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Brassard presse
Le Prix Bayeux pour les correspondants de guerre célèbre sa trentième édition du 9 au 15 octobre 2023, dans un contexte international d’assauts répétés contre le droit à l’information et les libertés publiques. Partenaire du prix depuis dix ans, le groupe AFD fait du soutien à la liberté de la presse un des piliers de son action. Une volonté concrétisée par le renforcement du partenariat avec Reporters sans frontières, afin d'accompagner l’ONG dans son évolution de « la défense des journalistes » vers une « défense du journalisme » et du droit à l'information.

Article publié pour la première fois le 2 mai 2023 et mis à jour le 10 octobre 2023.


Le droit d’accès à une information fiable et de qualité se dégrade presque partout au niveau international. Ces dernières années, à la faveur notamment du Covid-19, de la crise sahélienne ou encore de la guerre en Ukraine, une production considérable de fausses informations et de contenus de propagande inonde les canaux d’information. Plus grave encore, la restriction constante des libertés publiques par un nombre croissant d’États vise à éteindre toute forme de contradiction, comme les marges de manœuvre et d’expression au sein de la société civile. Selon le rapport mondial 2021/2022 de l'Unesco sur la liberté d'expression et du développement des médias, 85 % de la population mondiale a connu un recul de la liberté de la presse dans son pays au cours des cinq dernières années. En conséquence, de plus en plus de citoyens se voient privés des données utiles à l’exercice de la démocratie.


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Fortes de ces constats, l’Agence française de développement (AFD) et Reporters sans frontières (RSF) ont conclu une convention de partenariat pluriannuel (CPP), officiellement signée le 9 novembre 2022. C’est la première du genre adressée à une organisation intervenant dans le champ de la défense des droits humains. Ce programme, mis en œuvre dans 65 pays sur les quatre continents, irrigue 18 organisations locales qui participent à son élaboration et à son déploiement. Le montant du partenariat s’élève à 8 millions d’euros, dont 5,6 millions d’euros financés par l’AFD (soit 70 %), sur quatre ans.

Le développement a besoin d’une information fiable

Partenaires depuis plus de dix ans, l’AFD et RSF se sont dotées grâce à la CPP d’un mécanisme plus souple et réactif. Il permet à l’ONG de voir financer sa stratégie sur le moyen-long terme, au-delà des seuls projets ponctuels, et de renforcer son réseau. « Les enjeux sont fondamentaux pour l’AFD. Comprendre, traiter et intervenir sur des questions de développement implique d’avoir des indicateurs pertinents et partagés au sein des pays d’intervention… Et donc de disposer d’une information fiable et de qualité dans le domaine politique, social, économique ou encore environnemental. Il y va de l’efficacité de notre action », explique Émilie Aberlen, spécialiste de l'évaluation du changement social et de l'action publique au sein de la division Organisations de la société civile de l’AFD


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« Nous aidons au financement de campagnes thématiques, sur la Chine ou le Sahel par exemple. Nous soutenons également la protection des journalistes qui en ont besoin, mais aussi le renforcement des capacités de plaidoyer international pour faire évoluer le cadre législatif sur le droit à l’information », souligne Émilie Aberlen. Et d’ajouter : « Nos fonds permettent aussi le déploiement d’initiatives de régulation de l’information, comme la Journalism Trust Initiative (JTI), qui touche plus de 600 médias depuis sa création en 2019. » La JTI vise à établir des indicateurs de fiabilité des informations et des médias et récompense le respect de l’éthique professionnelle. Autre exemple : l’Initiative sur l’information et la démocratie (I&D). Elle répond au besoin de promouvoir un environnement propice à l’information fiable des citoyens, afin de leur permettre de se forger une opinion éclairée dans un contexte où la désinformation massive en ligne contribue à miner la confiance dans les institutions et les processus démocratiques. 

La liberté de la presse contre-attaque

« Nous pouvons aller au-delà de la défensive : nous avons désormais les moyens d’adresser les causes au-delà de parer les conséquences, souligne Antoine Bernard, directeur plaidoyer et assistance chez RSF. Nous faisons le constat que le journaliste, dans un monde globalisé et régi par les algorithmes, les moteurs de recherche et bientôt les intelligences artificielles, a de moins en moins de poids… Or c’est une fonction sociale et démocratique fondamentale, il faut replacer les médias au centre du débat. Et c'est toute la force offerte par cette CPP : elle nous donne les moyens de concrétiser des solutions et de faire prospérer notre vision stratégique. Dans un monde où il est devenu presque impossible de désigner toutes les dérives de la propagande et des fake news, nous faisons le choix de valoriser le travail fiable et bien fait. »


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En favorisant un renforcement du réseau international de RSF, les modalités souples de cette CPP permettent à l’ONG l’agilité requise face aux multiples crises internationales du moment. « En Afghanistan, nous pouvons extraire et fournir une aide d’urgence aux journalistes menacés, alors que 50 % des médias du pays ont été fermés depuis août 2021. Nous y menons également campagne pour la libération du journaliste franco-afghan Mortaza Behboudi, arrêté le 7 janvier à Kaboul alors qu'il ne faisait que son travail. », explique Diana Guzman, directrice du réseau international et des projets de RSF. « De même pour le Sahel, où nous avons par exemple pu agir et coordonner la campagne pour la libération du journaliste Olivier Dubois », ajoute-t-elle.

Vers un New Deal pour le journalisme

Concernant l’Ukraine, où l’AFD n’intervient pas directement, RSF peut s’appuyer sur la CPP pour se donner les moyens de soutenir une production journalistique locale malgré le conflit. « Nous avons pu ouvrir deux centres pour la liberté de la presse, à Kiev et Lviv, qui permettent aux journalistes empêchés de poursuivre leurs activités. Nous avons fourni énergie, casques et gilets pare-balles pour plus de 700 journalistes, ainsi qu’un dispositif de soutien psychologique et des formations pour assurer leur sécurité physique, mais aussi en ligne… », poursuit Diana Guzman. Les crimes commis contre les journalistes sont également l'objet d’une veille permanente, d’enquêtes et de plaintes pénales, comme dans le cas de Maks Levin, exécuté en mars 2022 lors de l’avancée russe. 

RSF peut désormais également financer d’urgence le maintien d’un certain nombre de médias locaux. « Il y a un sujet critique de soutenabilité des rédactions : nous accompagnons 35 médias en péril, dans un contexte d’effondrement du marché des annonceurs », explique encore Diana Guzman. L’ONG déploie aussi des efforts très diversifiés en soutien des journalistes et médias indépendants russes exilés. Elle travaille notamment à augmenter leur audience en Russie jusqu’à monter un bouquet de chaînes indépendantes russes et internationales russophones pour une diffusion par satellite en Russie. Forte de ses capacités d'action décuplées, l’ONG ambitionne par ailleurs en 2023 d’approfondir le Partenariat sur l’information et la démocratie (réunissant 50 États et porté par la France) pour la régulation démocratique de l’espace global de l’information. Mais aussi de déployer largement la Journalism Trust Initiative, ce système de certification des médias, leur ouvrant l’accès à une reconnaissance accrue par les acteurs économiques et du développement. Bref, approfondir la mise en œuvre du New Deal pour un journalisme chaque jour plus nécessaire pour consolider la démocratie et démasquer la désinformation et la propagande.
 


À savoir 

L’Agence française de développement a engagé plus de 45 millions d'euros depuis 2019 pour soutenir des acteurs médiatiques, notamment des radios communautaires, principalement en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient.

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