Cette recherche menée au Sénégal et en Côte d’Ivoire vise à mieux connaitre les aspirations des jeunes, pour améliorer les interventions du groupe AFD en matière d’éducation, de formation et d’emploi. Les chercheurs mobilisés étudieront les modèles de réussite des jeunes dans différentes régions (villes, zones frontalières, etc.), et la corrélation entre ces aspirations et les parcours de vie des intéressés. La place de l’école dans ces modèles et parcours sera notamment observée avec attention.
Contexte
L’Afrique de l’Ouest est une région très jeune : près de la moitié de la population est âgée de moins de 20 ans. En revanche, on connait mal les rêves et les aspirations de ces jeunes. Ce manque de données est d’autant plus problématique que beaucoup d’entre eux sont confrontés à des défis importants : certains grandissent dans des périphéries urbaines marginalisées, d’autres dans des régions frontalières traversées par des dynamiques migratoires et des tensions sécuritaires. En arrivant sur le marché du travail, ces jeunes sont souvent confrontés à la grande rareté de l’emploi salarié ; en parallèle, les impacts du changement climatique et la dégradation des services publics affectent leur quotidien.
Dans ce contexte, observer ces aspirations est particulièrement éclairant alors que l’institution scolaire est parfois remise en question dans les parcours de réussite et que les jeunes contestent de plus en plus les « modèles dominants » de réussite. Le soutien à la jeunesse faisant partie des priorités du groupe AFD, il est important que ses interventions s’ancrent sur une connaissance fine des aspirations des jeunes concernés.
Objectifs
Ce projet de recherche se met à l’écoute des jeunes de Côte d’Ivoire et du Sénégal pour approfondir la connaissance de leurs aspirations, de leurs modèles de réussite et de leurs parcours. Le projet cherche plus spécifiquement à répondre à trois questions :
- Quelles sont les aspirations des jeunes, selon l’univers des possibles qui s’offre à eux, et comment varient-elles en fonction de leur lieu de résidence, leur genre, leurs conditions de vie ?
- Dans quelle mesure leurs parcours de vie individuels et familiaux façonnent-ils leurs projets et leur capacité à les réaliser ?
- Quelle place occupe l’école dans leurs aspirations et leurs parcours ?
Les données collectées ont une visée directement opérationnelle : elles permettront d’adapter les interventions du groupe AFD dans les domaines de l’éducation, de la formation et de l’emploi décent.
Méthode
L’équipe de recherche, pilotée par l’institut Education, famille, santé, genre (IEFSG) de l’Université Assane Seck de Ziguinchor, associe l’Université Peleforo Gon Coulibaly (Côte d’Ivoire), l’Université Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), l’IRD (France) et l’Université d’Ottawa (Canada).
L’IEFSG et les deux universités ivoiriennes ont conçu la méthodologie d’enquête et la mettront en œuvre avec l’aide de leurs doctorants dans trois grands types de territoires choisis pour leur diversité :
- des régions urbaines (Ouakam et Pikine au Sénégal, Yopougon et Abobo en Côte d’Ivoire),
- des espaces frontaliers (Sindian et Samine au Sénégal, Bouna et Ouangolo en Côte d’Ivoire)
- des « espaces symboliques » à forte identité communautaire ou religieuses (Touba au Sénégal, communautés « Eglises nouvelles » en Côte d’Ivoire).
La méthodologie combine une approche qualitative et une approche quantitative :
- Enquête qualitative : réalisation d’une cartographie de l'offre socio-éducative et d’accompagnement des jeunes (entretiens avec des acteurs locaux et des autorités, observations in situ) ; organisation de groupes de discussions avec des jeunes ; réalisation d’entretiens, individuels approfondis, sur leurs parcours de vie.
- Enquête quantitative : elle sera menée auprès de 3000 jeunes dans chacun des deux pays, sur la base du recensement national de 2023 au Sénégal et de 2021 en Côte d’Ivoire. Le questionnaire sera administré via l’application KoboCollect.
Résultats attendus
Les résultats de ce projet de recherche seront diffusés sous plusieurs formes, afin de toucher différents publics :
- Un ouvrage collectif ou une contribution à une revue scientifique, centrée sur l’Afrique, rassemblera les grands résultats des enquêtes et reprendra les connaissances produites sur les jeunes et leurs aspirations.
- Des outils d’aide à la décision (policy brief, note d’orientation…) s’adresseront aux décideurs publics et aux acteurs du développement
- La possibilité d’autres formats (podcasts, créations artistiques) seront étudiés afin de faire connaître les récits de vie collectés au-delà du monde académique.
Une restitution finale sera également organisée.
