70 %
de femmes employées par le métro
50 000
personnes transportées chaque jour
25,6 km
de réseau au coeur de la ville
La plus grande ville du Kerala, dans le sud de l'Inde, était paralysée par une circulation dense et chaotique. Elle respire mieux depuis l’arrivée de son nouveau métro, inauguré en juin 2017. Les bouchons ont sauté, en même temps que certaines barrières sociales.

Il y a quelques années, l’idée de se déplacer pour gagner le centre-ville de Kochi et ses bureaux donnait des migraines aux 2 millions d’habitants de la ville. Rickshaws, bus et voitures encombraient des rues devenues trop étroites. Le trajet pouvait prendre plusieurs heures selon l’itinéraire. 

Depuis le 7 février 2014, l’AFD est engagée aux côtés des autorités locales et du gouvernement indien pour y soutenir la construction du métro. Depuis l’inauguration de la première ligne en juin 2017, le métro est devenu la fierté des habitants de la ville. Écologique, il a déjà contribué à la réduction de la pollution ambiante, notamment grâce à l’utilisation de panneaux solaires pour alimenter les stations.
 
À son lancement, les curieux y venaient pour tester les escaliers mécaniques et autres portes automatiques. Mais aussi pour y observer une particularité : son personnel, composé à environ 75 % de femmes. Des employées de nettoyage aux conductrices de train, le métro de Kochi a féminisé ses postes de travail dans des proportions jamais vues auparavant en Inde. 

« Nous essayons d’avoir l'approche la plus écologique possible. Mais l’inclusion du genre et de l’autonomie des femmes était aussi essentielle. Nous avons donc mis en place des groupes d’entraide dirigés par des femmes pour leur apporter du soutien dans leurs activités quotidiennes en gare. »

Mohammed Hanish, directeur général de Kochi Metro Rail Ltd
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Inde, Kochi, Vishwanathan
Créateur d’opportunités
Sri Lakshmi et Athira Mohan, 23 et 22 ans, prennent le métro pour la première fois afin d'aller déposer leur CV dans un bureau du centre-ville. « C'est plus facile et plus rapide de se déplacer grâce au métro », nous dit Sri. « Si nous décrochons ce travail, nous prendrons le métro tous les jours », ajoute Athira.
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De l’emploi pour tout-e-s
Elle a été retenue parmi 90 000 autres candidats. À 23 ans, Gopika Santosh est une des sept conductrices de métro de Kochi : « Mon père est très fier de moi. Il est chauffeur de rickshaw, et moi je suis conductrice de métro. J'avais très envie de conduire le premier métro du Kerala. J'ai récemment entendu un père me pointer du doigt en parlant à sa fille : ''Regarde cette Didi (grande sœur) qui est en train de conduire le train !'' Oui, j'aime vraiment beaucoup mon métier. »

Conductrices de métro, cheffes de station ou employées de nettoyage, le métro de Kochi fait la part belle aux femmes et les rend plus indépendantes. Elles sont 774 à avoir été embauchées pour le lancement du métro, la plus large opération de ce type en Inde. 600 d'entre elles viennent de familles pauvres et ont été recrutées grâce à des groupes d'entraide locaux. 20 employés transgenres ont aussi été intégrés, une initiative d'inclusion sociale unique en Inde.
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Changer la ville
Anand KG est en train de charger son téléphone portable sur le chemin de l'aéroport. « Le métro de Kochi accélère le développement de la ville. Il est essentiel pour le futur de Kochi », estime le jeune homme. Avant d'ajouter fièrement : « La ville a toujours eu la meilleure gastronomie du Kerala, maintenant nous avons aussi son premier métro ! »
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Bouger en sécurité
Fatima, Reshma, Aleena, Barsa et Tisha sont des habituées de la station d'Edappally. Elles s'y rendent chaque après-midi pour rejoindre leur université. « Le métro est une façon sûre et rapide de se déplacer », explique Fatima.
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Le métro de Kochi a donné des super-pouvoirs à Athira

 

« Au tout début, les gens me demandaient si c’était réellement moi la cheffe de station. » Athira Kutty se souvient de l’appréhension de ses premiers mois à son nouveau poste. Aujourd’hui, cela n’effraie plus la jeune mère de famille. Bien au contraire : « Ici, c’est comme si j’avais des super pouvoirs. Ça a développé ma confiance. Et c’est la même chose pour toutes les femmes qui travaillent dans le métro. » 

