Partager la page
L’AFD et la Banque mondiale, un partenariat renforcé pour plus d’impact
Le groupe AFD est le premier partenaire de financement bilatéral du Groupe de la Banque mondiale (GBM) en nombre de projets cofinancés. Avec un protocole d’accord pour un partenariat stratégique signé en 2024 et 32 milliards de dollars investis en cofinancements et financements parallèles depuis 2014, les deux banques publiques permettent un passage à l’échelle des programmes les plus prometteurs. Décryptage à l'occasion des Spring Meetings 2026, à Washington.
Article initialement publié le 11 avril 2024, mis à jour le 16 avril 2026.
Répondre aux enjeux cruciaux de notre époque appelle un degré de collaboration inédit entre les grandes institutions internationales. C’est pourquoi, le 30 avril 2024, les présidents de l'AFD et de la Banque mondiale ont signé un accord visant à promouvoir une croissance durable et inclusive afin de lutter contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique. Les priorités établies visent les pays vulnérables en soutenant le développement du secteur privé via la Société financière internationale (IFC) et Proparco, l'action climatique dans les pays émergents ou encore l'électrification du continent africain avec l'objectif d'aider 300 millions de personnes à accéder à une électricité durable d’ici 2030.
Le partenariat a pris un nouveau tournant en février 2026 avec l’organisation conjointe de l’événement The Power of Cofinancing à Casablanca au Maroc, premier rendez-vous international entièrement dédié au cofinancement. Cette initiative a mis en lumière la coopération entre les deux institutions et livré la Vision de Casablanca, appelée à devenir un véritable instrument d’influence dans l’évolution des pratiques et de l’architecture du financement du développement.
Dans cette dynamique, l’AFD est devenue le premier bailleur bilatéral à publier des projets sur la Plateforme globale collaborative de cofinancements, une initiative portée par la Banque mondiale et co-développée avec dix banques multilatérales de développement. Cette plateforme est appelée à s’imposer comme un levier central de mobilisation des financements conjoints, notamment à travers les grandes initiatives comme Mission300 et AgriConnect.
La collaboration entre les deux entités financières est également un moteur de la transformation du système financier international comme le manifeste l'initiative Finance en commun (FiCS). Déjà, en juin 2023, le groupe de la Banque mondiale avait confirmé son soutien, pour faire collaborer plus de 500 banques publiques de développement, responsables collectivement de 2 700 milliards de dollars d’investissements annuels. Il s’agit de mettre la puissance du système financier au service des Objectifs de développement durable (ODD).
Ce passage à l’échelle s’appuie sur dix ans de collaboration inédite entre les deux grandes institutions internationales. Depuis 2013, l’Agence française de développement et la Banque mondiale ont en effet investi conjointement dans plus de 100 projets en cofinancement, qui visent notamment à lutter contre le changement climatique, la pauvreté et les inégalités. Ce partenariat, fondé sur la complémentarité des expertises et une vision commune d’un avenir plus juste et durable, a permis d’améliorer les conditions de vie de millions de personnes, de réduire la fragmentation de l’aide au développement mais aussi d’assurer un alignement renforcé avec les priorités des pays concernés.
L’action conjointe du groupe AFD et du GBM sur les systèmes financiers et la mobilisation des capitaux est l’une des collaborations les plus emblématiques. Elle porte sur l’architecture des systèmes financiers, l’inclusion financière, la finance verte, l’alignement des institutions financières (IF), l’Accord de Paris et le soutien aux institutions financières dans leurs efforts pour atteindre, notamment, les ODD biodiversité, climat et genre. Les deux entités sont cofondatrices du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP), qui permet la création d’écosystèmes financiers durables, résilients et équitables, en mettant l’accent sur les ménages défavorisés en matière de services financiers.
Autre secteur bénéficiant de l’efficacité de ces efforts conjoints : la protection sociale. Depuis 2016, en Afrique, en Asie, en Amérique latine, dans le Caucase ou dans l’océan Indien, les deux banques publiques coopèrent sur des projets d’investissement ou des opérations d’appui budgétaire. Par exemple en Turquie avec le programme Earthquake Recovery and Reconstruction Project depuis 2023 ou encore en Afrique avec le programme ACE depuis plus de dix ans. L’AFD et la Banque mondiale ont également pu proposer des « options de tirage différé en cas de catastrophe » (Cat DDO). Il s’agit d’une ligne de crédit conditionnelle qui fournit un financement immédiat aux pays en cas de catastrophe. Elle aide à développer la capacité d’un pays à gérer les risques et doit s’inscrire dans une stratégie élargie de gestion préventive. Ce genre de dispositif a démontré sa pertinence, par exemple suite à la pandémie de Covid-19.
Force de frappe, ancrage et agilité
Un accord-cadre de cofinancement innovant, signé en 2018, avait déjà permis de canaliser des milliards de dollars vers des projets qui stimulent le progrès socio-économique, favorisent la stabilité et la sécurité dans des contextes fragiles, renforcent le capital humain et luttent contre la crise climatique. Avec un financement cumulé moyen de 1,28 million de dollars par an transitant par ce mécanisme, les avantages et la valeur ajoutée au niveau des projets vont bien au-delà de volumes de financement plus importants, car chaque institution apporte ses compétences uniques aux projets cofinancés.
Avec le nouveau protocole d’accord stratégique et l’accord-cadre de cofinancement de 2024, il est désormais possible de financer un projet en combinant délégations de tâches et financements parallèles, c’est-à-dire des contrats différents sur un même projet. Cet accord-cadre maintient donc l’ambition de couvrir tous les instruments de coopération mis en œuvre par les deux banques de développement. Il permet aussi le renforcement mutuel des expertises, la capitalisation sur les bonnes pratiques respectives, des réponses communes aux nouveaux enjeux et le portage de nouveaux sujets pour le bénéfice des clients et des partenaires.
Le partage des risques reste un déterminant moteur, par exemple en cas d’intervention dans les pays fragiles. Par la combinaison de la force de frappe financière de la Banque mondiale, de l’agilité et de l’ancrage local de l’AFD, les deux institutions se donnent les moyens de faire bouger les lignes de tout l’écosystème du développement.
À ce titre, le conseil d’administration du Groupe de la Banque mondiale a approuvé le 26 mars 2026 la suppression de l’obligation de recouvrer auprès des partenaires les coûts liés à leur mobilisation dans le cadre des cofinancements. Ce changement, qui marque le passage d’une logique de partage des coûts à une logique de maximisation de l’impact, devrait lever un frein opérationnel pour certains bailleurs et faciliter la mobilisation de nouveaux partenaires.