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Femme récoltant du thé
Le climat et l’égalité femmes-hommes sont au cœur des discours, des engagements et des stratégies de la plupart des acteurs du développement. Comment réconcilient-ils ces deux thématiques ? Ce projet de recherche a permis de cartographier et de réaliser une typologie des narratifs en vigueur articulant genre et climat et d’en produire une analyse critique détaillée.
Contexte

Depuis la parution du rapport Brundtland (1987) présentant les 3 piliers du développement durable jusqu’à l’adoption de l’Agenda 2030 (2015), la communauté du développement s’est montrée de plus en plus critique des inégalités, qu’elles soient géographiques (Nord/Sud), sociales (riches/pauvres), démographiques (générations présentes/futures) ou encore anthropologiques (hommes/femmes) et environnementales. Aujourd’hui, les différents acteurs du développement affirment l’urgence et la légitimité d’une nouvelle perspective pour le développement, associant explicitement la réduction des inégalités – notamment de genre (ODD 5) – et la lutte contre les changements climatiques (ODD 13). 

Ainsi, depuis 2015, les banques multilatérales, régionales ou bilatérales de développement, les agences des Nations unies, les organisations de la société civile, les médias et le monde académique ont traduit cette volonté dans leurs stratégies, leurs discours et leurs interventions (financements, plaidoyer, recherche). Cela se retranscrit par exemple au niveau de l’AFD dans les engagements 100% Lien social et 100% Accord de Paris de l’agence.

Il apparait dès lors intéressant de regarder de plus près comment ces différents acteurs pensent et articulent les agendas « genre » et « climat » aux dynamiques et spécificités propres, de façon à identifier les principaux narratifs utilisés.

Objectifs

Le projet de recherche a eu pour objectif de : 

  • Produire une cartographie des discours de politique publique articulant genre et climat émis par les principaux acteurs nationaux et transnationaux de l’aide au développement : organisations transnationales (UE), internationales (agences onusiennes), bailleurs multilatéraux, principales agences nationales de développement, ONG transnationales, communautés épistémiques (telles que le GIEC) ;
  • Réaliser une cartographie par institution et par thématique ; 
  • Réaliser une analyse critique de ces discours ;
  • Présenter les cadrages cognitifs et discursifs et leur évolution depuis 10 ans ;
  • Eclairer le positionnement de l’AFD à l’intersection de ces enjeux.
Méthode

L’OFCE a été chargé de réaliser l’analyse des discours de différentes catégories d’acteurs sur un ensemble assez large de productions documentaires : 800 documents en français, en anglais et en espagnol de 54 structures (incluant des institutions internationales, des organisations non gouvernementales (ONG), des agences multilatérales et bilatérales ainsi que des banques publiques de développement), ont ainsi été passés au filtre de 150 mots clés et de champs sémantiques associés à la lutte contre le changement climatique et au genre, pour mieux les cerner.

Pour cela, l’équipe de recherche a utilisé comme outil l’analyse critique des cadres de politiques publiques (Critical Frame Analysis – CFA). La CFA est la méthodologie la plus avancée pour l’analyse des discours de politique publique autour des enjeux de genre et de leur diffusion. Elle se fonde sur une analyse cognitive, discursive et sociologique des discours de politique publique, qui met en exergue les différentes logiques et interprétations d’enjeux tels que l’égalité de genre, la lutte contre les effets du changement climatique ou la combinaison des deux. 

Résultats

Le projet de recherche a permis de produire :

  • Un état de l’art présentant les principaux déterminants historiques et discursifs des cadres interprétatifs utilisés pour articuler genre et climat, et une cartographie des principaux acteurs (dont les textes de référence utilisés) sur ces enjeux ;
  • Une analyse des discours articulant égalité femmes-hommes et changement climatique ;
  • Un rapport final restituant l’état de l’art, la méthodologie et le résultat de l’analyse, qui intègre une série de recommandations et autres points d’attention qui pourront alimenter les réflexions stratégiques en cours à l’AFD.

Les travaux ont mené à une publication dans la collection Questions de développement : « Genre et climat : quelle articulation entre ces problématiques pour les organisations internationales ? » (mai 2021)


A lire aussi : Quand le genre rencontre le climat, de nouvelles perspectives pour le développement


 

Enseignements

À l’intersection du genre et du climat, huit cadres interprétatifs (aussi appelés narratifs) ont émergé, illustrant chacun une approche différente pour les faire converger : 

  1. Le prisme des vulnérabilités comme grille d‘analyse et d’intervention des actions climatiques d'urgence ;
  2. L’approche de l’économie intelligente (smart economics) comme opportunité de genrer l’agenda climatique ;
  3. Les outils d’intégration du genre dans l'agenda du changement climatique ;
  4. L’autonomisation des femmes et les filles dans une perspective d'adaptation au climat ;
  5. L’intégration du genre pour une action climatique transformatrice ;
  6. La dimension intersectionnelle des inégalités et des discriminations dans l’articulation genre et climat ;
  7. La dimension éco-féministe : les femmes, gardiennes de la Terre mère ;
  8. Décoloniser le genre et l’action climatique.

Ces cadres ont été formalisés en fonction de leur fréquence, des catégories d’acteurs qui les utilisent et de leur chronologie : 

  • Ils peuvent être soit déjà installés dans la durée, soit en émergence ;
  • Ils sont plus ou moins utilisés selon la catégorie d’acteurs et au sein même de chaque catégorie ;
  • Ils témoignent de visées plus ou moins ambitieuses de changement (visées adaptatives/transformatives) ;
  • Ils ne sont pas figés et présentent des potentialités d’hybridation.

Chaque narratif fait ressortir des priorités et des préférences politiques, économiques ou sociales propres, voire divergentes. Ils présentent tous des avantages et des inconvénients. 

Ce travail servira à alimenter les réflexions sur les orientations stratégiques de l’AFD au regard de l’évolution du positionnement des principaux acteurs de la communauté du développement sur l’imbrication de ces deux thématiques. 


A lire sur The ConversationGenre et climat : décryptage de la rhétorique des acteurs du développement


 

01/10/2020
Date de début du projet
30/06/2021
Date de fin du projet
Paris
Localisation
49 445
EUR
Montant du financement
Achevé
État

Contact :

  • Hélène Périvier, économiste et directrice du Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre (PRESAGE) de l’OFCE-Sciences Po
  • Maxime Forest, politiste, chercheur associé à l’OFCE et maître de conférence à Sciences Po
  • Serge Rabier, chargé de recherche à l'AFD