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Afrique francophone : soutenir l'enseignement en langues maternelles
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En Afrique francophone, où plus de 12 millions d’élèves bénéficient déjà du programme École et langues nationales (Elan), l’enseignement bi-plurilingue améliore les apprentissages, réduit les inégalités et consolide la cohésion sociale.
Dans de nombreux systèmes éducatifs, les difficultés persistantes en lecture, en écriture et en mathématiques trouvent leur origine dès les premières années de scolarité.
Pourtant, en Afrique francophone, moins d’un enfant sur cinq reçoit les premiers apprentissages dans sa langue maternelle ou même dans une langue qu’il comprend, la majorité des élèves commençant leur scolarité dans une langue qui n’est pas celle de leur environnement. Cette réalité contribue à des acquis fragiles, à la sortie du primaire sans maîtrise suffisante de la lecture et à des abandons précoces.
Au-delà des performances scolaires, la langue d’enseignement est un marqueur social et identitaire puissant. Elle peut exclure ou inclure, créer de la frustration ou nourrir le dialogue et la cohésion sociale. Le bi-plurilinguisme, associant langue première et langue officielle ou internationale, est un levier stratégique pour une éducation inclusive de qualité et un facteur de cohésion sociale durable.
Elan : transformer l’éducation par le bi-plurilinguisme
Pour répondre à ces défis, le programme École et langues nationales (Elan) a été lancé en 2012 par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), avec le soutien déterminant de l’AFD, et mis en œuvre par l'Institut de la francophonie pour l'éducation et la formation (IFEF).
Projet éducatif pionnier et unique dans l’espace francophone, de par son approche systémique et pérenne, Elan accompagne les ministères de l’Éducation des pays africains dans l’élaboration de politiques linguistiques éducatives adaptées aux contextes nationaux, la révision des curricula, la production de ressources bilingues, la formation des enseignants et la mobilisation des communautés.
Pensé au départ comme un programme expérimental, Elan a provoqué une véritable prise de conscience dans les systèmes éducatifs. À ce jour, plus de 12 millions d’élèves bénéficient d’un enseignement bi-plurilingue, dans 46 langues préparées pour l’enseignement, avec l’appui de plus de 230 000 enseignants formés. Les résultats démontrent que l’approche est opérationnelle et efficace, notamment en améliorant significativement les compétences en lecture et en écriture lorsque les apprentissages débutent dans une langue maîtrisée.
Des progrès probants face aux idées reçues
Malgré ces avancées, le passage à l’échelle reste freiné par certaines perceptions. Le bi-plurilinguisme est encore parfois limité aux seuls premiers apprentissages. Or, l’enjeu ne se réduit pas à apprendre à lire dans une langue comprise, il s’agit de permettre aux élèves de raisonner, débattre et construire des savoirs dans plusieurs langues. Les langues nationales doivent pleinement devenir des langues de connaissance.
Une autre idée reçue associe ces langues à un supposé décalage avec la modernité. Leur reconnaissance institutionnelle et sociale constitue pourtant une condition essentielle d’équité. Enfin, le bi-plurilinguisme ne génère pas de surcoût structurel puisqu’en réduisant l’échec scolaire et les abandons, il améliore l’efficacité globale de l’investissement éducatif.
Investir dans le bi-plurilinguisme : aller au-delà des premiers apprentissages
L’expérience du programme Elan démontre que l’intégration des langues premières aux côtés d’une langue internationale est décisive pour la réussite scolaire.
Mais s’en arrêter là serait réducteur. Investir dans des modèles bi-plurilingues signifie aller plus loin. Il ne s’agit pas uniquement de permettre aux élèves de lire, écrire et compter dans différents univers linguistiques mais aussi de former des citoyens conscients de leur socle identitaire et culturel, confiants dans leur capacité à penser le monde et à y agir.
C’est faire le choix d’une école qui inclut, qui élève et qui prépare réellement à l’avenir. Et dans un contexte de mondialisation accélérée, le bi-plurilinguisme est une stratégie efficace pour préparer des générations capables d’être enracinées et ouvertes, ancrées et compétitives, locales et mondiales.
Pour aller plus loin :
- Vidéo de présentation du programme Elan
- Vidéo témoignage de bénéficiaires au Cameroun
- Manifeste de Mamadou Ndoye
- Vidéo du témoignage de Madiagne Diallo
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Publié le 17 décembre 2025