Finance en commun


Pour mieux connaître ces institutions essentielles, l’Institut d’économie structurel (INSE) de l’Université de Pékin et l’Agence française de développement (AFD) ont développé la première base de données exhaustive sur les BPD, constituée à partir de leurs rapports annuels. Les premiers résultats ont été dévoilés ce 9 novembre lors de la 14e Conférence internationale de recherche de l’AFD sur le développement, intitulée « La main visible : les banques de développement en transitions » et organisée dans le cadre du sommet Finance en commun.

Un site interactif pour démêler les données 

Et pour diffuser ces données au plus grand nombre, l’AFD développe un outil de datavisualisation interactive, lancé le 9 novembre. Ce site (en anglais) unique en son genre permet de visualiser des données financières concernant les BPD, mais aussi l’analyse de leurs activités au regard des Objectifs de développement durable (ODD). La base de données peut être interrogée à l’échelle mondiale, par continent ou par pays. Elle peut aussi trier les informations par type d’activités. Enfin, il est possible de comparer plusieurs banques entre elles.

Des algorithmes utiles

En parallèle, l’AFD travaille sur deux algorithmes. Le premier vise à automatiser la recherche des données financières ; le second, basé sur un algorithme créé en partenariat par l’AFD et le Lab de financement des ODD de l’OCDE, permettra de mettre en lumière la prise en compte des Objectifs de développement durable (ODD) par les banques de développement. 

Ce travail s’inscrit dans le programme de recherche « Réaliser le potentiel des banques publiques de développement et des institutions de financement du développement pour atteindre les objectifs de développement durable », lancé par l'INSE de Pékin et soutenu par l’AFD, la Fondation Ford et l’International Development Finance Club (IDFC).


Le saviez-vous ?

Quelques données remarquables, issues du site de datavisualisation
  • La China Development Bank est la plus grande banque publique de développement au monde : 2 355 milliards de dollars de bilan, 189 milliards de fonds propres, 19 milliards de résultat net. À titre de comparaison, la plus grande banque américaine en 2018 est JP Morgan, avec 2 367 milliards de dollars de bilan. Égalité. 
  • Les 5 BPD chinoises totalisent 4 000 milliards d’actifs, soit à elles seules 35 % du total mondial.
  • Les PBD des 27 pays de l’Union européenne, y compris leurs banques régionales BEI et BERD, totalisent 3 950 milliards de dollars d’actifs, soit un montant comparable aux BPD chinoises. À noter que les seules Landesbanken allemandes, qui sont le produit d’un système de collecte d’épargne et de financement des entreprises très spécifique à l’Allemagne, affichent un total d’actifs de 1 180 milliards de dollars (10 % du total mondial).
  • Certaines banques sont de très petite taille. L’agence de développement du Roraima, au Brésil, n’a que 2 millions de dollars de bilan. Le Fundo ganadero (banque agricole du Paraguay pour le financement des petits éleveurs) affiche en 2018 un bilan de seulement 18 millions de dollars, et des fonds propres de 5 millions de dollars. Les banques de développement des États insulaires, comme Tuvalu, Niue ou les Samoa américaines ont également des bilans de petite taille, du même ordre de grandeur.
  • La doyenne des BPD est la Caisse des dépôts et consignations (France, 1816) ; suivie par la Banco de la provincia de Buenos Aires (Argentine, 1822) et la Casa de depositi e prestiti (Italie, 1850).
  • Les plus récentes, créées en 2019 : l'International Development Finance Corporation (US-IDFC) ; la Banco del bienestar (Mexique) ; la Hellenic Development Bank (Grèce) ; la Banque nationale d’investissement de Guinée.
  • La plus emblématique : la Banque européenne d’investissement (BEI), banque régionale européenne, affiche un bilan (555 milliards de dollars), une rentabilité (2,3 milliards de dollars de résultat net, 2 900 employés), une solidité financière (notée AAA) et une gouvernance qui en font une référence mondiale en matière de bonne gestion et d'efficacité.
  • Seulement 143 BPD ont un bilan supérieur à 3 milliards de dollars. Elles représentent 98 % des actifs répertoriés.
  • 258 BPD ont un bilan inférieur à 1 milliard de dollars et ne cumulent pas même 1 % des actifs mondiaux.
  • Ce constat milite pour une solidarité et une coopération accrue entre les banques de développement pour permettre leur croissance et leur passage à l’échelle, sous réserve de bonne gouvernance et de niveau de capitalisation.

Une banque de développement, c'est quoi ?

On désigne ici sous le terme générique de banques publiques de développement (BPD) l’ensemble des établissements financiers accomplissant, au nom de l’État, une mission de financement d’une politique publique. Ces missions sont très variées mais toutes s’inscrivent dans le cadre des Objectifs de développement durable.

On englobe sous cette même appellation des sociétés financières internationales, des banques multilatérales, des sociétés de financement de l’habitat, des banques agricoles, des banques de l’habitat, des fonds d’investissement, etc… Et aussi certaines institutions qui ne sont pas à proprement parler des banques.

Le terme de banques publiques de développement n’est pas universel. Les établissements sont parfois désignés, en fonction des pays, sous des termes comme « Development Finance Institutions (DFI), « Policy Bank », « Promotional Bank », qui constituent le plus souvent des sous-catégories plus spécifiques.
Une première difficulté, pour apprécier le nombre et le poids financier des BPD est de les identifier comme formant une communauté d’institutions de même nature. La grande variété de leur mandat, des motivations ayant présidées à leur création, de leurs zones d’intervention ou encore de leurs instruments financiers ne permet pas de regroupement simple et immédiat.

La définition des banques publiques de développement pour la constitution de cette base de données a fait l’objet de travaux de recherche, dans le cadre du programme mené sur les banques publiques de développement