Contacts
- Elodie RICHE, chargée de recherche, AFD
- Pr Jean-Alain Goudiaby, sociologue, IEFSG
Envie de suivre l'actualité de la recherche à l'AFD ?
Découvrir d'autres projets de recherche
Ce projet vise à adapter au Brésil des outils juridiques et participatifs développés en Italie pour soutenir les initiatives citoyennes de gestion des communs urbains. Il s’appuie sur des études de terrain et des expérimentations dans les villes de Goiânia et de Goiás, afin de renforcer la reconnaissance par les institutions des pratiques locales de coopération.
Contexte
Dans de nombreuses villes brésiliennes, les habitants s’organisent spontanément pour gérer ensemble des espaces, des services ou des ressources : jardins partagés, occupation de bâtiments, actions culturelles ou solidaires. Ces pratiques, qui relèvent des « communs urbains », témoignent d’une vitalité citoyenne au Brésil mais elles sont encore peu reconnues par les institutions. Le cadre juridique actuel privilégie surtout les partenariats public-privé, souvent liés à la privatisation des services urbains.
En Italie, des villes ont trouvé des réponses concrètes à ce défi. Depuis les années 2000, des règlements municipaux permettent aux citoyens de collaborer officiellement avec les autorités pour prendre soin des communs urbains (espaces publics, équipements, patrimoine). Plus de 200 villes ont adopté ce modèle qui permet de poser un cadre légal sans pour autant les marchandiser les espaces, ressources et services concernés.
C’est dans ce contexte que s’inscrit ce projet de recherche, mené dans deux villes de l’État de Goiás où existent déjà de fortes dynamiques communautaires (associations, communautés rurales, initiatives culturelles). Plus largement, ce projet s’inscrit dans les priorités de recherche de l’AFD sur les communs et la participation citoyenne. Il rejoint les priorités de l’AFD sur le renforcement de la gouvernance locale, de la participation citoyenne, de la cohésion sociale et du développement durable.
A lire aussi : Pourquoi les communs peuvent transformer le Brésil ?
Objectifs
La question centrale est la suivante : comment créer un cadre institutionnel qui reconnaisse et soutienne ces pratiques citoyennes, sans les transformer en simples services marchands ?
Pour y répondre, le projet cherche à comprendre comment les habitants des villes de Goiânia et de Goiás prennent collectivement soin de leurs espaces et ressources. Il vise aussi à doter les acteurs locaux de solutions – et notamment d’outils juridiques – inspirées de l’expérience italienne mais adaptées au contexte brésilien.
Cela se matérialisera par une cartographie des initiatives locales, l’organisation d’ateliers avec les acteurs concernés et la proposition d’un projet de règlement municipal sur les communs. Ces résultats pourront aider les collectivités à mieux soutenir les initiatives locales, à renforcer la participation citoyenne et à développer des politiques publiques plus inclusives, à moindre coût.
Méthode
Le projet repose sur une approche de recherche-action : en complément des enquêtes de terrain, des entretiens et des observations, les équipes de recherche organisent des ateliers participatifs avec les habitants, les associations et les autorités locales. Une cartographie collaborative recensera les pratiques existantes et des études de cas permettront de comparer les expériences brésiliennes et italiennes. Dans un second temps, des ateliers serviront à co-construire des projets concrets avec les acteurs locaux et des séminaires favoriseront le dialogue entre chercheurs, citoyens et décideurs.
Le projet mobilise les compétences de deux partenaires, l’Université fédérale de Goiás et l’Ecole polytechnique de Turin (Politecnico di Torino – PoliTo), et l’expertise acquise au sein du laboratoire italien LABSUS, spécialisé dans les règlements sur les communs. Les partenaires locaux (organisations de la société civile et municipalités) sont pleinement impliqués.
Résultats attendus
En complément de la production scientifique, le projet prévoit des actions de renforcement des capacités des partenaires locaux, via les ateliers et le travail collectif. Le projet débouchera également sur plusieurs livrables directement utiles aux collectivités :
- Une cartographie collaborative des pratiques de communs
- Un guide pratique avec une boîte à outils pour les acteurs locaux
- Un projet pilote co-construit avec une initiative citoyenne
- Une note de politique publique proposant un règlement sur les communs
Des actions permettront de diffuser ces outils et résultats : exposition et évènements publics, plateforme en ligne, publications.
Ces livrables fourniront aux collectivités des leviers concrets pour mieux soutenir les communs urbains et nourriront le débat sur les politiques urbaines participatives au Brésil.
