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Biodiversité Mayotte COP15
La COP15 biodiversité de Montréal, organisée du 7 au 19 décembre, doit déboucher sur un accord mondial fixant des mesures fortes pour enrayer le déclin rapide des populations animales et végétales.

puce 1Qu’est-ce que le nouveau Cadre mondial pour la biodiversité ?

Un nouvel accord doit être trouvé entre les 196 pays signataires de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CBD) pour définir des engagements précis permettant de stopper l’effondrement des espèces animales et végétales au niveau mondial – un million d’entre elles est menacé de disparition à court terme. Ce nouveau Cadre mondial pour la biodiversité, qui concerne la période de 2020 à 2030, sera au centre des discussions à la 15e Conférence des parties (COP15) de la CBD, organisée au Canada, à Montréal, du 7 au 19 décembre 2022.

Initialement prévue en Chine en octobre 2020, la COP15 a été reportée plusieurs fois du fait de la pandémie de Covid-19 et du confinement en vigueur dans le pays. Seule la première partie du sommet s’est tenue à Kunming.

Le précédent Cadre mondial avait abouti aux Objectifs d’Aichi, au nombre de vingt, pour la période 2011-2020. La plupart d’entre eux n’ont cependant pas été atteints, faute notamment d’un suivi efficace.

« Ce nouveau Cadre mondial pour la biodiversité est en discussion depuis trois ans. C’est un accord politique très important, l’équivalent pour la biodiversité de l’Accord de Paris sur le climat. Les attentes placées dans cette COP15 pour parvenir à cet accord sont donc élevées », observe Odile Conchou, conseillère Biodiversité et finance à l’Agence française de développement (AFD).


Lire aussi : Odile Conchou : « Chaque année, 500 milliards de dollars vont à des projets qui peuvent détruire la nature »


puce 2Quels sont ses objectifs ?

Les négociations qui se tiendront à Montréal devraient permettre de valider la version finale du nouveau Cadre mondial pour la biodiversité, composée de quatre objectifs globaux et de 22 cibles d’action. Chaque objectif comporte plusieurs étapes à franchir avant 2030 afin de parvenir à « vivre en harmonie avec la nature » d’ici 2050, selon la ligne directrice adoptée en 2010 par les membres de la CBD.

L’accord devrait notamment viser la protection d’au moins 30 % des zones terrestres et maritimes mondiales d’ici 2030 par le biais d’aires protégées efficaces couvrant les sites d’importance particulière pour la biodiversité. La Coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples, coprésidée par la France et qui réunit plus de 100 pays en faveur de cet objectif, devra en préciser les contours, entre des protections strictes excluant toute activité économique et d’autres les autorisant sous conditions, tout en impliquant les peuples autochtones et les communautés locales. 17 % des terres et 10 % des océans sont aujourd’hui couverts par une aire protégée, avec des niveaux d’efficacité variables.

« Il faudra nécessairement aller plus loin. On ne peut pas mettre 30 % de la nature sous cloche et tout laisser faire à côté. Toutes les activités humaines devront réduire leurs atteintes à la biodiversité. Cela suppose notamment d’intégrer davantage de nature en ville et dans les espaces agricoles », souligne Odile Conchou.

D’autres objectifs figurent dans la première version du Cadre mondial pour la biodiversité pour l’après-2020 : intégrer la biodiversité dans tous les secteurs de l’économie, réduire de deux tiers au moins les pesticides, éliminer les rejets de déchets plastiques, réduire les incitations (économiques, financières, réglementaires) néfastes pour la biodiversité d’au moins 500 milliards de dollars par an, et augmenter d’au moins 10 milliards de dollars par an le soutien aux pays en développement sur ces questions.


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puce 3Quelles questions devront encore être réglées après son adoption ?

Le risque existe que l’accord final ne soit pas aussi ambitieux qu’espéré. Quoi qu’il en soit, certains obstacles à sa mise en œuvre devront être levés après son adoption à la COP15, comme la question du suivi des actions prescrites.

« Sans objectifs quantifiés, les progrès seront difficiles à suivre, estime Odile Conchou. Les Objectifs d’Aichi n’avaient pas été assortis à l’époque d’un corpus d’indicateurs et de modalités de suivi, ce qui explique pour partie que certains n’aient pas été atteints. » Une question est donc : un tel corpus sera-t-il adopté à la COP15 ?

L’autre enjeu concerne les moyens financiers et humains que consacreront les pays à la réalisation des objectifs. « Les pays en développement disent qu’ils n’ont pas les capacités pour mettre en œuvre un accord ambitieux. D’autres voix insistent sur le fait que l’argent est là, mais qu’il est mal dépensé. Actuellement, 500 milliards de dollars vont chaque année à des projets susceptibles de détruire la nature », poursuit Odile Conchou.


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puce 4Quel rôle l’AFD a-t-elle joué en faveur de ce nouveau Cadre mondial ?

L’Agence française de développement œuvre depuis plusieurs dizaines d’années pour une meilleure protection de la biodiversité dans ses pays d’intervention. Elle y a consacré 591 millions d’euros en 2021 et s’est engagée à doubler ses financements en les portant à 1 milliard d’euros par an d’ici 2025.

En parallèle, l’AFD vise à faire en sorte que 30 % de ses financements consacrés au climat aient aussi des co-bénéfices pour la biodiversité. Elle s’oriente également vers une meilleure prise en compte des risques liés à la nature dans son portefeuille de projets, notamment au travers de sa participation à la Taskforce for Nature related Financial Disclosure (TNFD). L’AFD a par ailleurs participé à l’édition du Petit Livre de l’investissement pour la nature avec l’ONG Global Canopy.

Concernant le nouveau Cadre mondial pour la biodiversité, l’AFD a détaché durant deux ans Odile Conchou, experte des questions de biodiversité et de finance, auprès du secrétariat de la CBD pour renforcer les équipes des Nations unies sur ces questions et contribuer à la signature d’un accord ambitieux à la COP15.

« Le souhait à l’AFD et au sein de l’International Development Finance Club (IDFC) est d’aligner nos actions et financements sur le futur accord, indique Odile Conchou. Plusieurs de nos engagements vont déjà dans ce sens : le doublement de nos financements en faveur de la biodiversité entre 2020 et 2025, le soutien à des projets d’aires protégées, l’intégration de la biodiversité dans l’ensemble du portefeuille AFD. Mais nous pouvons faire davantage : augmenter encore la finance consacrée à la biodiversité, pousser nos partenaires à faire plus, améliorer le suivi de nos projets… »

Les banques publiques de développement, qui représentent 12 % des flux financiers mondiaux, ont en effet l’occasion de montrer l’exemple en s’alignant au plus tôt sur les objectifs du futur Cadre mondial pour la biodiversité. Pour y contribuer, l'IDFC s’est engagé à mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2027 en faveur de la biodiversité. Il a également développé une boîte à outils permettant d’accompagner ses membres et les institutions financières sur l’intégration de la biodiversité dans leurs stratégies et opérations.


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