Le quotidien d’Athira Kutty, une des 700 femmes qui travaillent dans les 22 stations de la ville, c’est d’assurer le bon fonctionnement des équipements du métro d’Aluva, une des quatre stations de bout de ligne où elle travaille. Dans cette zone loin du centre-ville, le métro a changé la vie. Ces stations ne désemplissent pas de la journée : « Avant c’était le chaos, des bouchons, du monde partout. Mais aujourd’hui les gens ont un moyen de transport rapide et confortable pour se déplacer. »

Cette diplômée en électronique venait de quitter un poste d’enseignement et de se marier quand elle a vu la petite annonce passer. Elle y a répondu pour sortir du chômage et a été sélectionnée, avant de suivre un an de formation à ses futures fonctions. « C’était la première fois qu’un métro se construisait au Kerala. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Et maintenant je réalise que j’utilise 100 % de tout ce que j’ai appris à l’université, et que j’apprends de nouvelles choses chaque jour. » 

Quand Vidya voit l’avenir autrement

imgElle a des gestes assurés et la voix bien posée. Derrière son guichet, Vidya Vijayan rend la monnaie à un passager de la station de Kaloor. Il y a deux ans, elle n’imaginait guère sortir de sa vie de mère au foyer, entre la gestion des tâches domestiques et sa petite fille de 9 ans. 

Mais Vidya Vijayan fait partie du groupe d’entraide Kudumbashree qui a signé un contrat de partenariat avec Kochi Metro Rail Ltd. Cette organisation, gérée par les femmes et pour les femmes, a permis à de nombreuses mères de famille en marge du monde du travail de s’insérer professionnellement. 

« J’avais passé un test, et j’ai été sélectionnée. Comme beaucoup de gens qui viennent de Kudumbashree, je n’avais pas de travail avant ce test. Et avant de commencer, j’avais franchement un peu peur… », explique la jeune femme.
 
Après une formation destinée à apprendre comment gérer le matériel informatique et les clients, Vidya a pris plus d’assurance : « Il y a beaucoup de femmes ici, et on se demandait comment les passagers allaient réagir à ça. Mais nos craintes n’étaient pas justifiées, les gens sont très gentils avec nous. Et l’atmosphère entre nous est très détendue. »

Avec le métro, son horizon s’est élargi. Et par ricochets, celui de sa fille aussi, scolarisée en primaire. « Elle aime bien venir ici, regarder la station, les trains passer. Je crois que ça l’inspire. Peut-être qu’un jour elle voudra en conduire un, pourquoi pas ? Et moi je n’ai rien contre, elle peut faire ce qu’elle veut de sa vie ! » Comme Vidya, 600 femmes de milieux défavorisés sont employées par le Metro Kochi Rail Ltd. Cette mobilité sociale, c’est l’autre victoire du métro de Kochi. 

« C’est pratique, confortable et en plus la balade est chouette ! »
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© Prashanth Vishwanathan / AFD


Les yeux rivés sur son smartphone, Deepak attend son métro pour le centre d’Ernakulam. Cet employé de bureau croisé à la station d’Edappally ne se fait pas prier pour donner son avis sur le métro : « Avant je prenais le bus pour aller à mon travail. Aujourd’hui je le fais en métro, ça a diminué mon temps de transport de 50 %. Et c’est beaucoup plus confortable ! »

À cette heure matinale, la station est pleine de jeunes professionnels qui ont adopté le métro en un clin d’œil. Tous apprécient sa modernité, entre le design des gares et celui des rames aériennes. « C’est pratique, confortable, et en plus la balade au-dessus des rues de la ville est chouette ! » s’enthousiasme Amrita, jeune avocate d’un cabinet local. Elle regrette juste une chose : « Là où j’habite, il n’y a pas encore de ligne, alors je suis impatiente que le réseau se développe et arrive bientôt chez moi. »

Extension du réseau 
Inde, Kochi, Vishwanathan
© Prashanth Vishwanathan / AFD


Ce développement du réseau est en cours, avec une deuxième phase lancée pour étendre le réseau au sud-est de l’agglomération. Mais à terme, l’ambition est bien plus large confirme Mohammed Hanish, le directeur général du métro de Kochi : « Nous voulons que tous les transports urbains, le métro, les bus, les rickshaws, les taxis et les navettes fluviales, soient intégrés et accessibles à l’usager avec un seul et même titre de transport. » 

En fluidifiant les transports urbains et en innovant dans sa politique de ressources humaines, le métro de Kochi devient une référence en matière de mobilité urbaine durable dans la région. Et une voie toute tracée vers une société plus ouverte.

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