Les équipes sont impliquées dans une dynamique collective portée par la Coop des Communs, la plateforme Casa Comum et l’AFD. L’objectif : former une communauté apprenante transnationale en échangeant sur les travaux menés, en capitalisant sur les expériences de chacun et en produisant des connaissances sur les liens entre communs, participation citoyenne et transformation de l’action publique. Ce réseau rassemble des profils complémentaires – chercheurs, société civile, décideurs publics engagés dans ces expérimentations – venus notamment du Brésil, de Colombie et d’Europe. Nourrie par des rencontres organisées au Brésil et en Italie, cette dynamique débouchera sur un ouvrage collectif, en cours de rédaction, qui permettra de comparer et de mettre en perspective les différents travaux de recherche engagés.
Envie de suivre l'actualité de la recherche à l'AFD ?
Contact
-
Stéphanie LEYRONAS
Chargée de recherche
Découvrir d’autres projets sur les communs
Comment les communs numériques peuvent-ils soutenir l'autonomisation des acteurs historiquement exclus de l’action publique ? Ce projet de recherche-action accompagnera le développement de la plateforme numérique « Brasil Participativo », mise en place par le gouvernement brésilien à l’été 2023.
Contexte
Dans le cadre de la relance des arènes participatives démantelées sous la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022), ce projet est une recherche-action portant spécifiquement sur la mise en œuvre de la plateforme Brasil Participativo. Lancée par le gouvernement brésilien à l’été 2023, cette plateforme vise à faciliter les contributions des citoyens à la création et à l’amélioration des politiques publiques. Elle a été élaborée à partir de l’environnement web Decidim, une plateforme numérique de participation citoyenne utilisée en 2023 dans 30 pays et 240 institutions.
Ce projet a été sélectionné dans le cadre de l’appel à projets de recherche « Communs et participation citoyenne ». Cet appel était destiné à des projets de recherche s’intéressant à la contribution des communs aux pratiques démocratiques et de participation citoyenne ; aux interactions des acteurs des communs avec les acteurs publics ; et au pouvoir d’agir des communs au sein de l’action publique.
Il fait partie du programme de recherche de l’AFD sur les communs et contribuera aux réflexions sur l’« approche par les communs » – une approche étroitement liée aux questions de démocratie et de participation citoyenne, dans la mesure où elle traduit la recherche d’une gouvernance opérationnelle et partagée entre acteurs publics et citoyens des dilemmes auxquels les pouvoirs publics font face.
EN SAVOIR PLUS
Objectifs
Ce projet de recherche-action a pour objectif :
- D’analyser l’initiative Brasil Participativo sur la période 2023-2025, selon les principes de l'approche par les communs – en particulier sa gouvernance, son utilisation et les contributions à son contenu ;
- De formuler des recommandations quant au développement et à la gouvernance de cette plateforme de manière à intégrer des principes de l’approche par les communs.
Différents acteurs publics au niveau fédéral seront embarqués dans les activités de recherche, avec une approche différenciée par secteur. A travers ce dialogue tout au long du projet, l’ambition est de mieux connecter les acteurs publics entre eux et avec les acteurs de la société civile, et notamment les groupes traditionnellement exclus des processus de participation citoyenne (femmes, personnes de couleur, peuples autochtones).
Méthode
Le projet sera réalisé par une équipe pluridisciplinaire, associant des universitaires et la société civile, experte en mouvements sociaux, en relations entre l'État et la société, en communs numériques et en arènes participatives numériques. Les acteurs publics seront embarqués dès le démarrage du projet.
La méthodologie s’appuiera sur des approches à la fois qualitative et quantitative (entretiens, analyse documentaire, observation participante, données utilisateurs).
Résultats attendus
Le projet débouchera sur :
- Des publications (rapport final, papiers de recherche, policy briefs) ;
- Des matériaux de communication co-construits avec les acteurs publics et la société civile ;
- La mise en place d’espaces de dialogue à travers des ateliers de co-construction et des séminaires.
Les équipes sont impliquées dans une dynamique collective portée par la Coop des Communs, la plateforme Casa Comum et l’AFD. L’objectif : former une communauté apprenante transnationale en échangeant sur les travaux menés, en capitalisant sur les expériences de chacun et en produisant des connaissances sur les liens entre communs, participation citoyenne et transformation de l’action publique. Ce réseau rassemble des profils complémentaires – chercheurs, société civile, décideurs publics engagés dans ces expérimentations – venus notamment du Brésil, de Colombie et d’Europe. Nourrie par des rencontres organisées au Brésil et en Italie, cette dynamique débouchera sur un ouvrage collectif, en cours de rédaction, qui permettra de comparer et de mettre en perspective les différents travaux de recherche engagés.
Vous souhaitez suivre l'actualité de la recherche à l'AFD ?
Contact
-
Stéphanie LEYRONAS
Chargée de recherche