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Projet éducatif Olho d'Água en Équateur, financé par l'AFD. Les enfants surveillent la qualité de l'eau grâce à un kit d'analyse © Zuleika de Souza / AFD
Alors que démarre ce 18 mai la Conférence mondiale de l'Unesco sur l'enseignement supérieur 2022, coup de projecteur sur le rôle que doit jouer l’éducation face au changement climatique et aux défis de la préservation de la biodiversité.

Article publié pour la première fois le 23 janvier 2022. Dernière mise à jour le 18 mai 2022.

Entre hausse de la démographie et activité humaine exponentielle depuis plus d’un siècle, le dérèglement climatique et écologique apparaît comme l’un des grands défis des sociétés aux quatre coins du monde. Les jeunes générations considèrent généralement le changement climatique et la préservation de l'environnement comme une urgence mondiale et la crise du Covid-19 n’a fait qu’amplifier leurs engagements. Pour autant, leur désir de mobilité ou de consommation peut les placer au cœur d’un paradoxe générateur d’une anxiété qui ne cesse d'augmenter.


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L’école, dès le primaire, tend à devenir un cadre central pour bien appréhender ces enjeux. Former les jeunes leur permet de mieux comprendre l’interdépendance de l’homme avec la planète pour s’inscrire dans une relation durable, s’adapter aux dérégulations, les atténuer, et aussi appréhender la transformation des métiers, parfois menacés par le réchauffement climatique. Les projets mettant l’accent sur le lien entre éducation et préservation de l’environnement se révèlent donc déterminants.

De l’importance de l’adaptation

Bertrand Foucault est chef de projet de la division Éducation au sein du groupe AFD et référent « climat et nature ». Il insiste sur l’importance de l’anticipation face à des évolutions qui bouleversent les sociétés : « Avec le changement climatique, des métiers vont se transformer, se créer, d’autres disparaître. Des éleveurs ne pourront plus pratiquer comme avant leur activité à cause de la sécheresse par exemple, et le mineur qui extrait le charbon pourrait voir son emploi menacé »

Ces transformations vont être à l’origine de nouvelles compétences dans de nombreux domaines comme ceux de l’énergie, du transport, de la logistique ou encore de l’agriculture. « C’est pourquoi le groupe AFD appuie des programmes en formation professionnelle pour accompagner les secteurs en transformation en ciblant les populations vulnérables souvent les plus touchées. Nous accompagnons par exemple des centres de formation d’Afrique centrale pour le développement de formations en gestion durable des forêts », complète Bertrand Foucault.

Dans ce contexte, la sensibilisation de la jeunesse aux enjeux environnementaux apparaît déterminante. « Un pays n’investissant pas dès l’acquisition des connaissances de bases ne permet pas à sa population de pouvoir s’adapter, et de jouer un rôle par des comportements vertueux face au dérèglement climatique », souligne Bertrand Foucault. Avec l’urbanisation croissante dans la plupart des pays du globe, les individus et notamment les jeunes ont tendance à se couper de la nature. Replacer l’environnement au centre des préoccupations et des activités est un impératif qui montre aussi tous ces effets positifs sur la santé.

Depuis 2021, grâce à la Facilité Adapt’Action, le groupe AFD appuie, au Sénégal, l’intégration des enjeux relatifs au climat, notamment l’adaptation au changement climatique au sein du système éducatif (moyen et secondaire, universitaire, formation professionnelle). Une manière de confier aux jeunes générations des clés pour accéder à la résilience.

Construire des lieux de savoirs et préparer les jeunes populations

Le besoin d’infrastructures éducatives se révèle considérable aujourd’hui. Le groupe AFD s’engage donc à financer des constructions et des équipements ayant un impact limité sur l’environnement, du niveau primaire à celui de l’enseignement supérieur. « Près de 70 % des financements en matière d’éducation sont dédiés à la rénovation et à la construction de lieux d’accueil pour la jeunesse », insiste Bertrand Foucault. Les programmes s’adaptent aux contextes locaux : orientation des bâtiments selon les vents, isolation des hautes températures, utilisation de matériaux locaux…

Aux Comores, un projet dédié à l’amélioration de l’environnement scolaire permet la réhabilitation et l’extension d’environ 45 établissements scolaires sur les trois îles prenant en compte l’impact des effets du dérèglement. Ceci est d’autant plus important que la région est particulièrement exposée aux risques climatiques et géologiques – tels que les cyclones. À cela s’ajoutent des infrastructures scolaires souvent dégradées.

« L’adaptation climatique, l’efficience énergétique, l’ajustement des cursus ainsi que la sensibilisation des enseignants à ces questions sont au cœur du projet et ce, dès l’école primaire », précise l'expert. Un guide intitulé « Construction d’écoles et collèges durables aux Comores » doit voir le jour pour encourager les acteurs à poursuivre la démarche de sobriété et d’efficacité entreprise dans un projet qui améliore la sécurité, le confort, la santé, mais aussi la stimulation intellectuelle. Le groupe AFD finance depuis 2021 ce programme d'une durée de quatre ans par le biais d’une subvention de 20 millions d’euros.


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Cet enjeu est le même au niveau universitaire. « Le bilan carbone d’une université est essentiellement lié à l’activité émissive du bâtiment et au déplacement des étudiants », explique Bertrand Foucault. Et d’ajouter : « Désormais, dès la phase de construction, on tient compte des modes de transports des étudiants, de la gestion des déchets. On soutient aussi l’évolution de la gouvernance des risques environnementaux des établissements, la généralisation de modules environnementaux à toutes les disciplines ainsi que la recherche et l’innovation face aux défis technologiques et sociaux que pose la transition écologique. »

« A côté des investissements pour accompagner la décarbonation des pays, il s’agit à travers les interventions du groupe AFD en éducation, en soutien au développement des compétences et des emplois, à la recherche et à l’innovation, de permettre aux populations vulnérables, parmi lesquelles les enfants et les femmes sont souvent les plus impactés par le dérèglement écologique, de s’adapter. » Une vision de l’éducation en accord avec l’Accord de Paris – en particulier avec son article 12 consacré à l’éducation aux changements climatiques – ainsi qu’avec les engagements de la récente COP26 de Glasgow.