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Tchad : l’égalité femmes-hommes, moteur des filières scientifiques
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Au Tchad, les femmes restent largement sous-représentées dans l’enseignement supérieur scientifique. Avec le projet PeA-Tchad, l’Institut national supérieur des sciences et techniques d'Abéché (Insta) place l’égalité femmes-hommes au cœur de sa stratégie : formations gratuites, sensibilisation et accompagnement visent à ouvrir durablement les filières techniques aux jeunes femmes.
Au Tchad, la place des femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche reste fragile, en particulier dans les filières scientifiques et techniques. Les travaux de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), menés dans le cadre d’une expertise scientifique, soulignent une sous-représentation persistante des femmes, liée à des inégalités scolaires précoces et à des orientations encore fortement genrées.
Dans ce contexte, le projet PeA-Tchad, dédié à la construction d’un pôle de formation internationale dans le domaine des énergies photovoltaïques pour contribuer à la transition énergétique du pays, a inscrit l’égalité femmes-hommes parmi ses priorités stratégiques. Soutenu par le programme Partenariats académiques Afrique-France et porté conjointement par l’Institut national supérieur des sciences et techniques d'Abéché (Insta) et l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, il vise à structurer une offre de formation d’excellence tout en favorisant un accès plus équitable aux filières à forte valeur ajoutée. Le Pr. Boukhari Mahamat Issa, responsable Genre de l’Insta, revient sur les constats à l’origine de cet engagement, les actions concrètes mises en œuvre et les premiers effets observés.
Quels constats ont conduit l’Insta et le projet PeA-Tchad à faire de l’égalité femmes-hommes un axe stratégique ?
L’Insta et le projet PeA-Tchad ont constaté un déséquilibre frappant entre filles et garçons dans l’accès aux études scientifiques et techniques, conséquence d’inégalités cumulatives dès le primaire. Pour commencer, la proportion de filles alphabétisées reste très faible par rapport à celle des garçons sur l’ensemble du territoire nationale. Au cours de la scolarité, leur présence diminue fortement dans les lycées puis dans l’enseignement supérieur, du fait du décrochage scolaire, d’une orientation genrée et de contraintes socio-économiques. Étant peu nombreuses à obtenir un baccalauréat scientifique, elles sont quasiment absentes des filières scientifiques et techniques, et souhaitent rarement poursuivre de longues études. Tous ces éléments ont souligné l’importance de faire de l’égalité femmes-hommes un axe stratégique de l’établissement.
Une cellule Genre a été créée à l’Insta en 2021, avec un plan d’actions structuré, allant du recrutement à la sensibilisation. Comment cette politique se traduit-elle et quelles actions vous paraissent les plus efficaces pour encourager les jeunes femmes à s’orienter vers les filières scientifiques et techniques ?
Notre objectif est de créer un environnement attractif et favorable pour que les jeunes femmes se positionnent et réussissent dans ces filières à forte valeur ajoutée. Parmi les initiatives phares, figurent les journées portes ouvertes spécifiquement destinées aux filles, ainsi que les formations pratiques gratuites de dix jours, proposées sous forme de stages dans le cadre du projet « Elle est scientifique ». Le projet PeA-Tchad a également permis de proposer aux jeunes filles des formations diplômantes gratuites, de niveaux licence, master et doctorat. En plus de favoriser l’accès à ces formations, cette initiative contribue à permettre à des secteurs stratégiques comme l’énergie photovoltaïque de bénéficier de compétences féminines. Parallèlement, l’Insta mène des actions de sensibilisation, lors de la Journée de sensibilisation sur le genre, destinées aux familles, aux responsables d’établissements et aux autorités locales. Ces actions visent à garantir aux jeunes filles un accompagnement et un soutien solides pour poursuivre leurs études et s’épanouir dans les filières scientifiques et techniques.
Quels sont les effets des actions menées ?
Même si elles restent encore peu nombreuses dans certaines filières, la représentation des jeunes femmes au sein de l’établissement s’est améliorée significativement, grâce notamment à la création de nouvelles filières techniques. Dans le cadre du projet PeA-Tchad, nous avons toutefois constaté une baisse de la présence féminine du fait de la relocalisation récente de certaines formations dans une autre ville, et d’un investissement encore limité dans les actions de sensibilisation. Malgré ces défis, les résultats déjà obtenus constituent un levier pour l’avenir des filières et celui des jeunes ayant bénéficié des dispositifs. Ces avancées ont aussi transformé les pratiques et les méthodes de travail de l’Insta, inscrivant l’égalité femmes-hommes dans son ADN et assurant un impact pérenne sur les générations futures.
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Publié le 11 février 2026