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La ligne 3 du métro du Caire, projet emblématique du partenariat franco-égyptien
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Pour les 20 ans de l’agence de l’AFD en Égypte, la journaliste Nuria Tesón et la photographe Samar Baiomy posent leur regard sur un projet emblématique de la coopération entre l’Égypte et la France : la ligne 3 du métro du Caire. La preuve par l'humain de ce que ce partenariat a pu apporter comme changement concret pour les Égyptiens et les Français.
Plus de 41 km. 34 stations. Plus de 500 000 passagers transportés chaque jour. Voilà la ligne 3 du métro du Caire en quelques chiffres. Mais l’importance de cette artère vitale dans la vie des centaines de milliers d’Égyptiens qui l’empruntent quotidiennement pour se rendre à leur travail, à l’école ou pour rentrer chez eux ne se mesure pas aussi facilement.
Un court trajet depuis Al Attaba, l’une des stations les plus fréquentées du centre-ville du Caire, jusqu’à Héliopolis, où RATP Dev Mobility dispose de son centre de formation, permet de mieux comprendre cette réalité. La « ligne verte », mise en service par étapes entre 2012 et 2024, traverse la capitale d’est en ouest, reliant des quartiers historiques densément peuplés à de nouvelles extensions urbaines et d’importants pôles d’interconnexion. Elle réduit les distances dans une ville marquée par la congestion et garantit un accès équitable aux transports.
En améliorant la mobilité urbaine, cette infrastructure contribue également à réduire la pollution atmosphérique, les émissions de gaz à effet de serre et les nuisances sonores, offrant une alternative aux usagers qui peuvent délaisser leur véhicule privé au profit des transports en commun. « Depuis l’inauguration de la ligne, j’ai arrêté d’utiliser ma voiture, explique Mostafa Hedaya, qui vit à Zamalek, et je vais partout en métro. Ma vie est tout simplement devenue plus facile. »
Une ligne exploitée par le groupe RATP
Plusieurs entreprises françaises ont contribué à sa construction, comme Alstom – signalisation, contrôle centralisé, modes de conduite, télécommunication et traction électrique – et Systra, opérateur historique présent au Caire depuis les années 1970, qui a conseillé l’autorité égyptienne responsable du projet. L’acteur français TSO/ETF a participé aux travaux de voie et de rail sur certains tronçons, tandis que RATP Dev a décroché le contrat d’exploitation et de maintenance de la ligne.
Au-delà de ses bénéfices environnementaux et de son utilité pour les voyageurs, la ligne 3 crée des emplois et contribue à renforcer la formation des travailleurs qualifiés ainsi que les standards de service dans le secteur des transports en Égypte, répondant ainsi à plusieurs objectifs clés de l’AFD, qui finance le projet à travers deux prêts souverains d’un montant total de 344 millions d’euros et une subvention de 40 millions d’euros déléguée par l’Union européenne.
La ligne a contribué à la mobilisation et la création d’environ 12 000 emplois durant la phase de construction. Wadii Bouchiha, directeur général de RATP Dev Mobility Cairo, qui exploitera la ligne 3 et ses futures extensions pendant quinze ans, se dit fier d’employer aujourd’hui près de 3 000 personnes, « dont plus de 2 000 travaillent directement sur la ligne ». Le projet comprend également des programmes de formation et de transfert de connaissances destinés aux ingénieurs et techniciens égyptiens.
Autonomiser les femmes par l’emploi
Hind Omar Mahmoud est une formatrice, elle est devenue en avril 2022 la première femme conductrice de rame de la ligne 3 du métro du Caire. Son arrivée à ce poste, après une préparation et une formation intensives, a marqué une étape importante pour les femmes dans l’exploitation du métro en Égypte, ouvrant la voie à d’autres conductrices telles que Karima Mahmoud Mohamed Ibrahim. Mais elle ne s’est pas arrêtée là. Mère de deux enfants, Omar est devenue quatre ans plus tard, début 2026, la première femme superviseure de la ligne verte du métro.
Ce poste exige de la patience, une grande concentration et une stabilité émotionnelle, ainsi qu’un sens élevé des responsabilités, précise Omar. Évaluer les conducteurs de train et assurer une communication permanente avec le centre de contrôle central ne sont que quelques-unes des nombreuses tâches qu’elle accomplit. « Cela nécessite une surveillance constante et un travail continu tout au long de la journée », explique-t-elle.
Il a fallu un certain temps pour que les gens s’habituent à voir une femme dans une fonction généralement exercée par des hommes. Mais entre le négatif et le positif, elle a choisi de se concentrer sur ce dernier. « La personne qui m’a toujours le plus soutenue est mon mari, explique Omar. Il m’a toujours dit de ne pas prêter attention aux choses négatives : "Concentre-toi sur ton travail. Les gens finiront par s’habituer.” Et c’est exactement ce qui s’est passé. »
« Je vérifie mentalement les procédures »
Hiba Mahmoud est un autre exemple de détermination et d’engagement. « Je suis ingénieure en mécanique », explique-t-elle dans un anglais impeccable. Elle travaille dans la maintenance du matériel roulant, mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle, l’amélioration des processus, la réduction des temps d’arrêt et l’optimisation des ressources grâce à des méthodes d’amélioration continue. Après dix années passées dans l’industrie manufacturière, elle explique que la maintenance lui a offert un nouveau défi – « et j’aime les défis », souligne-t-elle.
Dans un domaine traditionnellement réservé aux hommes, Mahmoud affirme avoir trouvé chez RATP Dev une réalité différente, à l’instar de sa collègue Omar. « On s’adresse à mon esprit, à mes compétences, et non à mon genre. Tout repose sur les compétences, la conformité et l’apprentissage continu. »
Son trajet quotidien, d’El Shorouk à Adly Mansour en train léger puis en métro, reflète le réseau qu’elle contribue à maintenir. « Quand on est usager, l’expérience n’est pas la même que lorsqu’on participe à la maintenance », explique-t-elle en souriant. Elle ne parvient jamais à se détacher totalement de son rôle et de ses responsabilités. Désormais, lorsqu’elle se rend au travail, elle est attentive aux sons inhabituels, observe les équipements et « vérifie mentalement les procédures », explique-t-elle en souriant de plus belle.
Un nouveau site Internet et une application mobile fournissent désormais aux voyageurs des informations en temps réel pour se déplacer sur la ligne. RATP Dev Mobility Cairo vise à offrir un service conforme aux meilleurs standards internationaux, appliqués dans des villes telles que Paris, Londres et Hong Kong : ponctualité, maintenance rigoureuse des actifs et service client de haut niveau. Dans une ville marquée en surface par les embouteillages et la pollution, l’avancée est notable.
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